La bataille de Castelnau-Durban (22 août 1944)

Au petit jour, la bataille reprend. La légion du Turkestan occupe Castelnau-Durban depuis la nuit. Elle tente de s'emparer des collines au nord et au sud du village. Dans l'impossibilité d'avancer directement par la route jusqu'à Ségalas, la manœuvre principale est de contourner les guérilleros et les autres maquisards par le nord, par Durban, pour revenir sur Ségalas ou sur le Mas d'Azil. Sur les hauteurs au sud de Castelnau est installé le maquis de la Crouzette; au nord, se trouvent les 3101° et 3103° Compagnies F.T.P., des éléments de l'Armée Secrète (maquis de La Bastide, groupe "Gardelle"...) et de nombreuses milices patriotiques venues de partout. Du côté allemand, le commandant constate son échec : en vingt quatre heures, il a brûlé Rimont et n'a avancé péniblement que de six kilomètres. La configuration du terrain est mauvaise. Les maquisards se renforcent d'heure en heure. Le "verrou" de Ségalas tient bon. Les troupes de couverture formant I'arrière-garde sont attaquées à l’arme automatique et à la grenade aux abords de la Barrière.

Il semble que dès le matin un certain scepticisme se soit emparé du commandant et de ses adjoints. Le commandant SCHÖPPLEIN rassemble ses hommes et leur communique ce qui suit : « Celui qui à partir de maintenant met le feu aux maisons ou qui se livre au pillage sera fusillé. Nous voici maintenant en face d’une troupe régulière. » Ainsi l'attitude du commandant a complètement changé, soit parce qu'il reconnaît son erreur (l'incendie de Rimont paraît inutile), soit parce qu'il craint des représailles maintenant que la défaite se précise. Il ne se considère, plus en face de bandes de "terroristes" mais aux prises avec une véritable armée.

Au petit matin, de nouveaux renforts arrivent quatre-vingts guérilleros de l'Aude, des milices patriotiques de Tarascon et le groupe "Camille" de la vallée du Vicdessos ; à l'ouest, le groupe "Rémy" de Saint-Girons. Vers six heures du matin, un groupe imprudemment avancé vers Castelnau est dispersé. Là, tombe le maquisard Raymond LEQUÉRÉ de Montgailhard. Un peu plus tard, nouvelle tentative pour entrer dans Castelnau par le maquis de la Crouzette. C'est l'échec ! Puis l'avance allemande reprend vers Ségalas par les collines de Montseron au nord et au dessus de Castelnau au sud. Des civils tombent alors : un vieillard Joseph VERGE est mortellement blessé (il meurt sept mois plus tard). Angelo SANSON réfugié à Eychartas tombe en fuyant un groupe de mongols. Il lève les bras au ciel et crie "Kamarad !" Le sous-officier MIRSAEW donne l'ordre au servant de la mitrailleuse ABDULLAEV de tirer. Le malheu-reux est abattu et détroussé. A ce moment, un maquisard français est fait prisonnier au nord de Castelnau. Entre Montseron et Ségalas sont installés des F.T.P. (31O1° et 31O3° Com-pagnies) avec le capitaine CAURET "Armor" accompagné du lieutenant MEYER "Valmy". "Armor" sur les ordres de CALVETTI a confié une partie de ses hommes à l'abbé Léon FERRAN, capitaine de réserve, curé de Durban. Pour donner l'impression d'être plus nombreux qu'en réalité, les maquisards tirent par salves, mais les Allemands avancent toujours vers Durban. Des camions font des navettes à vide sur la route venant du Mas d'Azil feignant un transport important de renforts. Un groupe de Lavelanet, avec l'abbé FERRAN, tente de s'emparer d'une colline au sud de Durban. Trop avancés, les maquisards se font prendre entre deux feux : trois sont tués : Paul BERGERE, Léon MAUDOU et Albert TRAFIQUANT. Un quatrième, Louis BAUDRU est gravement blessé. Le commandant CALVETTI, grâce au docteur André SAINT-PAUL a obtenu des munitions du maquis de Cazères. Cela permet d'envoyer de nouveaux renforts sur Ségalas, deux camions de F.T.P avec le commandant GOS, Bénito PEREZ "Oscar", François ANDREU "Lucien" et Maurice GENES "Bébert". Ce détachement est mitraillé par l’ennemi à deux kilomètres en avant de Castelnau. Il y a de nombreux blessés : BERDIE, BOUSQUET, AMARDEILH, "KLEBER". L'arrivée du commandant "ROBERT" (José ALONSO) et d'un détachement espagnol les tire de leur mauvaise posture. Du côté de Durban, la bataille redouble. Un détachement du maquis de Cazères avec son chef Raymond GARAUT "Marlus" vient renforcer les éléments de l’A.S. aux côtés du contingent du Mas d'Azil (André SAINT-PAUL).

