CHAPITRE 7: Mécanisme déclenché.

Dès qu'ils franchissent la porte, des flambeaux s'enflamment comme par enchantement et illuminent la pièce. Ils s'arrêtent net: une odeur froide d'humidité leur monte jusqu'aux narines. Ils contemplent la pièce qu'ils croyaient vide. De gros bougeoirs noirs sont remplis de poussière et de toiles d'araignées. Les murs sont si bien éclairés qu'on peut distinguer quelques fresques imaginaires effacées par le temps. En avançant, Laura découvre plusieurs arcades en briques rouges comme à l'époque romane. Mais cinquante mètres plus loin, ils y voient d'horribles bêtes. Ils se croient dans un film d'horreur. Ils aperçoivent des araignées épouvantables avec de grandes pattes poilues qui les fixent des yeux. Ces visiteurs sont observés par des serpents, des couleuvres et des vipères, perchés sur des parois remplies de moisissures vertes, bleues et noires mélangées à du sang séché. Ils commencent à marcher à pas de loup, en frissonnant.

Tout à coup, ils aperçoivent un splendide autel en marbre sur lequel se trouve un immense coffret. Léonardo lance en balbutiant:
"Est... est-ce que je peux ... peux aller... ch... chercher le trésor?
- Vas-y, Léonardo" répondit Laura.
Léonardo y va, mais tout à coup on entend :
"Oh, non!- Qu'est-ce qu'il y a Léonardo? questionne Laura.
- Lisez: "VOTRE CHEMIN S'ARRÊTE- LÀ". »
Au même moment, les portes se referment sur eux.
« Nous voilà encore enfermés!
- Pas la peine de faire des commentaires. » s 'énerve un peu Pat.

En regardant autour d'eux, dix cadavres les observent. Ils ont l'impression qu'ils les guettent. Un frisson glacé leur traverse le corps. Pour briser le silence, Léonardo dit :
"Si j'ai bien compris, nous avons fait tout ce chemin pour rien."

Léonardo s'approche un peu plus du trésor. Il s'exclame:
"Qu'il est magnifique!!!!
- À l'époque, interrompit Pat, les coffres-forts étaient fabriqués en bois, les planches à la verticale, puis coiffées d'une fine plaque en fer, au-dessus. Ils étaient bien taillés en rectangle pour faciliter le transport.
- Ah! C'est pour ça qu'il est si joli.
- Merci papa pour ces renseignements, lui dit gentiment Léonardo.
- Mais celui-là est particulièrement gigantesque constate Laura. Je n'ai jamais vu de coffre aussi grand. Il doit mesurer plus d'un mètre de haut et de large sur deux mètres de long ! En plus, il est fortement verrouillé par ce penne (fermeture du coffre) en acier. Il nous faudrait un énorme coupe-boulons. Mais nous n'avons pas ça dans nos sacs. - Regardez ! Sa serrure a la forme d'un lion! Vous savez comment il faut l'ouvrir ? Non ? Il faut insérer tout doucement le collier en forme de lion, que j'ai autour du cou, dans la serrure. C'est le fantôme d'Enguerrand de Boves qui me l'a dit. On dirait qu'ils sont identiques. Je peux le faire?

