RIMONT

Août 1944, mars 2001...

Il y a 57 ans le village de RIMONT était anéanti dans les flammes par une colonne ennemie qui tentait d'échapper à l'étau des armées débarquées le 15 août en Provence et de la Résistance Intérieure. Le lendemain, la capitulation de ces hordes barbares était signée à Castelnau-Durban après une lutte héroïque de tous les patriotes du département ou d'ailleurs et de leurs camarades espagnols. Au cours de ces deux journées 13 civils et une douzaine de maquisards périrent.

Une des capitales de la Résistance Ariégeoise

Le drame des 21 et 22 août 1944 apparaît comme l’aboutissement d’un ensemble d’événements survenus dans la région depuis l’occupation de l’Ariège par les troupes allemandes. En février 1943, le gouvernement de Vichy institue le Service du Travail Obligatoire (S.T.O.) qui oblige les jeunes français, nés en 1920, 1921 et 1922, d’aller travailler en Allemagne pour remplacer les Allemands mobilisés dans la Wehrmacht. Beaucoup de jeunes refusent de partir, se cachent dans les campagnes et notamment, dans les régions forestières. Ils deviennent des réfractaires. L’Ariège fourmille, alors, de ces groupes de réfractaires réfugiés dans des granges isolées, des hameaux abandonnés ou des chantiers forestiers. Ces premiers maquis, le plus souvent n’ont d’autres rôle que de cacher clandestins et fugitifs.

Certains de ces groupes se retrouvent encadrés par des résistants, généralement plus âgés : militants politiques ou syndicalistes en fuite, évadés des prisons ou des camps d’internement français ou allemands, républicains espagnols employés par les Camps Travailleurs Etrangers, juifs fuyant polices françaises et allemandes... Ainsi se constituent les premiers vrais maquis : ils déclenchent les premières actions de guérilla contre les représentants du Gouvernement de Vichy et contre les Allemands.

Rimont, village martyr

Rimont, l'une des plus importantes batailles de la Libération dans le sud de la France, Rimont demeure le double symbole des horreurs de la barbarie nazie et de la victoire des Combattants de la Résistance sur l'armée hitlérienne. Le demi-siècle passé a, déjà, asséché la mémoire.

Les premiers maquis

Le 11 novembre 1942, les Allemands occupent l'Ariège à la suite du débarquement anglo-américain du 8 novembre en Afrique du Nord. Désormais, les premières actions contre les troupes d'occupation peuvent commencer. Le 6 décembre 1942, Jean GAUDILLAT accomplit le premier attentat anti-allemand en Ariège en faisant sauter le bureau de placement allemand de Saint-Girons. Albert BUSA, le 9 janvier 1943, orga-nise un autre attentat qui détruit le bureau de placement de Pamiers. Le coup d'envoi de la guérilla a été donné. Toutefois le travail le plus important n'est pas forcément le plus spectacu-laire. BALUSSOU, BUSA et GAUDILLAT consacrent tout leur temps à la mise en place des premiers maquis F.T.P. A Rimont, BUSA s'appuie sur un de ses adjoints dans l’entreprise Carborex : Silvère JOULIA "Lenoir", originaire de Saint-Amadou, ex-cadre communiste à Sud-Avia-tion à Toulouse. A Castelnau, un maquis s'organise sous la direction de Pierre LACRABERIE. Il travaille pour l'entreprise NAVARRE, dans une carrière, en compagnie de Rémi FERTIER, futur commandant F.T.P. et d'Achille BOCHETTO, jeune communiste narbonnais, plus tard mortellement blessé au combat de Péreille (18 septembre 1943). Un autre groupe F.T.P. travaille dans les coupes de bois de Carborex, à Sentenac de -Sérou (Saint-Thomas), à Eychartas, la Bartolle mais aussi tout autour de Rimont. Il y a là Roger THEVENIN "Alain", Raymond BEAUGARD, Alexis AUDEON "René", ancien com-battant des Brigades Internationales en Espagne (tué plus tard à Péreille), Albert LABALLE, Georges TABAR "Fourest", futur lieutenant-colonel à la Libération. Castelnau et Rimont jouent le double rôle de centre de triage chargé de filtrer et de répartir les candidats au maquis et d'école des cadres des F.T.P. de l'Ariège (et de la région toulousaine).
Dans l'été 1943, le maquis reçoit le renfort d'internés du camp du Vernet, évadés d'un groupe de travailleurs étrangers employés à la mine de phosphates de Castelnau. Parmi eux, un Russe Serge KIRILOV, un docteur juif roumain Moïse SIGLER qui périt lors de la destruction du maquis de Camarade, par les Allemands (17 novembre 1943).
Devant l'afflux des maquisards, un nouveau maquis se crée en vue de la formation des cadres. Le chef est Roger THEVENIN "Alain", originaire du Jura. Ancien cadre du chantier de jeunesse de Castillon, il entre en contact avec Yvonne SOULA, postière à Rimont et déserte pour rejoindre les F.T.P. Le maquis s'implante en août au Pla del Lac, à Balès, (commune d'Esplas1e Sérou), chez la famille de Jean SOUM "Janirou". Puis en septembre, le maquis déménage tout près de Rimont, à Pla Pourqué (commune de Lescure), dans une ferme inhabitée. Il est aidé par la famille ROUCH de Salles.

