CHAPITRE 2

L’ENLEVEMENT

Cet après-midi, le soleil brille. Il fait donc une journée splendide pour aller au parc pas très loin de chez nous. Lisa, petite blonde aux yeux bleus et aux cheveux longs, demande à ma mère si nous pouvons aller à la Prairie des Filtres. Elle dit « oui » et propose aux jumeaux de venir.
« Oh, non ! On préfère aller au cinéma avec nos copains. »
Je n’aime pas quand Lisa m’emmène me promener. La ville c’est le bagne, les pots d’échappement des voitures, l’air pollué... Cela m’énerve, de voir ces autos aller venir sans arrêt. Je préfère dix fois plus la campagne : pour moi, là-bas, c’est les vacances.
Juste le temps d’habiller la petite : sa mère l’aide à enfiler une jolie jupe, des collants, un chouchou, des chaussures et un pull à pompons. Et nous voilà partis. Lisa, sa maman et moi allons à la Prairie des Filtres. Arrivés là-bas, sous les yeux de Martine, nous nous jetons dans le sable. Lisa escalade une tour en cordes. Nous faisons des parties de toboggan, du tourniquet, de la balançoire et des milliers de tours de manège. Nous faisons des pâtés, des châteaux et moi je fais des trous, je jette du sable sur ma petite maîtresse qui me donne une légère fessée. Après cela, nous changeons de jeu. Nous jouons au ballon et, moi, je pousse la balle avec ma truffe humide et mon large museau. Puis, Lisa prend un seau, s’approche de la fontaine, elle le remplit d’eau froide et me le jette brusquement sur mon poil beige, court et doux. Je suis tout trempé. Je secoue mes oreilles pendantes, ma queue, mon corps souple et robuste. Mon bandanas rouge s’enlève. Je mets de l’eau partout mais j’ai de la chance qu’il fasse très beau et nous continuons à jouer comme ça pendant très longtemps.

Une voisine, bavarde comme une pie, s’approche de la mère de Lisa en s’écriant d’une voix aiguë :
« Ouh! Ouh! Madame Crouton, comment allez-vous ? Bla- bla- bla... »
Allez, ça y est ! Le moulin à paroles est arrivé. Elles vont papoter pendant 1 heure. Comme si elles n’avaient rien à faire ! Les voilà qu’elles s’éloignent.

Malgré cela, nous continuons nos jeux. Tout à coup, une camionnette rouge arrive. Une odeur infecte approche de nous. Un homme petit, moche, gros, mal vêtu, puant, arrive et bouleverse notre jeu. Il demande :
« Tu veux un bonbon ? »
La petite gourmande se laisse tenter (elle doit avoir le nez bouché ! ) :
« Bon ! D’accord. »
Je commence à me méfier de cet être bizarroïde. Je les suis. L’inconnu lui propose d’aller le chercher dans son véhicule stationné sur le parking du Cours-Dillon.
Il l’emmène à l’arrière du fourgon. Cette manoeuvre me semble très étrange. J’essaie de retenir Lisa mais je lui arrache un pompon de son pull sans le vouloir. Il la jette dedans. Je tente de grimper dans le petit camion, mais le kidnappeur me menace à l’aide d’un bâton pendant qu’un autre, au crâne rasé, démarre. Je fais un bond en arrière et, pendant ce temps, les bandits prennent la fuite. J’essaie de les poursuivre. Après quelques mètres, ils accélèrent et disparaissent.
Je reviens essoufflé sur le lieu de l’enlèvement. Je retrouve le pompon et le ramène aux pieds de ma maîtresse. J’interromps la conversation des deux commères en aboyant. Martine me regarde et remarque l’indice que je lui ai rapporté. Inquiète, elle me demande :
« Mais, où est Lisa ? »
Je l’entraîne vers l’endroit où elle jouait. Elle cherche partout en s’affolant. La voisine lui conseille de se rendre chez elle pour téléphoner à la police. Martine refuse poliment prétextant qu’il faut qu’elle en parle d’abord à son mari.

Le soir même, les parents inquiets attendent un coup de téléphone. Il sonne :
« Driiiing ! »
Jonathan et Sophie se précipitent vers le combiné. Il décroche et elle appuie sur la touche du haut-parleur.
« Allô ! dit une voix grave, c’est moi qu’a la môme. Si vous me donnez pas vos 300 briques, je la largue dans la Garonne. Rencart à la Prairie des Filtres, samedi à 23 plombes pétantes. N’avertissez pas les flics sinon... »
Il raccroche sans que personne ne sache qui c’est.

Ma famille se pose des questions.
« Mais qui peut vouloir nous soutirer une somme d’argent?
- Des bandits ! Bien sûr ! répond sa femme. - Prévenons la police, réplique-t-il. Peut-être sont-ils déjà recherchés.
- Mais non. La vie de notre fille est en jeu ! Les enfants, allez vous coucher ! Il faut qu’on discute, votre père et moi. » ajoute-t-elle.

Ils montent dans leur chambre à contrecoeur. Je les suis discrètement.
Dans le lit, Sophie a une idée.
« Et si nous menions notre propre enquête ?
- D’abord, il faut sortir d’ici, propose Jonathan. Passons par la porte de derrière et emmenons Rusty.
- Prenons une torche. »
Enfin une aventure ! Aussitôt dit, aussitôt fait.

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