M.CANOVAS nous a montré les tombes des morts du cimetière du Vernet, parlé de ce camp où il avait été interné. Puis il a fait partie des trains 'fantômes' de mai-juin 1944 vers Compiègne et l'Allemagne.

Né en Espagne en 1922, il arrive en France en 1928. Ils revinrent en Espagne d'où la guerre civile les en chassa. Il s'engagea dans les armées républicaines. En 1939, il retrouva la France, ses parents et ses grands-parents qui étaient restés à Pamiers (Ariège). C'est là que la veille du 14 juillet 1942, il fut arrêté en tant que suspect car il était étranger. Il connut les prisons de Pamiers, de Foix, de Saint-Michel à Toulouse, le camp d'internement de Noé avant d'arriver au camp du Vernet d'Ariège, à 9 km de chez sa famille ! Quelle aubaine !

Il reçut une visite par semaine, quelques colis contenant de la nourriture qu'il partagea avec d'autres détenus. Il lui est aussi arrivé de partager la couche du frère du président de la 'Generalitat de Catalogne', M.Companys. A tour de rôle, les détenus devaient exécuter des corvées comme celle d'aller vider les "tinettes" (grandes poubelles contenant les déjections) à l'Ariège non loin. Mais le sadisme des gardiens et le règlement du camp les obligeaient à faire le tour du camp avant d'y parvenir. Ces conteneurs étaient très lourds. Affaibli, il fut coincé par une sciatique qui le contraignit à rejoindre les baraques de l'hôpital. Il fut horrifié à la vue de tous ces mourants. En mai 1944, les Allemands firent évacuer le camp du Vernet. M.Canovas fit partie du premier convoi, et les malades du troisième et dernier convoi, dit 'train-fantôme'. Beaucoup moururent en chemin.

A la gare d'Austerlitz de Paris, il se retrouva, après maintes péripéties, dans un train en direction de Berlin en Allemagne. Il trouva le trajet très long. Ils ne furent ravitaillés qu'une seule fois. Ils parvinrent à Berlin en partie détruite, puis à Willemzaguen, le lieu où ils furent internés. Perdu pour perdu, il décida de s'évader avec quelques amis espagnols du Vernet. Antoine Canovas voyagea sur le tampon d'un wagon. A Munich, ils furent repris et envoyés dans une mine de charbon. Ils recommencèrent une autre évasion et parvinrent en Suisse. Ce fut la délivrance. Il ne pesait plus que 40 kg : il n'avait que la peau et les os.

En juin 1945, les Suisses voulaient les renvoyer en Espagne, chez Franco ! Pas question ! Ils repassèrent la frontière franco-suisse et ils furent conduits au camp d'Annemasse avant de retrouver la Liberté.