Les maquisards rimontais participent à des actions de guérilla:
- le 11 septembre 1943 ils opèrent un sabotage à l'usine de Pamiers.
- le 17septembre, un commando dirigé par BALUSSOU, BUSA et JOULIA enlève une tonne d'explosifs à la centrale électrique d'Eylie près de Sentein.
- le 30 septembre, un autre commando dirigé par BUSA, FERTIER, THEVENIN, attaque au passage à niveau d'Eycheil, un car de miliciens (presque vide) venu de Massat, à l’occasion de la visite à Saint-Girons, de Philippe HENRIOT, le célèbre chef de file des ultra-collaborateurs parisiens et futur ministre de la propagande de Vichy. Le car est endommagé, le chauffeur est blessé.

Léon Balussou et la société Carborex

Un militant communiste de Toulouse se trouve à l'origine de la vocation résistante de Rimont Léon BALUSSOU, typographe, est, avant la guerre, une figure marquante du Parti Communiste dans notre région. Secrétaire fédéral pour la Haute-Garonne et I'Ariège, membre du Comité Central du P.C.F., réduit ses activités à la suite d'un accident d'auto en juin 1939. Grâce à un de ses amis, communiste de Pailhès, Emile COUTIET, il s'installe en Ariège. Il loue une maison à Pailhès puis, de concert avec un socialiste marseillais réfugié aux Cabannes, Lucien VITRAC, il crée la société "Carborex" spécialisée dans la production de charbon de bois (0n sait que le charbon de bois constitue alors, faute d'essence, le principal carburant utilisé par les moteurs à gazogène). Cette société, basée à Pailhès et à Rimont, devient, alors, la meilleure couverture pour héberger et camoufler fugitifs, clandestins et résistants en danger (français, espagnols...). A Rimont, le gérant de Carborex se nomme Jules LECLAIR. De son vrai nom Albert BUSA, ce Français de Tunisie, évadé du camp d'internement de Chibron, près de Marseille, assume le poste de responsable du Parti Communiste pour l'Ariège. Parfaitement intégré à la population rimontaise, il s'occupe notamment d'une équipe de basket. En même temps, Il a une vie clandestine parallèle. Certains jours, il part et sillonne I'Ariège avec son ami Jean GAUDlLLAT, ouvrier à la Moulasse à Saint-Girons, il met sur pied la première organisation des Francs Tireurs et Partisans (F.T.P.) en Ariège.

Le maquis de la Crouzette

Au début de mars 1944, aux environs d'Aigues-Juntes, la direction de la 3° Brigade de Guérilleros Espagnols composée du commandant Angel MATEO, du commandant José ALONSO "Robert", chef d'état-major et de José ESTEVEZ "Montero", commissaire politique, décide de former un troisième bataillon de guérilleros dans le Saint-Gironnais. Le commandant Alfonso SOTO "el barbero" est envoyé pour diriger cette formation. Parti dans les environs de Rimont et de Castelnau avec une quinzaine d'hommes, il constitue ainsi le premier noyau du maquis de la Crouzette. Des embuscades s'organisent contre les patrouilles allemandes afin de récupérer des armes. Ainsi, le 20 mai, trois douaniers allemands sont tués à Ribaute-Kercabanac, près de Soueix. Ce groupe espagnol est rejoint peu après par des Français.

