LA BATAILLE DE VIRA

Témoignage de MM.BUSTAMANTE, SANNAC et MARIN

Après le débarquement allié du 6 juin 1944, les FTP de Pamiers étaient au moulin d'Embayourt à Engraviès, chez M. et Mme Gos. Ils avaient répondu à un ordre de soulèvement général contre les Allemands.

Le 9 juin, les Allemands attaquent les maquisards à Vira. Une quarantaine d'hommes français étaient peu armés (mitraillettes, grenades, une mitrailleuse) contre des mitrailleuses, véhicules (blindés) et canons allemands.

Une jeune fille fut tuée dans un champ, trois jeunes partisans au combat. Par erreur, les guérilleros espagnols ont tiré sur la voiture du docteur Roquejoffre : le chauffeur et un instituteur tués malencontreusement.

Le repli fut ordonné sur Pradettes pour le groupe de Pamiers, puis à Malléon, au Pla de Pastouret. Après Vira, les maquisards se regroupèrent près de Roquefixade.

 

Témoignage de M.Aimé GOS
propriétaire du moulin d'Engraviès, près de Vira.

L'Action en liaison avec le débarquement

Le 6 juin 1944, à l'annonce du débarquement Anglo-Américain en Normandie, le maquis F.T.P. qui se trouvait dans une ferme au-dessus du village du Merviel (au Couderc) occupa le village.
L'Etat -Major se rendit au Moulin d'Engraviès à côté de Vira, dont la propriétaire faisait partie d'un groupe de F.T.P. légaux, ravitaillait le maquis depuis sa venue dans la Région. Le moulin était le lieu de rendez--vous habituel entre le maquis et les émissaires venus de Pamiers ou d'ailleurs ; depuis quelques temps déjà le groupe de F.T.P. légaux avait participé, en colla-boration avec le maquis ou seul, à différentes opérations dans la région (sabotage de pylônes à St -Félix, réception de parachutage à Rieucros, expédition de sabotage contre l'usine de Pamiers).
Le chef du maquis, Louis, aujourd'hui Colonel Calvetti, décida d'amener son Etat-Major au moulin, et en accord avec le Groupe légal et quelques groupes de résistance des environs, et lança un appel à l'insurrection aux jeunes. Cet appel fut entendu, le 6 au soir. Plus de 50 avaient répondu. Le lendemain, ils étaient plus de 150. Trois déta-chements furent formés, le pre-mier jour ; malheureusement les armes manquaient, on ne pouvait en aucune façon armer tout le monde.
Un détachement se rendit à Dun, un second cantonna à Vira, le troisième à Calzan. L'État-Major resta cantonné au moulin d 'Engraviès.
Une expédition fut décidée le 7 au soir contre la ligne de chemin de fer, à proximité de Varilhes. Elle réussit malgré le tir d'une mitrailleuse allemande placée à la gare.

L'attaque de la caserne de Gendarmerie à Pamiers :

Le lendemain 8 juin, une nouvelle expédition pour la nuit fut décidée contre la caserne de gen-darmerie, ou plutôt l'École de Gendarmerie, Caserne Sarrut, à Pamiers.
Trois camions chargés de jeunes plein d'ardeur quittèrent Vira vers 18 h. Au croisement des Issards, un milicien fut arrêté (Barnola) : l'expédition s'annonçait bien. Le milicien fut chargé sur un camion et amené à Pamiers. La Caserne occupée sans coup férir, les élèves gendar-mes réveillés en sursaut et amenés dans la cour de la Caserne: mal-heureusement la plupart des armes avaient été emportées par un peloton parti à Toulouse.

L'évasion du Milicien :

Sur coup de téléphone de la Préfecture, un gendarme ayant remis une réponse vague, l'alerte fut donnée. Il fallut abandonner la caserne, l'expédition avait réussi, mais la récupération n'était pas grande. Le milicien fut amené à Dun, dans le courant de la nuit, mais grâce sûrement à quelque complicité, il réussit à s'évader.
Des recherches entreprises n'aboutirent à rien ; sa maison à StAmadou fut fouillée sans résultat le 9 au matin. Une expé-dition de récupération d'armes entreprise contre les gendarmes dc Rieucros et de Mirepoix obtint un plein succès. La Mairie de Mirepoix fut également occupée. Toutes ces différentes expéditions et surtout l'évasion du milicien avaient donné l'éveil ; des dispositions furent prises afin de parer à toute attaque éventuelle. La seule mitrailleuse, unique arme automatique dont disposait la Compagnie fut placée en batterie sur le penchant d'une colline à l'entrée du hameau de Vira. Un détachement s'installa dans la montagne, au-dessus de Dun, de façon à surveiller la route venant de Lavelanet. Toutes ces précautions n'étaient pas superflues.