- Oui. Vas-y, Léonardo! "lui répond sa mère.
Léonardo essaie de faire coïncider les deux lions qui s'emboîtent facilement l'un dans l'autre. Le penne de la serrure s'ouvre. Emu, il soulève doucement le haut du coffre et éclaire l'intérieur avec sa lampe. Mille lueurs scintillantes les éblouissent.
"Yahoo !!! J'ai réussi !
Léonardo plonge ses mains dans le coffre et saisit le trésor avec une joie qu'on ne peut exprimer. Laura et Pat dansent de bonheur.
Ils y découvrent une croix en or incrustée de bijoux. Des colliers en argent et des bracelets de toutes formes... Léonardo saisit une couronne scintillante où brillent de magnifiques saphirs bleus, ainsi qu'une splendide émeraude verte.
À ce moment-là, se produit un bruit désagréable et un grincement se fait entendre.
« Grrriiii !!!! »
Par réflexe de peur, Léonardo lâche sa lourde couronne ornée de pierres précieuses qui retombe à l'intérieur du coffre. Le bruit s'arrête.
Les trois aventuriers se regardent médusés et inquiets. Laura s'approche avec précaution du coffre, saisit le même bijou et le prend dans ses bras. Le grincement sinistre se refait entendre. Elle repose immédiatement l'objet. Le bruit cesse.
«Chaque fois qu'on enlève quelque chose du coffre, le grincement se produit, explique Pat. Il n'annonce rien de bon.
Je sens qu'il va encore nous arriver un malheur, gémit Léonardo.
Réfléchissons. Nous sommes venus chercher le trésor de Simon de Montfort, dit Laura,.
- C'était notre ancêtre, m'a dit le fantôme d'Enguerrand de Boves, son fidèle lieutenant, ajoute Léonardo.
Il a gagné les comtes de Toulouse, de Foix et le roi d’Aragon à Muret en 1213 où ce dernier a été tué. Mais il est mort en 1218 au siège de Toulouse en recevant en plein visage une pierre lancée au moyen d’une machine dirigée par des femmes, ajoute la savante Laura.
Toujours est-il que chaque fois qu'on retire un objet du coffre, un mécanisme se déclenche qui va provoquer quelque chose que je sens terrible.
Et si nous reposions un autre poids à la place ? s'interroge Léonardo.
- Très bonne idée, rajoute Laura. Mettons-y nos sacs. Ils sont assez lourds pour prendre quelques jolis bijoux en échange.
- Gardons-en un pour les charrier, propose Pat.
- Parfait! Préparons tout et faisons-le immédiatement.
- Non ! intervient Laura. Il faut d'abord inspecter les lieux pour trouver la sortie. Sinon après, ce pourrait être trop court. Nous n'aurons pas le temps de la trouver Si un danger nous menace.
- D'accord. Inspectons la pièce !»

Ils se mettent à fureter tout autour de l'immense salle. Ils tâtent de leurs mains les grosses pierres grises humides, les briques rouges et poreuses. Ils éclairent les moindres recoins. Au bout de dix minutes, Pat souffle:
«Impossible de s'enfuir de cette pièce. Aucune sortie n’existe. Rien ne bouge. Je sens que cette salle sera notre tombeau.
- Ne te décourage pas, chéri! l'encourage sa femme. On ne sait jamais. "La fortune sourit aux audacieux." dit le proverbe.
- Mais où est donc Léonardo, se demande Pat ? Léonardo ! Léonardo!!!
- Je suis là, papa. J'ai trouvé un passage secret. Je me souviens que le fantôme d'Enguerrand de Boves m'avait parlé d'une tête de lion dans cette pièce. Je l'ai trouvée. J'ai mis le doigt dans sa gueule ouverte et cette dalle a pivoté.
- Formidable! » s'écrie Laura.

Pat prend les plus belles pièces du trésor en échange de leurs deux sacs chargés de tous leurs outils et souvenirs. Soudain, il entend ce bruit inquiétant:
"Clic ! Clac ! Cloc !"
«Qu'est-ce que ce bruit?
- On dirait un bruit de chaîne.
- Et un déclenchement de mécanisme, avec des roues dentées.»

Les bruits se rapprochent de plus en plus. Ils se retournent tous les trois, terrifiés de peur. Tout à coup, les colonnes se mettent à trembler ainsi que les arcades. Les bougeoirs noirs se cassent en mille morceaux.
«Dépêchez-vous! Dirigez-vous vers la sortie.
- Et toi, Pat?
- Ne t'inquiète pas ! J'arrive! Sortez immédiatement ! Ne m'attendez pas ! Je mets les bijoux dans mon sac.»
Soudain, le tremblement de terre s'amplifie, les colonnes et les plafonds s'effondrent de toutes parts dans un bruit assourdissant et dans une épaisse poussière. Tout s'écroule.
À l'abri de l'entrée du passage secret, Léonardo et sa mère s'inquiètent pour Pat. Soudain, dans la fumée, Pat apparaît avec une toux rauque.
«Ça va, Pat? On a eu peur pour toi. On croyait que tu étais mort.
- Merci. Mais partons tout de suite avant que tout nous tombe dessus. Je n'ai pas pu en prendre davantage sinon tout ce serait éboulé sur moi.
- Ce n'est pas grave. Mais en as-tu pris quand même assez pour nous et pour les pauvres?
- Oui ! On pourra même en donner aux hôpitaux.
- Fuyons !» s'exclame Laura au moment même où un énorme chapiteau, en haut d'une colonne, s'abat sur la porte de la sortie.
D'un pas décidé, ils rentrent tous les trois dans le tunnel. En chemin, certains objets précieux, comme des topazes et des améthystes, tombent du sac qui déborde de bijoux. Léonardo veut aller les ramasser, mais Pat et Laura le lui interdisent:
«Laisse ça! Il ne faut pas perdre de temps.»
Ils partent tous les trois à toute vitesse.

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