Dès la nouvelle du débarquement en Normandie, débute la période d'insurrection générale. L'équipe des F.T.P. urbains de Saint-Girons, formée dès 1942 par Jean GAUDILLAT, se trouve dirigée par René PLAISANT et Roger ESTAQUE. Elle multiplie attentats, sabotages et distributions de tracts et de journaux. Au 6 juin 1944, elle reçoit l'ordre de passer dans l'illégalité et se dirige le 9 juin au matin vers le maquis F.T.P. de Betchat, commandé par le capitaine Jean BLASCO "Max". Malheureusement, le lendemain 10 juin 1944, c'est l’attaque du maquis de Betchat par des miliciens, des Allemands et entre autre des éléments de la division S.S. "Das Reich". Pour éviter l'encerclement, le maquis éclate et se disperse dans toutes les directions.

Le groupe du maquis d’Auterive (Canal, Pages, Delpy…) qui s’était réfugié auprès du maquis de Betchat, s’enfuit et rejoint les bois de Canté, près de Saverdun où ils resteront avant l’attaque des Allemands à Justiniac et leur montée à Piquetalent, lieu des parachutages de Saverdun. Les Auterivains se cacheront dans les bois de Calmont jusqu’au 17 juillet où les Allemands les poursuivront. Dispersés, ils attendront sur les coteaux d’Aignes la Libération.

C'est ainsi que René PLAISANT conduisant une quinzaine d’hommes se dirige sous la pluie, dans la nuit, vers le col de la Crouzette. Un campement sommaire s'installe : c'est le "camp Georges LASSALLE" du nom d'un important responsable F.T.P. tué par les Allemands.

Des sabotages ferroviaires ont lieu à Ségalas, des coups de main sont organisés.
Le 16 juin, un certain nombre de cadets de l'École d'enfants de troupe d'Audinac rejoint le maquis.
Le 21 juin, un coup de main sur Audinac permet de récupérer des uniformes.
Le 26 juin, un car est attaqué à l'entrée de Castelnau-Durban ; un Allemand qui refuse de se rendre est tué.
Le ler juillet à la suite d'une embuscade et d'un sabotage qui endommage un véhicule blindé allemand non loin de Rimont, les troupes allemandes incendient le hameau de Calibère. Quatre otages sont pris et bastonnés : Gabriel PIZARD, Louis SOULA, Jean-Marie SOULA et Gaston MICHEL. Emprisonnés à Foix au siège de la Gestapo, ils ne seront relâchés que quelques jours plus tard en piteux état.
Le 27 juin, une colonne allemande appuyée par une chenillette monte jusqu'à Cuilléré. Quelques rafales de mitraillette la font reculer.
Le 14 juillet, au carrefour de Rille, une prise d'armes a lieu, réunissant F.T.P. et guérilleros. Les habitants des villages environnants viennent à cette fête et portent du vin et des victuailles.
Le 19 juillet, les Espagnols commémorent l'anniversaire de la Révolution de 1938 lorsque les républicains ont riposté au soulèvement de FRANCO.

Le maquis s'équipe d'un réseau téléphonique qui relie les deux camps français et espagnols et ceux-ci avec les avant-postes. Le maquis est même ravitaillé en électricité, ce qui permet d'avoir des postes de radio. Le maquis français a même son journal "Libération" dont le rédacteur en chef est Robert BIRNBAUM dit "Jules Lefebvre".

La bataille de la Crouzette (21juillet 1944)

