Camp du Vernet


Au sud de Saverdun, notre commune, se trouve un cimetière contenant 153 tombes : c’est celui du camp du Vernet qui était à 100 m de là. Aujourd’hui, il n’existe plus rien des baraques où furent internés de 1939 à 1944 près de 40.000 personnes de 58 nationalités.


Le 10 février 1939, après leur défaite dans la guerre d’Espagne, des républicains espagnols arrivent en France. Certains sont accueillis dans le camp du Vernet. Puis d’autres antifascistes y seront enfermés jusqu’en juin 1944.

Il fut construit à partir de juin 1918 pour recevoir des troupes coloniales (des sénégalais). Il se transforme, par suite d'une erreur "volontaire", en camp de prisonniers allemands et autrichiens puis devient un dépôt de matériel militaire pendant les années de l'entre-deux guerres.

Le 10 février 1939, les premiers réfugiés espagnols provenant des troupes Républicaines Espagnoles arrivent au camp du Vernet. Il est intitulé "camp d'hébergement". Au début, il est composé de 19 baraques fort délabrées, insuffisantes pour contenir 10.000 à 12.000 hommes. Des milliers d'Espagnols parqués comme du bétail, couchent à même le sol, dans la boue et la neige, parfois protégés par des abris de fortune ; certaines nuits la température pouvait descendre jusqu'a -15°C. Deux mois après, une cinquantaine de baraques sont édifiées. De mars à septembre de la même année, 57 internés meurent de faim ou de froid.
Cependant, l'aide et la solidarité sont très présentes dans le camp par le biais d'organisations humanitaires et partis de la gauche française qui envoyaient des colis et de l'argent aux internés. De nombreuses associations, notamment le syndicat des instituteurs, ont soutenu moralement (envois de livres, de lettres...) mais aussi matériellement (vivres, vêtements...) les internés. De nombreuses bonnes volontés ont été mobilisées pour faire sortir du camp les internés les moins "dangereux". Les militants de gauche fournissent des contrats de travail à des milliers d'espagnols qui redeviennent ainsi libres. Les autorités vident le camp des "éléments peu dangereux" en les incorporant dans des compagnies de travailleurs et en les dirigeant vers des exploitations agricoles, forestières, des usines, des chantiers, des mines... En août 1939, la nourriture est plus variée, une infirmerie est construite ; le camp se vide ; les Espagnols sont envoyés dans d’autres camps ou dans des compagnies de travailleurs étrangers. A la veille de la déclaration de guerre, il reste 200 Espagnols, 170 miliciens et un échantillon international très varié de prisonniers. Le 29 septembre 1939, les derniers Espagnols sont envoyés dans les Compagnies de Travailleurs des Pyrénées Ariégeoises. Le camp du Vernet est prêt à recevoir d'autres hébergés.

Le camp commença alors de prendre tournure, et la vie de ce fait se fit plus supportable. La main d’œuvre ne manquait pas et la bonne volonté était évidente, car plus vite les logis étaient prêts, plus vite ils étaient occupés. Le temps d'autre part s'améliorait un peu. Les réfugiés étaient souvent trempés, mais la température était meilleure, ils pouvaient se sécher plus rapidement. Mais les pauvres malheureux n'ayant pas de linge de rechange, étaient parfois obligés de garder des journées entières et parfois les nuits leurs guenilles. Il s’ensuivit au début de janvier à mars de très nombreux cas de congestions pulmonaires (qui à l’époque où les antibiotiques n'étaient pas connus) étaient souvent mortels et de très nombreux cas de tuberculose.

Ces premiers bâtiments en bois du type baraques Adrian avaient une longueur de 30 à 35 mètres, 7 à 8 de large et 3 mètres de hauteur, le toit étant fait de carton goudronné. L'isolation était inexistante, l'aération et l'éclairage se faisaient par 8 à 10 fenêtres de petites dimensions qui se trouvaient placées à 1 m 80 du sol, de chaque côté des bâtiments. Une porte à chaque extrémité permettait l'accès et facilitait la circulation des internés. Des deux côtés, les lits à 2 étages étaient exécutés en bois avec des planches de récupération, évidemment ces lits ne comportaient pas de matelas, quelques malins récupérèrent des herbes, en firent un matelas qui étaient moins durs que les planches plus ou moins rugueuses. Par la suite les constructions se firent en dur, murs en briques, de mêmes dimensions que les bâtiments précédents, mais avec des fenêtres plus grandes et à une hauteur normale.