Les Allemands attaquent :

Vers 14 h,le détachement installé au-dessus de Dun, et dont j'étais le chef (réduit à 10 hommes dont 4 seulement possédaient un fusil), fut alerté par une fusillade provenant de la direc-tion de Vira. En traversant le village d'Engraviès, la population nous prévint qu'une colonne allemande avait attaqué Vira. Entre-temps la fusillade avait cessé. Le camion s'engagea sur la route de Vira. Arrivé en face du moulin d'Engraviès, il fut décidé que nous continuerions notre chemin à pied ; dans l'incertitude où nous nous trouvions de ce qui avait pu arriver, et afin d'éviter de tomber dans une embuscade, nous fûmes d'accord pour gravir 1a colline qui se trouve en face du moulin, pour nous rendre compte des évènements. La colline étant boisée de ce côté-là, l'ascension nous fut facile. Parvenus à mi-colline. Nous apercevions le village de Vira, dans les rues duquel régnait une grande animation. Des Allemands reconnaissables à leur casque occupaient déjà le village. Une colonne se dirigeait déjà vers le moulin, objectif de l'attaque allemande. Voici ce qui s'était produit :

Vers 14 h, les deux sentinelles placées sur la route avant l'entrée du village, au chemin de Calzan, furent alertées, à la vue d'une forte colonne de voitures et de camions automobiles venant de la Direction de Pamiers. Après s'être rendu compte qu'il s'agissait d'une colonne allemande, les deux sentinelles armées de mitraillettes et de grenades ouvrirent le feu, afin d'alerter le détachement qui se trouvait à Vira. Les Allemands ripostèrent aussitôt de leurs armes automatiques, un de nos gars réussit à s'échapper : le deuxième fut blessé et fait, prisonnier, on n'a jamais pu savoir ce qu'il était devenu. Il s'agit de Neuville, Jean, Jacques, dont le père exploitant forestier habite Dun, un gars de 18 ans. Une jeune fille de 17 ans qui travaillait dans un champ fut tuée, sa mère et son grand-père blessés furent laissés sans soins pendant 4 heures.

Vira occupé

La mitrailleuse de son côté avait ouvert le feu sur la colonne allemande, lui infligeant des pertes, malheureusement, faussée, elle s'enrayait à chaque coup. Les Allemands. contournèrent la position, mal protégée, les trois servants furent tués, combattant jusqu'au bout.
Deux furent tués à côté de leur pièce : un maquisard Raoul originaire des environs de Narbonne, et un jeune de 20 ans habitant Arvigna. Le troisième fut blessé et fait prisonnier, conduit à Vira, fusillé par les Allemands, qui laissèrent son corps abandonné au bord de la route.
Les Allemands occupèrent le village, terrorisant les habitants et jetant des grenades dans les maisons. Le détachement cantonné au village s'était fractionné en deux groupes : l'un avait gagné les bois situés au-dessus du village, l'autre gagnant le bord de la rivière. C’était un détachement F.T.P.

Les résistants ripostent :