Au matin du 21 juillet, le maquis est attaqué de tous côtés. Il s'agit d'une vaste opération dirigée par l’intendant Régional de Police de Toulouse (une sorte de préfet de police) MARTY secondé par le chef de la Milice de la Haute-Garonne et de l'Ariège. Trois détachements allemands interviennent : au nord, le premier remonte de Rimont vers Ril1e ; à l'est le second vient de la Tour LAFFONT ; au sud, le troisième grimpe vers Encenou et le col de la Crouzette. Un détachement de miliciens venu de Soulan, progresse vers Las Cabesses. Dans la vallée du Nert, un autre détachement de miliciens est renforcé par un groupement de Waffen SS allemands et français où se sont intégrés les commandos du RPF. (Parti Populaire Français) de Saint-Girons. Enfin, il y a un contingent de G.M.R. (Groupes Mobiles de Réserve) de la formation "Navarre" connue pour son rôle dans la répression des maquis des Glières en Savoie. Ils se contentent d'observer et ne dépassent pas Rivèrenert. Leur mission est de prévenir les exactions de la Milice et des Allemands contre les civils. Le combat particulièrement violent dure de 8 heures à 18 heures. Les Français n'ont que des Mauser et des mitraillettes. Les Espagnols possèdent un fusil-mitrailleur. L'infériorité en armes est criante. Dans les combats, se distinguent les groupes DUPONT et JOURNES du côté de Las Cabesses, les groupes PERREAU et BUBIO du côté de Rille. Par leur résistance acharnée, les maquisards parviennent à freiner la progression de l’ennemi, ce qui donne le temps de camoufler ou de détruire le matériel : les camions sont incendiés. En fin d'après-midi, les Allemands s'emparent du P.C. espagnol. C'est alors que l’ordre général de repli est donné vers le nord-est, vers Sentenac de Sérou par la piste de Béllissens, ignorée des cartes. Grâce au brouillard, à la nuit et à la connaissance du terrain, les maquisards traversent le dispositif d'encerclement de l'ennemi. Le bilan de la journée est un échec cinglant pour les forces de répression. L'intendant MARTY publie un communiqué de victoire annonçant la mort de dix maquisards. En fait, les pertes s'avèrent légères : un guérillero semi-légal Bruno SANCHEZ -HERRERO qui dormait dans une grange d'Encenou, se fait tuer en montant rejoindre le maquis. A Pombole (Esplas de Sérou), un avocat polonais juif Henri SZWARC, réfugié là se fait tuer, lui aussi, en essayant de remonter vers Rille où se tenait le maquis. Deux guérilleros sont par ailleurs blessés. Les miliciens, furieux de leur échec, pillent les hameaux de Rougé et de Las Cabesses. Ce dernier village est incendié. Seize maisons et dix bâtiments sont détruits. Par ailleurs, les Allemands incendient les fermes de Rille et des Courets, abattent les troupeaux et s'emparent des carcasses.

Le maquis gagne Esplas de Sérou, passe par Ségalas et se réfugie près de Camarade. A la fin juillet, il regagne son ancien emplacement. C'est de là qu'il part pour libérer Saint-Girons.

 

La terreur sur le pays rimontais : L'assassinat de Paul Laffont et du docteur Labro

La présence du puissant maquis de la Crouzette conforté par le maquis de La Bastide de Sérou, gêne considérablement les Allemands et leurs auxiliaires français. L'axe routier Saint-Girons - Foix devient de moins en moins sûr. Outre les divers services de police allemands (Gestapo, S.D., Abwehr) on a créé des organismes de répression supplémentaires. En juin ou juillet 1944, le général LOTTNER, commandant en chef des services de douanes allemands en France vient à Saint-Girons et forme un commando spécial d'une vingtaine d'hommes provenant de la douane, destiné à coopérer étroitement avec la Gestapo et la Police de sûreté allemande (S.D.). La direction est confiée au capitaine des douanes DREYER qui fait régner la terreur à Saint-Girons et dans le Couserans. A la mort de DREYER, tué lors de la bataille de Saint-Girons le 20 août1944, la direction échoit au capitaine des douanes RANZINGER. Une autre unité spéciale est mise sur pied avec des Français. Le Parti Populaire Français de Jacques DORIOT, parti fasciste français le plus puissant et le plus célèbre, connaît à Saint-Girons un certain succès grâce à l'action, à la détermination et à la folie meurtrière d'un industriel papetier devenu ivre de l'éphémère pouvoir acquis à l’ombre des baïonnettes allemandes. Cet industriel, comme ailleurs en France, crée un commando armé de "policiers" -tueurs, baptisé "Groupe d'Action et de Justice Sociale". Ce commando sème la terreur, arrête, torture, pille, brûle, saccage, assassine impunément, dépassant souvent en "efficacité" la Gestapo elle-même. Sur Rimont plane l'influence invisible et discrète de Paul LAFFONT qui, en 1939, à la veille de la guerre apparaît comme l’homme fort de l'Ariège. Député, puis sénateur, Secrétaire d'état des Postes, Télégraphes et Téléphones (en fait, le premier en date, des ministres des Postes), Paul LAFFONT couronne sa carrière politique départementale en devenant, au début de 1939, Président du Conseil Général de l'Ariège. Comme la plupart des radicaux, le 10 juillet 1940, Paul LAFFONT vote les pleins pouvoirs au Maréchal PETAIN. Il ne reste pétainiste que quelques mois. Les mesures raciales et racistes, antidémocratiques prises par Vichy qui supprime peu à peu les libertés publiques et individuelles amènent Paul LAFFONT à se retirer des affaires politiques. Refusant les postes officiels proposés, il se voit destitué de Président du Conseil Général. Beaucoup de ses amis, comme le maire de Rimont, Jean CLAUSTRES, sont à leur tour destitués. Le groupes des laffontistes, peu à peu, prend une attitude d'indifférence, puis de désapprobation à l'égard du gouvernement de PETAIN et de LAVAL. En mauvais terme avec les socialistes, ses adversaires de toujours, et avec les gauIlistes qui ne lui pardonnent pas son vote du 10 juillet 1940, Paul LAFFONT se retrouve relativement isolé. Après l'occupation de l'Ariège par l’armée allemande (11 novembre 1942), l'ancien ministre n'hésite pas à s'engager. En 1943, il souhait adhérer aux Mouvements Unis de Résistance (M.U.R.) qui regroupent les mouvements Combat, Franc-Tireur et Libération. Une réunion clandestine se tient à Foix, au cours de laquelle la candidature de Paul LAFFONT est défendue par Jules AMOUROUX, responsable départemental de Franc-Tireur. La majorité des résistants refuse cette adhésion.

