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Ce dossier sur le projet de barrage de Charlas peut être utilisé
dans les classes de seconde et de première. En seconde, le professeur
peut utiliser cet exemple comme étude de cas dans le chapitre trois l'eau
entre abondance et rareté. Dans ce cas, la problématique porte
sur la question de la gestion des ressources en eau : pourquoi, comment répartir
l'eau sur le territoire et pour quels usages ?
En première, le dossier se rapporte à la question 3 du dernier
chapitre la France et son territoire, disparités spatiales et aménagement
des territoires. Les question posées dans ce cas sont celles liées
à la construction des grandes infrastructures pour l'aménagement
du territoire (ici celui des ressources en eau) : quels acteurs ? pour quel
rééquilibrage spatial ? quel intérêt collectif ?
Liens utiles :
Généralités:
Dossier
du CNRS sur l'eau.
L'observatoire de l'eau de l'université
de Pau.
Le réseau national des données
sur l'eau.
Portail internet sur la Garonne.
Le barrage de Charlas :
Le dossier de l'Ecole Nationale des Ponts et Chaussées : http://www.enpc.fr/enseignements/Legait/projet/MEI/hydro/politique/charlas/sommaire.html
Le site officiel du débat public : http://www.debat-public-charlas.com/accueil.php
Genèse : quelques repères chronologiques pour un projet.
1983 - La CACG (Compagnie d'Aménagement
des Coteaux de Gascogne) communique un " avant-projet " aux communes
concernées.-Création du comité de défense contre
le projet.
1992 - Le ministère de l'environnement lance un programme d'étude
devant définir les risques environnementaux liés à la construction
de la retenue. C'est la CACG qui se voit confier cette mission.
1996 - Rendu d'un avis très réservé du Conseil scientifique
chargé par le comité de Bassin de vérifier
la légitimité de la construction du barrage de Charlas. Malgré
cela, le comité de bassin donne partiellement son accord. Le préfet
de région transmet le dossier aux ministères concernés.
1997 - Saisie de la CNDP (Commission
nationale du Débat Public voir site dans les liens) par l'association
" France Nature Environnement ".
2001 -29 mars : les ministres consultés se sont déclarés
favorables à l'organisation d'un débat. Le dossier d'ensemble
tardant à venir, la CNDP fait remarquer au maître d'ouvrage qu'un
dossier peut, et même doit, se compléter au cours du débat
public.
2003 - Le débat public se déroule dans les 4 derniers mois
de cette année 2003, dirigé par une commission particulière
de sept spécialistes en hydrologie, agriculture, aménagement d'ouvrages
et présidée par Arnaud Mandement, ancien maire de Castres, sous
la forme de réunions multiples dans la région et avec une réunion
de conclusion, le 19 décembre à Toulouse.
Le projet de barrage de Charlas se situe à une quinzaine de kilomètres au nord de Saint-Gaudens (Haute-Garonne).

Il vise à créer une retenue d'eau sur la Nère (affluent rive gauche de la Garonne, voir carte).
Présentation technique du projet :
Deux digues (en terre) de 60 mètres de haut sur 1,3 km de long serait
construite à 150 mètres du village de Saman, elle retiendrait
110 millions de mètres cubes s'étendant sur 625 hectares (5 communes
concernées : Charlas, Saman, Sarremezan, Cardeilhac et Saint Lary Boujean).
L'eau serait prise dans la Garonne en aval d'Ausson (voir schéma ci-dessous)
et transportée, par gravité, dans un adducteur de 18 kilomètres,
(2.5o m de diamètre) pour amener l'eau au réservoir où
elle serait stockée pendant l'hiver. Le débit de transport est
au maximum de 10.5 m3/s .
L'été, par un "distributeur" de 32 km de long et de 1 à 3 m de
diamètre l'eau serait distribuée pour les deux tiers de cette réserve,
c'est-à-dire 73 millions de m³, vers la Garonne. Le tiers restant,
c'est-à-dire 37 millions de m³, est affecté à la Gascogne.
Le transfert vers la Garonne se fait à un débit de 15 m3/s via
la Nère puis la Louge (8m3) et le canal de Saint-Martory (7m3), celui
vers la Gascogne par un débit de 14 m3/s ( vers Save, Gimone, Arrats,
Gers, Osse Baïse, voir la carte).

