Témoignage de St Martin André.

M. André Saint-Martin avait 4 ans quand le drame de Justiniac s' est déroulé. Il était chez ses grands-parents, M. et Mme Latrille de Saint-Martory, qui étaient venus le chercher quelques jours avant le 26juin 1944 à Saverdun. Les renseignements qu'il a eus proviennent de ceux que lui ont transmis ses grands-parents qui les ont récoltés après la guerre auprès des témoins ou sur des journaux de l'époque. M.Latrille appartenait au réseau de Résistance-Rail, il avait participé à des actions de déraillement la nuit, et réparait lentement les voies le jour.“ À l'emplacement de cette stèle devant laquelle vous vous tenez, s'élevait un arbre dont une grande branche surplombait la route. C'est là que mon père, Laurent Saint-Martin, fut pendu par les pieds par les Allemands le 26 juin 1944. Ils le torturèrent pour savoir où était M.Durin, le chef de la résistance Saverdunoise, qu'ils cherchaient. Comme il ne leur répondit pas, ils lui ouvrirent le ventre en lui donnant des coups de baïonnette.
Ma mère, Josette Saint-Martin, enceinte, supplia les Allemands de l'épargner. Comme elle l'embêtait, un Allemand lui tira une balle dans la mâchoire : elle s'évanouit. Quand elle reprit connaissance, son époux était décédé. Folle de douleur, elle se jeta sur le chef allemand qui la repoussa et l'acheva d'une balle dans la nuque.
Les autres ont essayé de s'enfuir mais les SS les tirèrent à coups de mitraillettes. 
” C'est un prêtre arrêté, fait prisonnier dans un hangar près du château, de l'autre côté de la route, qui a tout raconté à ses grands parents.
Les corps des deux époux Saint-Martin furent d'abord enterrés à Justiniac, puis rapatriés plus tard à Saint-Martory.

M.Durin et son ami Rouziès étaient cachaient chez l’abbé Felez, dans l'église d'Esplas que l'on voit depuis Justiniac. Le chef du réseau Durin ne put qu'observer avec des jumelles les événements, en craignant que les Allemands ne viennent le chercher. Mais heureusement aucun résistant torturé ne parla. De plus, il avait veillé sûrement à ne pas dévoiler sa présence à ce groupe de résistants qu'il trouvait trop proche de sa planque.
D'autres maquisards avaient préféré se cacher dans les bois C'est là que les Allemands arrivèrent après avoir exécuté les résistants de Justiniac. Ils avaient forcé M.Pélata, le fermier d'Escarrabillat, la ferme située à 100 m du château, à leur montrer le chemin. Celui fit exprès de se perdre un peu avant d'arriver afin que les résistants puissent les entendre et s'enfuir. Dès qu'ils entendirent le convoi arriver, ils fuirent à travers bois et furent sauvés surtout grâce à la présence d'esprit de Mme Maurette, restée seule à la ferme de Piquetalent avec ses 2 plus jeunes garçons. Celle-ci reçut avec sang-froid les Allemands qui lui demandèrent de leur dire où se cachaient les maquisards. Elle leur désigna la direction opposée.
Si elle avait flanchée ou si un des martyrs de Justiniac avait parlé, M. et Mme Maurette et leurs enfants, les Laborde de La Jalousie, les Pons et Lanta de Taillebrougues, les Bras de Laillérou, les Martinou du Petit-Paris... auraient été arrêtés, torturés, exécutés ou envoyés en déportation en Allemagne et leurs fermes, situées sur le Plateau où ils avaient faits des parachutages entre janvier et mai 44, auraient été brûlées.
À leur retour, bredouilles, les Allemands aperçurent Pierre Maurette, qui n'avait pas encore été pris car il s'était bien caché, et l'abattirent comme un lapin à quelques mètres du bois, de la Liberté !
Fier, l'officier dit à Pélata devant le jeune Guy Landes (14 ans): “6°, kaput ! ”. Guy Landes était le fils d'un résistant, il était hébergé et apprenti à Escarrabillat chez les Pélata. Il fut roué de coups par les Allemands pour qu'il parle. Mais il ne dit rien.
Les corps furent mis en bière par le maire du village. M.Felez, le curé d'Esplas, fit la cérémonie religieuse avant l'enterrement. Peu de gens osèrent y assister de peur des Allemands.
Le matin, un membre du groupe de Justiniac, Joseph Bélondrade, remontait comme d'habitude, au volant de sa voiture pour amener aux résistants le pain et le lait. Il venait de Saverdun où il couchait. Il fut surpris de rencontrer les Allemands à l'entrée de Justiniac. Ils lui sautèrent dessus et lui donnèrent des coups de crosse jusqu'à ce qu'il s'évanouisse. Il fut contraint de les suivre à Piquetalent. Le soir même, il fut emmené à la prison Saint-Michel de Toulouse avant d'être envoyé à Bergen Belsen, en Allemagne, où il mourut du typhus à la libération des camps, fin avril 1945.

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