Lorsqu'en juin 1944 se constitue le maquis de la Crouzette, Paul LAFFONT prend contact avec les responsables du maquis dont il sait parfaitement qu'ils sont communistes. A trois reprises, il leur fait remettre une importante somme d’argent pour subvenir aux besoins du maquis. La Police allemande et ses auxiliaires français surveillent Paul LAFFONT. Certains imaginent que le sénateur pourrait être le chef, l’instigateur de toute cette résistance qu'ils craignent et connaissent mal.
Une opération de la Gestapo dans un groupe de résistants de l’Organisation de Résistance de l’armée à Pamiers réussit à piéger le sénateur Joseph RAMBAUD qui est déporté à Buchenwald.
Le 13 juillet, de bon matin, le commando du P.P.F. formé de Français mais aussi d'un Italien et d'un Allemand sarrois se présente au château de la Vignasse, chez Paul LAFFONT. Très vite, l’ancien ministre est mis sur une camionnette et amené vers une destination inconnue. Une partie de la bande reste à la Vignasse, pille et saccage. Le bruit de la présence du commando se répand dans Rimont.
Le docteur Léon-Charles LABRO, ami de Paul LAFFONT, accourt imprudemment aux nouvelles. Il est arrêté à son tour et, peu après, entraîné, lui aussi, vers une destination inconnue.
Les corps des deux malheureux sont retrouvés séparément, plusieurs jours après, sur le territoire de la commune de Lescure, LAFFONT à Augère, LABRO à Soueix de Las Barthes. L'enquête de police montre que les deux hommes ont été malmenés, frappés, suppliciés avant d'être tués.
Les tueurs du fameux Groupe d'Action de la Justice Sociale identifiés et arrêtés après la Libération seront condamnés à mort pour tous leurs forfaits et fusillés à Saint--Lizier le 2 septembre 1944. Parmi eux se trouve un châtelain de Lescure qui a, peut-être, indiqué les lieux d'exécution. L'affaire a écœuré et horrifié l'Ariège et la région entière. La Milice, qui, pourtant, coopère avec les Allemands dans la répression contre la Résistance, aide la police judiciaire et permet même d'identifier rapidement les criminels.

 

L’assassinat de Clovis Dedieu (4 août 1944)

Clovis DEDIEU, joueur de rugby célèbre, boucher et restaurateur à Castelnau-Durban, s'est engagé très tôt dans la Résistance. Ravitailleur des nombreux groupes de réfractaires des environs, il consacre son temps à l'hébergement des fugitifs, au camouflage de tous les clandestins. Il est bientôt lié à tous les groupes de résistance de la région. Notamment, il aide le maquis de la Crouzette et surtout le renseigne. Il appartient aussi à l’équipe qui a aménagé le terrain de parachutage d'Unjat. Le 2 août 1944, à huit heures, il est arrêté par la Milice et incarcéré à la caserne de la Milice à Foix. C'est alors, l'enfer. Le malheureux est aux mains d'une équipe de miliciens spécialisés dans la torture. Il subit quatorze heures de torture et meurt, sans avoir parlé, le 4 août, à 17 heures 30, dans la villa du boulevard Alsace-Lorraine dont les caves servaient à "questionner" les malheureux résistants. Enterré, de nuit, dans un champ près de Prayols, il n'est identifié que le 9 août. Cette mort atroce finit d'exaspérer l’opinion et bouleverse bien des consciences.