Il y avait bien un château d'eau (contenance 200 mètres cubes), mais le filet d'eau qu'il laissait échapper parcimonieusement, ne suffisait pas pour le nombre de détenus, alors on adjoignit une moto-pompe. C'était une goutte d'eau dans le désert et il fallait donc faire la queue pour avoir une cruche de liquide, pour boire ou laver un peu de linge, chemise sale ou mouchoir... S’il en restait encore. C'était comme les chaussettes, la plupart n'en avait plus depuis longtemps ! !! Par la suite, il y eu dans les baraques l'électricité. Deux maigres ampoules de 40 ou 60 watts pour un baraquement de 260 ou 280 mètres carrés. Petit à petit, on finit par construire tous les lits, ceux-ci étaient avec deux places et à étages. Par lit il y avait donc 4 personnes. Au début point de paillasses, si ce n'est une couverture lorsque l'on pouvait la troquer ou la chaparder. Les baraquements étaient prévus pour 40 à 60 personnes, il en fut logés parfois 150 à 200 dans les moments où il y eu encombrement. On logeait alors à 6 au lieu de 4, d'autres dormaient à même le sol, comme ils pouvaient, pêle-mêle. La population carcérale fut très variable suivant les périodes. Elle variera de 6.000 à 12.000 personnes, même parfois 13.000. Nul ne put le préciser...

Petit à petit, on finit par construire tous les lits, ceux-ci étaient avec deux places et à étages. Par lit il y avait donc 4 personnes. Au début point de paillasses, si ce n'est une couverture lorsque l'on pouvait la troquer ou la chaparder. Les baraquements étaient prévus pour 40 à 60 personnes, il en fut logés parfois 150 à 200 dans les moments où il y eu encombrement. On logeait alors à 6 au lieu de 4, d'autres dormaient à même le sol, comme ils pouvaient, pêle-mêle. La population carcérale fut très variable suivant les périodes. Elle variera de 6.000 à 12.000 personnes, même parfois 13.000. Nul ne put le préciser...

Les déportés dormaient à 2, 3 ou 4 sur des matelas de paille. Ils étaient très serrés sur des lits en bois. Ils dormaient très peu et se levaient tôt.

Entre deux grands baraquements, à l'extrémité se trouvait les "latrines". Baraques carrées qui servaient à deux sections. Les latrines ont toujours été un problème pour l'armée ou l'administration française. Elles étaient élevées à la hauteur d'une institution. Dès que vous aviez plus de 10 individus, il fallait préciser et penser "aux latrines". En temps ordinaires, c'étaient des tranchées de 30 centimètres de large, d'une profondeur de 60 centimètres et de 4 à 5 mètres de long. Des planchettes de 40 en 40 centimètres permettaient de poser les pieds. Dans les années de guerre et d'avant-guerre, c'étaient des WC où les excréments tombaient et par la suite étaient recouverts de terre. Dans le camp du Vernet, chaque latrine avaient 2 ou 3 places, les déjections tombaient dedans.Ceux-ci étaient vidés journellement. Comme dans l'armée et plus tard les chantiers de jeunesse : la corvée de latrine tombait de la bouche de l'autorité quelle qu'elle soit. Elle était en principe une punition. Au Vernet, la première solution, feuillées (tranchées) ne furent utilisées que pendant les trois premiers mois. Par la suite, ce fut la corvée pour porter à deux, tous les récipients jusqu'à l'Ariège. Contrairement à ce qu'on pouvait penser il n'y avait pas de désignés d'office, mais des volontaires. Ces derniers pouvaient sortir du camp, aller porter leurs récipients et les vider. Ils en profitaient pour se laver à grande eau, fumer une cigarette (s'ils en possédaient) et flemmarder au bord de l'Ariège. Tous avaient l'avantage de respirer le grand air pur, près de la rivière et avoir un semblant de liberté. Les gardes fermaient un peu les yeux sur beaucoup de choses, puisque c'était un moment de détente. Il faut dire aussi que sur les camps, et celui du Vernet n'en était pas exclu (et n'échappait pas à la règle) il planait toujours une odeur pénétrante, constante, nuit et jour, une odeur écœurante faite de relents de sueur, d'urine, de déjections, de malpropreté et de misère sordide. es récipients