Le remplissage du réservoir se déroulerait du 1er octobre au
20 juin - uniquement quand la Garonne a un débit supérieur à
35 m3/s - (fermeture du 1er Juillet au 31 octobre) et sa vidange du 1er juillet
au 1er décembre.
L'ensemble représente un système d'adduction relativement complexe.

Le soutien à l'étiage de la Garonne sera essentiellement efficace du 15 juillet au 31 octobre.
Le système d'irrigation dit du système Neste crée sous Napoléon III, alimente les 17 rivières du Gers (14 m3/s) avec en complément une série de retenues artificielles (125 millions de m3) dont seulement une partie a un rôle collectif structurant pour les rivières. Il a connu pendant la sécheresse de 2003 des difficultés qui ont amené la préfecture de Haute-Garonne a restreindre l'usage de l'irrigation. Le barrage de Charlas a donc dans ses fonctions une part réservée à l'alimentation des rivières de Gascogne entre Louge et Gers. Elle représenterait environ un tiers des 110 Mm3 de la retenue. Les rivières qui en bénéficieraient concernent six départements : le Gers, la Gironde, la Haute-Garonne, les Hautes-Pyrénées , le Lot-et-Garonne, le Tarn-et-Garonne .
Pour les deux tiers restants (soit 73 Mm3), il s'agirait d'un soutien
des étiages de la Garonne à l'amont de Toulouse jusqu’à l’estuaire
. Du 1er juillet au 31 octobre 1998, le prélèvement d’eau dans la Garonne et
dans sa nappe d’accompagnement pour le traitement et la distribution d’eau potable
a été estimé à 57 Mm3.
Ajoutons un soutien de l'agriculture l'été (Maïs à
irriguer) . On peut donner comme exemple le Lot-et-Garonne qui en 2001 a consommé
112 millions de m3, dont les deux-tiers pour l'agriculture ou le Gers qui est
un producteur important de maïs (25% des surfaces, soit 100.000 hectares
qui y sont consacrés). L'Uminate
(Union Midi-Pyrénées Nature et Environnement) estime que les prélèvements
agricoles sont de l'ordre de 400 millions de mètres cubes en période
d'irrigation sur l'ensemble du fleuve.
Cela permet aussi de "sécuriser" les canaux de la Neste (qui alimente
les rivières gasconnes), de Saint-Martory et du canal latéral à la Garonne
tout en réduisant leurs prélèvements sur la ressource naturelle – la Garonne
et la Neste- en été.
Les concepteurs et promoteurs du barrage SMEAG et CACG (voir plus bas les acteurs)
insistent sur le partage des eaux ainsi réalisé pour rééquilibrer
les déficits hydrauliques.
Le projet de barrage doit représenter 256 millions d’euros (hors taxes) de
travaux, selon la dernière estimation du Syndicat d’économie mixte d’étude
et d’aménagement de la Garonne. La digue est évalué à 83 millions d'euros, 60
millions pour l'adducteur qui amènerait l'eau de la Garonne jusqu'au réservoir,
70 millions pour le distributeur qui va rediriger l'eau vers le fleuve et ses
affluents gascons .
Ce coût semble poser quelques problèmes : lors d'une session consacrée
à la sécheresse, Martin Malvy, le président du conseil
régional, a rappelé que le projet de Charlas allait frôler
les 300 millions d'euros et que l'Etat, qui doit en financer la moitié,
« ne le pourra pas puisque son budget sur les infrastructures hydrauliques
ne représente que quinze millions d'euros. Il faut être réaliste
».
Ce projet est conjointement mené par
le SMEAG (Syndicat Mixte pour l'Aménagement de la Garonne) dont la
présidente est Evelyne-Jean Baylet (Parti Radical de Gauche) et la CACG
(Compagnie d'Aménagement des Coteaux de Gascogne) qui est une SAR (Société
d'Aménagemant Régional : statut privé mais contrôle
de l'Etat).
Le SMEAG associe les régions Midi-Pyrénées et Aquitaine
et les départements riverains du fleuve. Il a pour mission de favoriser
l'aménagement de la Garonne dans tous les domaines. La CACG est chargée
de l'étude de faisabilité du barrage de Charlas, elle dirigera
la construction et assurera l'entretien de l'ouvrage.