 

L'aube de la Libération : la bataille de Saint-Girons (20 août 1944)

Le débarquement des Alliés, en Provence, le quinze août, donne le signal de la Libération en Ariège. Les 17 et 18 août, ce sont les libérations faciles de Lavelanet et de Pamiers désertées par les Allemands. Le 19 août, les guérilleros libèrent Foix après plusieurs heures de combat contre la garnison allemande. Le maquis de la Crouzette arrive trop tard pour participer aux combats. Le lendemain, 20 août, un dimanche, le maquis de la Crouzette entreprend la libération de Saint-Girons. Les troupes allemandes se regroupent dans deux réduits, le collège et le château de Beauregard, résidence habituelle du capitaine DREYER, l'un des chefs de la Gestapo. Dans les combats, sont tués le chef du maquis français René PLAISANT et le capitaine DREYER, sorti imprudemment dans la rue, au Champ de Mars, pour installer une mitrailleuse. Vers midi, alors que les réduits allemands fléchissent et semblent sur le point de se rendre, une longue colonne de camions chargés d'Allemands arrive par la route de Boussens, à la hauteur de Saint-Lizier. Un petit groupe de la 3102° Compagnie F.T.P.(la Crouzette), placée au-dessus de la route entre la gare et Saint-Lizier, entre en contact avec la colonne qui, par méprise, tire sur le poste allemand de Saint-Lizier. La colonne reste bloquée à rentrée de Saint-Girons tout l'après-midi. Inférieur en nombre, le groupe F.T.P. décroche vers l'ouest de la viIle. Vers 18 heures, la colonne prend contact avec la garnison allemande qui se trouve délivrée.

C'est là que l'on découvre que la colonne est composée de centaines de "Mongols" encadrés par des officiers allemands. Saint-Girons connaît dans la soirée du 20 août une situation confuse et tragique. Des pillages, des viols sont commis. Quelques incendies s'allument Plusieurs groupes d'otages sont pris. Plusieurs civils sont abattus dans les combats. Le maquis de la Crouzette, dès qu'il s'est rendu compte que les nouveaux arrivants étaient nombreux et supérieurs en armement, décide d'évacuer la ville pour éviter un carnage. Dans cette libération manquée, le maquis français a perdu son chef René PLAISANT et deux maquisards montés au maquis depuis peu de jours : Marcel OURSEL et Jean EYCHENNE originaire d'Esplas de Sérou.
Un nouveau chef du maquis est désigné : Marcel COUMES "Soum", originaire de Rivèrenert. Fatigués, mort de sommeil, les maquisards remontent à la Crouzette pour se reconstituer, déçus et amers de l'échec rencontré et de la disparition de leur chef.

Les exécutions

Aussitôt arrêté, Jean Alio est attaché, battu, matraqué et conduit à pied au PC du commandant SCHÖPPLEIN qui, après une brève explication, donne l’ordre de le fusiller. Sur le refus de plusieurs soldats, le capitaine RANZINGER, chef du commando "DREYER", demande à un de ses hommes de l’exécuter. ALIO est abattu à la Fontaine de Marie.
Dix autres habitants de Rimont sont abattus à leur tour, dans la rue, devant chez eux ou tandis qu'ils s'enfuient:
- Antoine Jean SOUM, 69 ans, à la Baquère au dessus du Pas de la Plagne, dans sa fuite ;
- Jean TOLOMEI, 62 ans, réfugié de Collioure, à La Serre ;
- Jean ROUSSE, 53 ans et Louis SOULA, 44 ans, près de la Plagnotte entre le tunnel ferroviaire et la route;
- Stanislas SOULA, 78 ans, devant sa porte à La Serre, alors qu'il épluche des pommes de terre;
- Etienne FORGUES, 65 ans, à Mirande, alors qu'il vient livrer une vache pour la fête de la Libération;
- Marie COSTES, 77 ans, d'une balle perdue. Infirme, elle était sur un chariot que poussait sa belle-fille;
- Adrien SENTENAC, 71 ans, retrouvé mort dans sa maison où il essayait de se cacher;
- Jean-François ROUSSE, 72 ans, au chemin de la Tranchée, affaissé sur une charrue ;
- Joseph SERVAT, 56 ans, maître valet à Tabéou, retrouvé mort plusieurs jours après dans les ruines d'une grange.
Ces onze victimes pouvaient être évitées par l'évacuation totale du village mais on peut considérer que le pire a été évité, puisque les otages ont survécu.