. Nous avons pris connaissance du témoignage d'un joaillier arrivant et séjournant au camp du Vernet. "Une première étape nous amena à Pamiers dans l'Ariège. Ce n'était pas le terminus. Neuf kilomètres nous séparaient encore du camp du Vernet. Deux heures plus tard, nous découvrîmes ce lieu de sinistre réputation.. Nous avons de la chance, nous arrivons dans un palace!" m'écriai-je à la vue des bâtiments en dur. Après les baraquements en bois et papier goudronné du Barcarès, cela paraissait luxueux. L'illusion se dissipa rapidement. La nourriture se limitait à un pain noir qu'on nous distribuait par semaine et par baraquement. Il s'agissait, plus exactement, d'une boule, verte de moisissure, que nous partagions le plus équitablement possible à l'aide d'une balance de fortune. Nous couchions sur du bois recouvert d'un peu de paille et cela sur trois niveaux. Jour et nuit, il fallait supporter la lueur grise d'une lampe. Le camp se divisait en deux secteurs. L'un destiné aux prisonniers de droit commun, l'autre aux prisonniers politiques dont je faisais partie. J'y retrouvais beaucoup d'Espagnols, toujours aussi ingénieux. Ils me soutinrent courageusement le jour où, excédé, je criai ma révolte. Cette colère fut déclenchée par la décision de renvoyer les vieillards de l'infirmerie aux baraquements. Je hurlai alors aux lâches qui nous encadraient que, s'ils avaient perdu la guerre, ils ne pouvaient s'en prendre qu'à eux-mêmes, car nous, au moins, nous avions reçu les honneurs militaires allemands et nous n'avions pas détalé devant l'ennemi comme des lapins ! Malheureusement, cela ne changea rien car nos gardiens étaient à la solde de l'occupant. Nous ne pouvions espérer de l'aide de personne, pas même celle de la Croix-Rouge qui ne pénétrait jamais dans le camp à cette époque. Pour passer le temps, je fabriquais des sandales. Puis, afin de circuler librement dans le camp, je me chargeai d'une des corvées les plus repoussantes : le transport des latrines. Cela me permettait de recueillir quelques informations et de ramasser des mégots pour mon ami anglais qui n'arrivait pas à se passer de fumer. C'étaient des journées interminables où il fallait compter sur sa propre résistance intérieure et sur l'amitié de quelques-uns...

D'après ce témoignage, le camp d'aspect extérieur paraissait accueillant, mais simplement en apparence. En réalité, la nourriture y était avariée et on ne pouvait compter que sur soi-même.

 

M.CANOVAS nous a montré les tombes des morts du cimetière du Vernet, parlé de ce camp où il avait été interné. Puis il a fait partie des trains 'fantômes' de mai-juin 1944 vers Compiègne et l’Allemagne.

M. Canovas : « Au camp du Vernet, les conditions de vie étaient terribles. Nous n’avions pratiquement rien à manger : un peu de pain noir et un bol de soupe bouillante avec des légumes (quelques lentilles, des petits pois, choux non lavés, rutabagas, des épluchures de pommes de terre ...). Les internés se lavaient dehors à l’eau froide. L’eau était abondante grâce à la présence du château d’eau situé près de l’entrée. Quand on buvait beaucoup, on allait souvent aux toilettes qui étaient dans des cabanons dehors. Chaque jour, il fallait vider les ‘tinettes’ à l’Ariège. Les détenus, mal nourris et sans force devaient les porter par 2 (plus de 100 kg). Quand ils faisaient l’appel, les gardes se fichaient de le faire dans le froid. Des hommes nommés Guttierrez et de Pablo organisaient les évasions du camp. Il n’y avait pas de travaux obligatoires. Mais par contre, je faisais des chaussures en paille pour gagner un peu d’argent. »

Les déportés étaient transportés en wagons. Ils partaient du Vernet à Drancy ou à Compiègne et, de là, ils partaient en Allemagne.

Quand les déportés voulaient aller aux toilettes, ils étaient accompagnés par un soldat. Si le prisonnier faisait un mauvais geste, le soldat avait l’ordre de le tuer.

Dans les trains fantômes, des personnes étaient entassées comme des sardines et ceux qui arrivaient à sauter du train n’avaient pas beaucoup de chance de survivre. Le voyage durait trois jours et trois nuits sans manger et sans boire.

 

Les enfants du château de la Hille y vivaient heureux jusqu’à l’arrivée des gendarmes français qui les ont raflés et amenés au camp du Vernet. M. et Mme Dubois, les responsables de la Croix Rouge suisse (dont dépendaient les habitants du château), les ont fait délivrés en allant voir le gouvernement de Vichy. Ce fut une des rares fois où des enfants juifs furent relâchés. Ils eurent beaucoup de chance !

Cette histoire ressemble un peu à celle des 44 enfants d’Izieu qui (hélas !) connurent la déportation (organisée par le célèbre Klaus Barbie) et la mort pour la plupart.

accueil

sommaire