Les parachutages de Puydaniel

Témoignage de M.DELPY Gilbert :

"À Puydaniel où s’est réalisé le 1° parachutage, nous étions venus à bicyclette parce que, d’après les quelques renseignements que nous avait donnés l’organisation, nous devions avoir des parachutages légers que nous pouvions porter sur des bicyclettes. La suite nous apprendra que c’était un parachutage plus conséquent. Cela consistait à baliser le terrain : il fallait 3 lampes dans la direction du terrain, disposées de manière pour que l’avion puisse les voir, plus une lampe sur le côté qui faisait la lettre C correspondant au message secret : “ La croix du calvaire est penchée ”. La lettre C indiquait que c’étaient bien les résistants désignés qui étaient là. Après 3 passages pour déterminer la vitesse du vent, l’avion a ouvert ses soutes. Les parachutes se sont développés dans la semi-clarté de la lune. À la réception, quand nous avons récupéré ce matériel, nous étions devant un stock de 3 tonnes d’armes dans ces cylindres que nous avons entreposés au bord de la route.

Il n’était plus question de bicyclette. Il était environ 2 heures de la nuit. Je suis parti avec M.Gimbrède, garagiste à Auterive, réveiller mon père pour savoir s’il voulait nous prêter le camion. Tout surpris, au saut du lit, il eut 5 minutes pour réfléchir à la situation. Au terme de sa réflexion, il nous autorisa à prendre le camion qui, tous feux éteints, emprunta la barrière du Boué, qui était la seule ouverte et qui n’avait plus de barrières, qui était gardée par des gens réquisitionnés du pays. Nous avons regagné le terrain. Nous avons chargé ces armes. C’est là que le responsable a mis deux des nôtres à côté de moi-même, qui était le chauffeur, avec des mitraillettes et 2 derrière, avec mission, si nous rencontrions les Allemands de tirer, si c’étaient des gendarmes de négocier. Nous avons regagné la ferme de Montfort, la ferme de la mère de Gimbrède. Nous avons entreposé les armes dans la grange, les parachutes dans la cuisine et la chambre à coucher. Le lendemain, il a fallu les rechercher parce que cette personne était très âgée et commençait à bavarder avec le voisinage.

Ces armes se sont retrouvées dans la cour de la maison Delpy à Auterive : 3 tonnes d’armes. À l’étonnement de mon père qui ne comprenait pas quel était ce type d’organisation qui était capable de tomber dans une telle impasse, de compromette si fortement une famille ! Nous avons déballé les armes et monté dans le grenier. Elles y sont restées une quinzaine de jours avant d’être dispatchées ailleurs.

 

À Malevaisine : “ Effectivement, nous avions trouvé que le terrain où nous avions réalisé le 1° parachutage était trop près des habitations dont les habitants n’étaient pas avertis de ce que nous faisions ? Nous avons choisi ce terrain sur la commune de Mauressac au lieu-dit ‘La Malevaisine’ car les fermiers étaient des sympathisants de la Résistance. Il n’y avait aucun ennui à ce qu’ils assistent aux parachutages. Dans la même nuit, nous avons réalisé deux parachutages : le 1° aux environs de minuit. Il avait été récupéré et mis à proximité de la ferme en attendant de le déplacer. Un avion s’est présenté vers 2 heures du matin. Certainement, il ne voulait pas remporter en Angleterre son 2° parachutage parce qu’il n’avait pas trouvé les résistants sur un autre terrain. Il s’est présenté chez nous. Nous avons refait les signaux. Il a refait un 2° parachutage mais il n’a pas pris les mêmes précautions que les autres fois et les containers se sont éparpillés dans les bois. Nous avons travaillé toute la nuit à récupérer ces containers dispersés dans les bois et malheureusement des petits containers n’ont pas été retrouvés. Par la suite, ils ont été portés à la gendarmerie d’Auterive. L’administration de Vichy avait été alerté qu’il y avait une section de l’A.S. qui fonctionnait. Par la suite, nous avons été dénoncés, nous avons dû prendre le maquis alors que, jusque là, nous fonctionnons en pleine légalité le jour, et les parachutages se faisaient la nuit sur ce terrain de Malevaisine où, dans l’hiver 44, 2 parachutages ont été réalisé dans la même nuit ; ce qui correspond à 6 tonnes d’armes.

Delpy : "57 ans après, nous sommes sur les lieux où nous avons caché des armes dans ce bosquet particulièrement fourré. Nous avions fait une cache, nous y avons entreposé des armes, refermé, recouvert de ronces. Il a bien fallu que quelqu’un vende la mèche pour savoir où c’était. Le père et le fils Rodriguez qui ont été arrêtés se défendaient d’avoir eu des armes. Ils n’ont jamais parlé mais les Allemands et les miliciens étaient bien renseignés.

