ALPHABETISATION ET GEOGRAPHIE DE L'ECOLE PRIMAIRE DANS LE TARN au XIX ème.

Les premiers instituteurs des Ecoles Normales.


La préoccupation de la formation des maîtres dans des écoles spécialisées date de la Révolution qui avait créé, mais sans succès, une école normale à Paris (décret du 30 octobre 1794). La première véritablement ouverte le fut à Strasbourg en 1810.

En fait, le maître d'école du début du XIXe siècle sait lire et écrire, cela suffit pour enseigner. Au début de la Restauration, en 1814, l'Etat commence à contrôler la formation des maîtres en imposant un brevet de capacité (sauf aux ecclésiastiques). En réalité, à cette époque, l'examen du brevet de capacité est, pour le 3e degré, une vérification de compétences minimales (lire, écrire et compter), qui ne garantissent en rien un enseignement de qualité. Les deux autres degrés, incluant orthographe, grammaire et arithmétique, exigent un peu plus de connaissances, mais ne sont en rien une véritable tentative de formation des maîtres qui ne commence vraiment qu'à la fin de la Restauration. L'on compte, en 1829, 12 Ecoles normales (de garçons, bien sûr) et, en 1832, leur nombre a presque quadruplé (47). La loi GUIZOT de 1833, en imposant une Ecole normale par département, ou groupe de département (article 11), ne fait qu'accélérer un processus déjà entamé. L'Ecole normale d'Albi fait partie de celles, nombreuses, qui furent un peu en avance sur la loi (avance aussi sur les départements voisins).

Guizot avait, dans sa loi, reconduit le principe du brevet de capacité (article 25) à deux degrés (élémentaire et supérieur). Il homogénéise les programmes, qui sont répartis sur deux ans. Leur contenu a une vocation pratique nettement affirmée. Le maître doit dominer les disciplines qu'il enseigne. Ainsi lecture, écriture, arithmétique et géométrie, c'est-à-dire le vieux fonds de base de l'enseignement primaire, sont les principales matières qu'il apprend. Les sciences sont circonscrites "aux usages de la vie". Souvent secrétaire de mairie, l'instituteur doit aussi savoir rédiger actes d'état civil et procès-verbaux (6 de l'article 1er) avant d'être tout de même initié aux diverses méthodes de l'enseignement (7 et dernier point de l'article 1er), ce qui est nouveau dans la formation des maîtres.
Ces derniers, encadrés par l'Inspection Primaire et l'Inspection Académique, créées par Guizot, ont désormais un minimum d'outils intellectuels que ne possédaient pas toujours leurs prédécesseurs. Efficace, la formation reçue ne doit cependant pas être confondue avec celle des futurs "hussards noirs" (Charles Péguy) de la République, auxquels on ne songe pas à imiter l'accès aux connaissances comme on peut encore le faire en 1836.

En ajoutant un cours d'agriculture en 1840, c'est bien le primat de l'adaptation à la mission d'éducation qui prévaut et non pas l'ampleur encyclopédique des connaissances.

Les statistiques élaborées par Eric Veyriès (" L'institutrice et l'intituteur tarnais de 1863 à 1867 " Mémoire de maîtrise, 1992) sont claires : les premiers instituteurs sont issus du peuple (35 % de fils d'agriculteurs, 24 % d'ouvriers, 14 % d'artisans). La bourgeoisie, qu'elle soit commerçanle (8 %) ou diplômée (médecins, 2 %), hésite à encourager ses enfants dans un choix ne leur assurant que de bien médiocres conditions matérielles. La loi Guizot assurait un minimum annuel fixe de 200 francs, augmenté d'une rétribution mensuelle au taux réglé par le Conseil municipal. Le minimum fut augmenté sous le Second Empire, et le salaire moyen de l'instituteur fit d'incontestables progrès (700 francs en 1870) sans jamais être attirant puisqu'il faut 4 à 5000 francs par an pour vivre bourgeoisement. Si l'on ajoute que, trop souvent, le logement proposé par la commune à son instituteur (obligation de la loi Guizot) n'est pas en bon état, l'on comprend que les attraits matériels de la profession ne s'exercent que pour les familles déjà modestes.

La barrière du concours, instaurée dès le départ, explique et renforce sans doute la relative sur-représentation des catégories modestes urbaines par rapport aux campagnes, moins bien dotées en élèves suffisamment alphabétisés pour réussir à obtenir une des cinquante places offertes à l'Ecole normale (voir carte de la répartition géographique de 1833 à1867). Cette origine populaire des instituteurs ne se démentira pas par la suite, et elle est la règle à l'échelle nationale.





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