Après avoir fouillé le village, les Allemands en colonne se dirigèrent vers le moulin. C'est à ce moment-là que notre détache-ment pris contact avec eux.
Accrochés à mi-colline, nous pûmes voir la colonne se diriger vers nous, suivant la route de Lavelanet. Je me trouvais avec mon détachement et 10 espagnols de la M.O.; presque au bout de la colline. Nous apercevions très bien la route et le moulin dans lequel se trouvait encore une partie de l'Etat-Major. Malgré nos signaux, ils ne semblaient pas se rendre compte exactement de ce qui arrivait. Je me demandais pour mon compte si ma femme était encore là.
A ce moment-là une tâche s'imposait à nous : empêcher à tout prix les Allemands d'arriver jusqu'au Moulin. Nos hommes furent échelonnés le long d'une crête, face à la route. Malheureusement la plupart étaient armés de revolvers ou de mitraillettes. Si nous avions eu des armes automatiques !
Dès que la colonne se trouva à portée de nos fusils, le feu fut ouvert avec succès à en juger par les hurlements de douleur qui y répondirent de la route, et surtout à la grande surprise des Boches qui croyaient en avoir fini avec la bagarre.
Une certaine confusion sembla régner dans la colonne. Les hommes cherchent à se planquer dans les fossés. Immédiatement leurs fusils mitrailleurs entrèrent en action ; se glissant à travers les champs de blé, les Allemands, au bout d'un moment, lâchant leur objectif du moulin, essayaient par tous les moyens de nous déloger de la colline. Ne pouvant y parvenir de face, ils essayèrent de nous contourner en passant par la route et le village d'Engraviès, pour nous prendre de dos ; à cet effet, ils lancèrent leurs camions chargés de troupe sur la route. C'étaient de belles cibles ; malheureusement nos fusils, quoique faisant un beau travail, n'étaient pas des armes capables d'arrêter des camions. De plus nos éléments, placés sur notre droite, au bord de la route, et mal armés, furent obligés de se replier ; ils le firent en bon ordre, mais sans nous prévenir ; nous nous aperçûmes de leur départ lorsque nous vîmes les Allemands passer sur la route et marcher sur le village d'Engraviès ; nous étions contournés, impossible de décrocher. Le seul côté de la montagne par lequel nous aurions pu partir se trouvait complètement découvert et sous le feu des armes automatiques allemandes. Il fallait tenir jusqu'à la nuit. Nous étions 14, dont 8 seulement possédaient un fusil.
Tiraillant tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, nous eûmes la satisfaction de tenir en respect environ 300 Allemands jusqu'à la tombée de la nuit, et avec succès, si l'on en juge par les flaques de sang relevées le lendemain sur la route. A la nuit, les Allemands concentrèrent leurs véhicules et leurs troupes au pied de la colline, face au Moulin ; nous en conclûmes qu'ils voulaient se retirer et nous prîmes la décision d'attaquer le convoi à la grenade. Le lieu de concentration, la route se trouvant en contrebas, s'y prêtant parfaitement, nous ramassons nos fusils et deux grenades chacun et en avant !

Un succès pour les F.T.P.

Juste à ce moment, dans le bois, à 30 mètres de nous, un commandement. A la faveur de la nuit à travers bois, les Allemands ont réussi a se glisser jusqu'à nous ; abandonnant nos projets d'attaque, nous nous replions sur le haut de la montagne. Là, disposés en demi cercle, nous attendons. Des ombres surgissent des commandements, Des Allemands qui gueulent, et nous voilà descendant la colline, qui sur le dos, qui à plat ventre parmi les ronces, sous le feu des fusils mitrailleurs. Heureusement les balles passent trop haut.
Arrivés dans la vallée, nous nous comptons : tout le monde est là. Les Boches continuent leur tir pendant un certain temps. On entend leurs vociférations, une fusée se balance un moment puis vers 10 heures du soir, tout rentre dans le silence.
Nous avons passé la nuit dans une cabane en plein bois, avec un bout de pain à partager entre 10 ou 12.
Les Allemands n'avaient pas atteint leur objectif, de plus, d'après des renseignements obtenus plus tard, 80 des leurs, morts ou blessés, avaient été mis hors de combat. Nous avions perdu 4 de nos gars.

L’incendie du Moulin d'Embayourt

Le surlendemain, dimanche 11 Juin, vers 7 heures du matin, les Allemands revinrent : 25 camions, 7 autos mitrailleuses, sans compter les voitures d'Etat-Major. Toute résistance était impossible et inutile, et après avoir terrorisé le village de Vira, menaçant de fusiller les habitants, ils continuèrent leur marche sur le moulin, tirant deux obus de 37 mm, qui explosèrent dans la cour d'une ferme située à deux cents mètres plus haut.
Après avoir encerclé le moulin, il le firent sauter à la dynamite, le transformant en un amas de décombres.

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