Les Allemands sont contenus et démoralisés. Vers 16 heures, une voiture allemande hissant le drapeau blanc arrive de Castelnau vers Ségalas.

La capitulation

Le maquisard français pris le matin, vers 11 heures, menacé d'être fusillé, imagine d’impressionner le commandant SCHOPPLEIN. Louis LACASSAGNE "Lenoir" raconte que les AIlemands sont encerclés par plus de 4.000 hommes (Français, Anglais, Américains). Si un seul maquisard est fusillé, cent Allemands le paieront de leur vie". Le commandant, découragé, accepte de parlementer mais avec des troupes régulières françaises. Les plénipotentiaires allemands sont très surpris de constater qu'il y a des Anglais, un Canadien !... En l’absence du lieutenant-colonel AUBERT (Camille SOUYRIS), chef départemental des F.F.I. , rentré à Foix, c'est le commandant BIGEARD qui mène la négociation. Jean STAHL qui dirige une antenne de la Croix-Rouge est choisi pour aller le premier dans le camp allemand, discuter de l'évacuation des blessés est une bonne entrée en matière. Vers 19 heures 30, la capitulation sans condition est signée à Ségalas en présence de BIGEARD, PROBERT, CALVETTI, etc... A Castelnau, 1542 Allemands et Turkestans se rendent à 450 maquisards environ.

Dans les jours qui suivent, beaucoup de fuyards sont pris dans toute la contrée alors qu'ils tentent de s'enfuir. Des Français, RPF et autres sont ainsi capturés à Rivèrenert. Dans Rimont en cendres, treize "mongols" et deux Allemands capturés sont fusillés par les Rimontais. Le nombre des morts ennemis n'est pas connu, mais il doit vraisemblablement dépasser la centaine. Pour cette journée, le bilan du côté des maquisards est de sept tués : LEQUÉRÉ, BERGERE, MAUDOU et TRAFIQUANT et trois guérilleros. Une dizaine de bâtiments dont quatre maisons d'habitation sont détruits. Les blessés des deux journées sont nombreux : Antonio BERENGUER, Pedro ABASCAL, CONSTANT, Jean CONDE, Narcisse FONTBADIA, le Yougoslave Syl-vestre FURLAN "Pavlov", ancien des Brigades internationales, Gustave PEDOYA, Mario VETTOR et Jacques CARRIE qui reste aveugle, les yeux arrachés par une balle.

Quelques jours plus tard, à Toulouse, un guérillero blessé, Pablo GARCIA CALERO est décoré par le Général de Gaulle qui lui déclare: "Guérillero espagnol, en toi, je salue tous tes braves compatriotes. Quant à toi, par ton comportement et le sang que tu as versé pour la Liberté de la France, tu es devenu un héros franco-espagnol".

La nouvelle de l’incendie de Rimont a plongé l’Ariège dans la panique. Le cauchemar fini, les prisonniers allemands prennent le chemin du camp du Vernet. Dans le camion qui ramène vers Foix, le commandant SCHÖPPLEIN s'apercevant de sa méprise devient comme fou de rage et veut se tuer. Quelques semaines plus tard, il sera abattu en tentant de s'évader du camp. Des officiers, des soldats seront condamnés comme criminels de guerre. Le lieutenant SCHERHAG sera condamné à mort et fusillé.

A Rimont, grâce à l'aide venue de tout le département et de toute la région, il faut maintenant panser les plaies, réconforter et reloger les 800 habitants. Seules dix sept maisons ont été sauvées et c'est bientôt un immense campement de baraques de bois qui remplace les ruines que, peu à peu, les soldats allemands prisonniers aident à déblayer. La vie reprend peu à peu. Mais il faudra des années pour effacer les traces du passage de la barbarie nazie et pour que Rimont dans son malheur devienne ce coquet village qui paya chèrement le prix de sa libération.

accueil

sommaire