M.MOLINIER a été fait prisonnier. Il a été embarqué dans un train à Carcassonne. Il est arrivé à Compiègne d'où il ne repartira que le 17 août 1944 dans un "train fantôme'', un des derniers à partir pour l'Allemagne avant la Libération de la France (Paris sera libérée le 25 août 1944). Là, il était impossible de s'évader sans être abattu. En cas d'évasion, les S.S. fusillaient des otages. Les chiens rattrapaient les évadés qui étaient abattus. Les corps étaient enterrés dans un trou. Ils étaient 100 à 120 personnes entassées dans ces wagons à bestiaux qui n'auraient dû contenir que 8 chevaux (Lire le livre de Christian Bernadac : ''Les trains fantômes''). Ils y restaient sans manger ni boire sauf à de rares moments. Ils étaient complètement déshydratés. Beaucoup mouraient en chemin.

A l'arrivée, les cadavres furent débarqués dans la gare de Weimar. Ils avaient 10 km pour rejoindre le camp de Buchenwald (qui signifie 'forêt de hêtres'). Ils étaient tondus, déshabillés, lavés (coup de pinceau et, pour les désinfecter, du grésil qui leur piquait les yeux), habillés d'un genre de pyjama rayé gris et bleu. Près de lui, un gars tatoué d'un bateau dans le dos fut amené par un garde pour se le faire enlever, la peau avec. La femme du chef de ce camp était connue pour aimer faire des abat-jours avec les tatouages de prisonniers tués. La première nuit, ils la passèrent dans les ordures du camp.

Il estime à 650.000 le nombre de morts dans le camp de Buchenwald, qui était entouré d'une double ligne de barbelés avec du 380 Volts. Chaque matin, ils devaient se lever pour l'appel pendant des heures. Certains qui avaient une mauvaise santé ou qui étaient épuisés tombaient morts sur le sol gelé. Ils travaillaient à Buchenwald dans une mine de sel en Allemagne, près de Magdebourg. Le soir, l'appel recommençait. Après avoir mangé un bouillon et un morceau de pain, ils essayaient de s'endormir sous une couverture partagée par 4 personnes. Parfois, certains allaient dormir dans les "chiottes", mais un jour, on en retrouva un de mort dedans.

Le 24 août 1944, les Alliés bombardèrent le camp. Un bloc fut touché. Dès les premières bombes, on sautait dans les trous des "chiottes", la tête en dehors, en attendant la fin de l'alerte. Mais les bombes détruisirent aussi les canalisations d'eau : ils ne purent se laver pendant plusieurs jours. Déjà les poux et les vermines étaient leurs pires ennemis.

Ils étaient choqués. Ils voyaient tout le temps la mort devant leurs yeux. Ils attendaient la mort. Mais ils se disaient qu'il fallait qu'ils en réchappent. Ils savaient que les "Kapos" avaient le droit de vie ou de mort sur eux. A la moindre incartade, ils étaient cravachés à mort par ces 'Polonais'.

Mais la Libération arrivait. Une ultime épreuve les menaçait. Les Allemands leur firent évacuer le camp le 11 avril 1945. Ils furent obliger de parcourir 500 km à pied entre les armées russes et américaines sous la surveillance des gardes qui tiraient sur ceux qui s'échappaient ou tombaient d'épuisement. Pendant cette longue marche qui dura plusieurs semaines, ils ne mangeaient que ce qu'ils trouvaient : des pissenlits au bord des routes.

Enfin la Libération arriva ! Robert Molinier était au bord de l'épuisement. Il avait vécu 15 mois en ENFER !

Aussi, quand il le peut, il retrouve d'anciens amis déportés et, ensemble, ils vont revoir la stèle du souvenir de Buchenwald. Cet été, ils vont essayer de refaire une partie de cette marche infernale... à leur rythme et pour le plaisir.