Les otages

Plusieurs groupes d'otages sont pris dans la journée du 21 août. Un premier groupe est pris à Labade (sept à huit personnes) par les Allemands qui montent de la Fontaine de Marie, puis mené à Dorio où il se renforce de cinq ou six otages pris sur place. Les femmes restent jusqu'à midi où elles sont libérées. Les hommes, menés dans le village, mêlés à d'autres, sont alignés le long de la façade du marchand de vins CABAU. Alors qu'ils se rendent compte qu'on va les fusiller (ils sont vingt cinq environ), un d'entre eux François SENTENAC risque sa chance, fonce dans la maison par un couloir ouvert derrière lui, et s'enfuit en sautant dans les jardins. L'officier allemand et des soldats le poursuivent en vain et ne reviennent pas.

 

Les forces en présence

CALVETTI, responsable militaire départemental des F.T.P. installe son état-major à Maury. En fin de soirée, les renforts affluent : un détachement de la 3103° Compagnie F.T.P. de Lavelanet avec le lieutenant DEPINOY et un peu plus tard celui du capitaine BURG arrivent par le Mas d'Azil. Vers 19 heures, la colonne allemande force le passage (aux environs de Feillet, la Barrière, la Gardesse). Dans la nuit noire et épaisse (il bruine) les camions allemands roulent tous feux éteints et au point mort, pour passer inaperçus. Toutefois, le maquis de la Crouzette attaque le convoi à la grenade. Les dégâts sont très importants. Les habitants de Castelnau ont évacué le village. Le combat cesse avec la nuit après avoir subi de lourdes pertes, la colonne allemande atteint Castelnau sans entrer dans le village. De Rimont à Castelnau, la route est jonchée de véhicules, d'armes, de munitions et de morts. A l’arrière, depuis 22 heures, Rimont est évacué. Le dernier détachement allemand, avant de partir, a même aidé les habitants à éteindre l'incendie, par exemple chez M. de HANSY. Du côté allemand, des tiraillements apparaissent dans l’état-majpr. Le commandant SCHOPPLEIN, a perdu un temps précieux à incendier systématiquement Rimont. Plusieurs subordonnés lui ont pourtant conseillé de profiter de l'effet de surprise et de foncer sur Foix.
Le lieutenant HARMS déclare : « C'est une folie qu'on fait ici ».
L’adjudant ROTH va jusqu'à dire « Il semble qu'il n'y ait plus personne pour commander le bataillon ! »

Calvetti

Du côté français, on découvre l'ampleur de l’avancée allemande et, à l’état-major, on envisage un repli éventuel vers La Bastide ou le col del Bouich.
« Le soir du 21 août, les deux troupes en présence étaient découragées; les Français par suite du manque de munitions et du recul opéré ; les Allemands en constatant que leur colonne automobile était presque entièrement hors de service. Toute la journée, les maquisards s'étaient battus avec fougue, mais par petits paquets et sans plan d'ensemble. » (Maurice GARDELLE)

 

Pourquoi Rimont ?

La destruction de Rimont n'a pas été l'effet du hasard. Les services de renseignements allemands considéraient depuis longtemps ce village comme un foyer de terroristes. En l944 le pays rimontais apparaît comme l'un des principaux foyers de guérilla car les Allemands avaient subi dans les environs toute une série d'embuscades meurtrières. Lorsque la colonne arrive à Saint-Girons, elle se grossit de la garnison de Saint-Girons et du contingent des ultra-collaborateurs. Dès la sortie de Saint-Girons, à 2 km de la ville, le comandant fit détruire par le feu tous les objets non indispensables (provisions, vêtements, linge personnel, objets privés...) n'ayant conservé que l’équipement de marche. Le point faible de la colonne vient du matériel de transport très vulnérable. Un garagiste de Saint-Girons aurait, parait-il, versé de l'acide sulfurique dans les réservoirs. En tous cas, de nombreux camions tombèrent en panne et la colonne mit toute la matinée pour parcourir une douzaine de kilomètres. A peu de distance du village de Rimont, le commandant donna les ordres.

La défense de Rimont

Le garagiste de Rimont, placé en observation, aperçut vers 9 h, la colonne allemande. Il compta 44 camions sans voir la queue du convoi. La situation était donc grave : il y avait au moins 2.000 hommes. Aussitôt l'ordre d'évacuation du village fut donné et une grande partie de la population se cacha dans la campagne. Malheureusement, les gendarmes (en très mauvais termes avec les Résistants) venaient de recevoir un message leur annonçant l'arrivée d'un groupe de quinze allemands. Le chef de la brigade de gendarmerie et ses hommes passèrent dans les maisons pour demander aux gens de ne pas sortir et de s'enfermer chez eux. Beaucoup de personnes âgées préférèrent attendre les événements chez eux. Une partie des Rimontais se trouva prise au piège dans le village. Le petit groupe des défenseurs de Rimont engagea le combat quand l'ennemi fut à portée et contint l'avancée allemande jusqu'à 11 heures laissant à la population le temps de se mettre à l'abri. Puis il se replia car les munitions manquèrent. Après avoir tenu quelque temps dans la gendarmerie, les défenseurs abandonnèrent le village et s'installèrent à Calibère.