Rodriguez José : " Quand ils ont réveillé les camarades à la Ginestière, ils sont venus ici. Ils nous ont arrêtés. Ils ont jeté une grenade devant la porte qui a volé en éclats. Ils nous ont arrêtés, les menottes aux mains. Ils voulaient trouver des armes. “ Les armes, on n’en a pas ! Vous allez venir avec nous ! ” Ils sont allés directement à la cache. Pour moi, c’est un faux maquisard qui s’était infiltré parmi nous. Suite à l’arrestation, j’ai passé 8 jours rue des Martyrs à Toulouse, Après, 28 jours à Saint-Michel. Après, directement à Dachau avec mon père (que j’ai malheureusement perdu là-bas), Cazajus et Montoya qui était un républicain espagnol, blessé à la guerre d’Espagne, qui avait rejoint l’activité de l’A.S.

G.D. - Je me souviens quand on mettait les armes à Tardieu, on les passait par la fenêtre. Montoya me disait : “ Ce n’est pas tout de remuer des armes, il va falloir me donner un pistolet ! Si un jour je suis arrêté, je vendrai chèrement ma peau ! ” Vraisemblablement, il avait eu un revolver. Mais comme les Allemands venaient de très bonne heure, ils les ont surpris dans le sommeil à 3 heures du matin. Il a été déporté et il est mort là-bas.

J.R. – La vie à Dachau était incroyable. Il faut la vivre pour la croire. La résistance d’un être humain, c’est incroyable ! Il y a beaucoup de personnes, dès qu’elles étaient un peu déficientes, ils les mettaient au four ou à la chambre à gaz. On rentrait par la porte, puis on en sortait par la cheminée. On était dans ce camp pour être exterminés. Grâce aux Américains qui sont arrivés plus vite qu’ils ne le croyaient, un commando russe, qui était parti dans un convoi dans les bois, n’est pas revenu. Il n’y eut qu’un seul rescapé qui a fait le mort. Quand il est revenu au camp, à la Libération, on lui a demandé : “ Et tes camarades ? Camarades, kaput ! ” Nous, nous étions pour partir le lendemain. Quel coup de chance !…

Ce chemin mène à la Ginestière, là où les armes ont transité au départ sur des charrettes avec des bœufs. On habitait en bas et on dormait en haut. C’est là qu’ils ont fait sauter la porte. Ils sont montés une dizaine. Ils nous ont arrêtés comme des poulets.
- Vous aviez des armes cachées ?
- Ici, dans l’écurie, il y avait des fusils mitrailleurs qu’ils n’ont pas trouvés heureusement. Ils ont fouillé partout, ils n’ont rien trouvé. Ils nous ont amenés au bois.
“ On n’a pas d’armes ici.
- Vous n’avez pas d’armes ? Venez avec nous ! ”
Ils nous ont amenés directement à la cache. ”

 

Le 24 Avril 1944, La Gestapo rendit visite à Jean Doumeng à la ferme de la Mayne. Ils ont attaché et torturé tous les membres de sa famille jusqu'à ce qu'ils avouent où se cachaient les armes : celles du puits et du bois au nord de la ferme Jean Doumeng et son fils Pierre furent déportés à Dachau, sa femme Céline Raspaud à Ravensbruck, où ils moururent. Mais d'où venaient ces armes et comment Allemands avaient-ils su ? Elles provenaient de 3 parachutages largués sur le plateau de la Mecque (Puydaniel) à partir de février 1944 jusqu'à ce mois de mai tragique. Hélas 2 containers furent perdus. Un des colis fut récupéré par le garde communal de Mauressac qui le rapporta à la gendarmerie d'Auterive. De nombreuses arrestations eurent lieu à Auterive et à Caujac.

Pendant notre visite à la ferme de la Mayne, Mr Delpy nous raconte : “Nous entrons en plein pied dans le groupe de l'A.S. d'Auterive qui amené des actions de résistance, qui a procédé aux parachutages. Dans cette ferme, ont été entreposées des armes qui avaient été parachutées sur Puydaniel suite à la rafle de la Gestapo de certains de notre groupe. Les Allemands, des nazis SS, sont venus ici et ont malheureusement retrouvé un parachute caché dans un puis, ce qui leur a valu la déportation comme l'indique ce monument. Voici ce qui est inscrit sur la plaque :

Mort en déportation: Doumeng Céline née Raspaud morte à Ravensbruck le 24/12/44.
Doumeng Jean mort à Dachau le 24/01/45.
Doumeng Pierre mort à Dachau le 4/14/45.
À leur mémoire.

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