CHAPITRE 1

LE GROS LOT

« Salut ! C’est moi Rusty, le labrador ! »
Installé sur mon fauteuil favori, je regarde la ‘boîte à images’ avec ma famille.
« Voilà le tirage du loto ! », dit Gérard, le père.
Pourquoi je ne peux pas jouer avec ces balles? C’est comme ça la vie ! Eux, ils peuvent jouer aux boules et pas moi. Et en plus, elles sont multicolores et ont des numéros.

Tout à coup, j’entends Sophie, la grande soeur, dire :
« 22 ! C’est mon jour de naissance ! »
Martine, la maman des enfants, crie à son tour :
« 28 ! je l’ai choisi !
- 7 ! le numéro de mon maillot de foot, dit Jonathan, le frère jumeau de Sophie !
- Je l’ai pointé, affirme la mère.
- 42 ! crie Gérard, le père, c’est ma pointure, ce n’est pas possible ! Encore 2 chiffres et nous gagnons, dit-il en vérifiant son bulletin.
- 4 ! »
Je m’étonne : c’est mon âge. Martine confirme qu’elle l’a coché.
« Plus qu’un nombre et nous gagnons le gros lot ! »

Toute la famille Crouton croise les doigts pour que le numéro suivant soit celui que Gérard a choisi. Ma petite maîtresse, Lisa, mord un coussin. Moi, si je faisais ça, on me mettrait dehors avec un coup de balai !

« 31 ! »
Soudain, j’entends un hurlement :
« Nous avons gagné ! »
Tout le monde saute partout comme des puces et s’embrasse de bonheur. La maman pleure de joie et se pince pour voir si elle ne rêve pas.
Jonathan fait le pitre pendant que Sophie entraîne Lisa, sa petite soeur, dans une danse folle. On se croirait dans un asile de fous. Je me mets les pattes sur les oreilles pour ne pas entendre ces folies.

« On va partir aux Bahamas ! » s’écrie Gérard. Il part à la cuisine et ramène du champagne en chantant :
«On a gagné !... On a gagné !...
- Cette année, je m’habille en Gautier, dit Martine.
- Moi, j’achèterais la plus grosse voiture téléguidée du magasin de jouets ! » affirme Jonathan.
Oh, non ! La dernière fois qu’il a joué avec un de ces engins, il m’a écrasé la queue et a failli me casser la patte. Cela m’a fait drôlement mal.
« J’aimerais avoir toute la panoplie de BARBIE, demande Lisa.
- Pour moi, ce sera une chaîne HI-FI avec tous les C.D. à la mode, réclame Sophie. »
Aïe! Ouille! Elle va encore nous casser les oreilles, celle-là, avec cette machine à bruit à crever les tympans et tous ces tubes débiles !
« Une BMW décapotable, c’est mon rêve, déclare le père.
- On se paiera aussi une maison avec une piscine et une femme de ménage... » ajoute la mère.
Puisque tout le monde fait des projets, j’espère qu’ils ne m’oublieront pas : un collier serti de pierres et un os de mammouth me conviendront.

« Mais, on a gagné combien ? » interroge Lisa.
Toute la famille s’arrête net.
« Bonne question ! On va regarder la télé. Attendons le deuxième tirage de 20h 30.» suggère Martine, la mère des trois enfants.
Ils badent la ‘machine à passer le temps’. Vraiment les humains sont encore plus ’ding-dong’ que je le pensais. Mais normalement, quand vous voyez des hommes ou des femmes se faire craquer les doigts, qui tournent en rond, qui maltraitent une poupée, qui rongent un crayon et aussi qui s’empiffrent de pop-corn (qui en plus sont mauvais pour le régime de Gérard), vous vous posez quelques questions du genre : « Sont-ils fous ? Que se passe-t-il dans leur tête ? »
Une heure après, ils se précipitent tous sur le ‘rectangle à divertissements’ et découvrent la somme qu’ils ont gagnée.
« 3 millions de francs !!!
- Tant que ça !
- Mais comment toucher cet argent ? demande Sophie.
- Et si on téléphonait à la Française des jeux, propose Jonathan.
- Mais toi qui es si malin, connais-tu le numéro ? réplique-t-elle.
- Nous pourrions nous renseigner au bureau de tabac où nous avons acheté le bulletin, intervient Gérard.
- Ne perdons pas de temps. Allons-y ! annonce Martine.
- Mais ça va être fermé et le buraliste doit dormir, interrompt Sophie.
- Ce n’est pas grave ! Pour une cause aussi importante, il pourra bien nous ouvrir. » rétorque Mme Crouton.

Le lendemain, le jeudi, des humains, avec de drôles de boîtes, sont venus. Des fils pendent de celles-ci. Sont entrés des gens avec des barres de fer au bout desquelles est accrochée comme une touffe de poils.
« Super ! La télévision s’est déplaçée pour nous. On va être célèbre ! s’écrie Sophie.
- Regarde les cameramen et les preneurs de son ! Chouette! Tous les copains vont m’envier. » ajoute son frère jumeau.

Vraiment le mystère de ce jeu ne s’éclaircit pas du tout : un bonhomme tend à Martine un grand carton avec de drôles de choses écrites dessus : je crois reconnaître beaucoup de zéros dans une case.
« Et voici un chèque d’un montant de 3 000 000 F. » dit un journaliste.
J’approche mon museau pour apprendre à quoi ça peut bien sentir des millions : c’est la première fois que j’en entends parler.
« Rusty, ne touche pas ! » hurle ensemble toute la famille.
Je bats retraite sous la menace de Gérard. Tant de cinéma pour un bout de papier ! Ils sont vraiment fous, ces humains!

Lisa a fait la timide, Jonathan et Sophie se sont pris pour des héros et, moi, bien sûr, pour le chou-chou de la famille. Voilà ! Maintenant toute la France est au courant de cette heureuse nouvelle.
« Demain, nous apporterons ce beau gros chèque à la banque. » affirme Gérard.
Tous les gens du quartier sont venus voir mes maîtres. J’ai eu beaucoup de caresses, j’adore ça, mais j’aurais préféré des os !

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