L'incendie et les violences

Les Allemands envahirent le village et incendièrent systématiquement les maisons. Les habitants furent rassemblés vers 11 h 30 soit dans le village, soit dans les hameaux environnants. Dès les premiers coups de feu, le commandant a arrêté la marche de la colonne puis a donné l'ordre d'incendier le village et de forcer le passage par tous les moyens pour assurer le passage des colonnes allemandes. Bientôt tout est en flammes. Au milieu des vociférations des "Boches" devenus fous de rage, les Français des P.P.F. et les miliciens encouragent les vandales. Les habitants n'ont pu sauver leurs objets précieux, pas même leurs bas de laine et toutes les richesses brûlent devant les yeux horrifiés des Rimontais qui, pour fuir la mort, se sont sauvés sur les côteaux voisins et regardent leurs ruines. D'immenses colonnes de fumée font un nuage visible à lO kms.

Cependant, un lieutenant allemand, pasteur dans le civil, refuse d'appliquer les ordres de son commandant et s'adresse à ses hommes :
"Vous connaissez mes opinions personnelles au sujet de l'incendie des maisons. Agissez, en chrétiens. Je déteste cette manière de faire la guerre".
Puis il donne l’ordre de « fusiller ceux de ses hommes capables de pillages ». Ce témoignage confirme notre idée précédente, à savoir que l'attitude des chefs de compagnie se reflétait sur le caractère des officiers.

La bataille de Rimont

Alors que Rimont brûle, ça et là, les chiens policiers allemands mordent les personnes qui se sont attardées. Satisfaits les "Mongols" tentent de poursuivre leur route mais ils sont traqués par les maquisards, accourus de tous les points du département grâce aux appels de la postière de Rimont ; ils faiblissent. Le fusil mitrailleur d'un Espagnol les pend en enfilade ; il tire dans le tas, de nombreuses personnes tombent. Les "Boches" se croient cernés par 7000 hommes et finissent par se rendre aux abords de Castelnau-Durban après avoir perdu 350 soldats. A l'inverse, les pertes sont minimes chez les maquisards; 400 Français et Espagnols, la plupart mal armés, avaient eu raison des 1500 allemands, munis de canons et de mitrailleuses. Trois heures avaient donc suffi pour anéantir Rimont.

Le bilan

Le village, plusieurs fermes et hameaux ont été incendiés en presque totalité : 236 bâtiments détruits dont 152 maisons d'habitation. La mairie, les écoles, les archives ont été brûlées. Seule l'église a été épargnée. Les soldats allemands et turkes-tans, après avoir pénétré dans les maisons, ont violé des femmes. Ils ont fusillé 11 habitants de Rimont, dans la rue, devant chez eux ou tandis qu'ils tentaient de s'enfuir. Ces 11 victimes auraient pu être évitées par l'évacuation totale du village mais on peut considérer que le pire a été évité, puisque les otages ont survécu. Plusieurs groupes d'otages ont été pris dans la journée du 21 août. Les femmes et les enfants ont été relâchés à midi alors que les hommes sont restés tous couchés jusqu'à la nuit dans un pré en plein milieu de la bataille. Les balles, la mitraille passaient au-dessus d’eux. A 22 h.30, les gardiens turkestans les ont relâchés.

Ce témoignage nous montre leur situation d'attente au centre du combat :
"Aucune idée de l'heure. Pas une minute nous n'avons eu faim ou soif, ou froid, nous ne ressentons rien, aucun sentiment... En fait, la bataille fait rage et nous servons de boucliers car les maquisards tuent en face. Ils cessent de le faire lorsqu'ils s'aperçoivent qu'il y a des civils. De l'autre côté, le village brûle".

 

Notre source fut principalement le document de M.Claude DELPLA : "Bataille de Rimont et de Castelnau-Durban".
Nous le remercions d'avoir effectué ce travail.
Nous remercions aussi M.ALONZO José, alias Commandant Robert, pour être venu nous rencontrer.

accueil

sommaire