L'Agence de l'Eau Adour-Garonne
: établissement public à caractère administratif, perçoit
les redevances sur l'eau et répartit les aides financières en
fonction des priorités (elle devrait financer le chantier à hauteur
de 50 %) définies par le pouvoir politique qui est le Comité de
Bassin Adour Garonne véritable "parlement
de l'eau" . Représentant les décideurs et les utilisateurs
de l'eau, il débat sur les objectifs et les actions à engager
et vote en conséquence les redevances nécessaires.
Jean François-Poncet est président du comité de bassin
Adour-Garonne, sénateur (Union pour la Majorité Présidentielle)
et président du conseil général du département du
Lot-et-Garonne.
.
Le Comité de Défense Contre le Barrage de Charlas : créé
en Octobre 1983, il regroupe des habitants des 5 communes concernées
par le projet.Le président de ce comité ,Rémy Martin, a
déclaré lors d'une réunion du CNPE :
« Nous ne sommes plus seuls, précise-t-il, nous sommes soutenus
par la totalité des associations de protection de l'environnement, la
Confédération paysanne, ATAC, les pêcheurs et les chasseurs,
ainsi que par de nombreux élus et scientifiques. La sécheresse
de l'été 2003 a démontré, pour le bassin Adour-Garonne,
la responsabilité de la monoculture du maïs irrigué sur l'étiage
des rivières : plus la sécheresse est prononcée et plus
le maïs irrigué consomme de l'eau."
Il a mené plusieurs actions afin d'empêcher le commencement des
travaux et saisit par le biais de " France Nature Environnement "
la CNDP d'une demande d'un débat public.
Les opposants en plus des arguments concernant l'impact local (exploitations
agricoles condamnées, circulation entravée, tourisme impossible)
- refusent le modèle agricole "productiviste" des champs de maïs gersois : .
"Un hectare de maïs équivaut à une alimentation en eau de 650 personnes".
- Ils préconise de réduire de 25 000 à 30 000 ha la surface de maïs irriguée
dans la région. et critiquent la "monoculture" de cette plante gourmande en
eau dans tout le Sud-Ouest.
Notons que dans le monde agricole, le clivage est marqué entre la FNSEA, qui
se prononce majoritairement en faveur de Charlas. Prenons par eemple le syndicat
"Coordination rurale" qui veut lancer, une pétition régionale
pour la création de la réserve d'eau de Charlas : « Nous
prenons fait et cause pour ce projet, » ...« Il y a abondance, et
il faut savoir capter l'abondance, comme il faut savoir stocker l'eau en cas
de pénurie. On ne s'assure pas contre les incendies quand les flammes
ont gagné la maison. » (extrait de la Dépêche
du Midi du 08/09/2003)
En revanche,
la Confédération paysanne, s'y oppose.
Les opposants contestent
- l'utilité de la dilution de la pollution et prônent au contraire sa diminution
- soulignent le coût important de l'ouvrage
- craignent des conséquences écologiques pour les rivières :
- les débits pris à la Garonne (ponction de 10 m3/s au niveau de Montréjeau entre le mois d'octobre et celui de juin vont faire passer le débit naturel du fleuve de 62 m3/s à 35 m3/s) n'aient tout comme les lâchages
- inversement sur La Louge et la Nère les débits pourront atteindre des pointes de 20 m3/s (au lieu de 3 à 5) lorsque le barrage sera vidé.
- ils rappellent que la région est une zone sismique et que la digue dominerait le village de Saman.
Le recours aux experts et au débat :
Un conseil scientifique, composé d'une vingtaine de chercheurs
(Science, Economie) d'ingénieurs (EDF, GREF) et de personnalités
d'assemblées administratives (Agence de l'eau, conseil supérieur
de la pêche) a été sollicité par le comité
de bassin Adour-Garonne pour avis.
Extraits(Avril 1996) de l'avis :
1. On ne dispose pas à l'issue de l'étude globale d'environnement
d'une vision suffisamment précise des ressources en eau superficielle.
2. La valeur retenue de débit de salubrité de la Garonne à
Toulouse n'est démontrée ni au plan écologique, ni au plan
économique.
3. Il apparaît qu'on ne doit pas s'attendre à une élévation
spectaculaire de la demande agricole en eau au cours des prochaines années.
4. La supériorité de Charlas par rapport à d'autres solutions
n'est pas démontrée.
5. Trop d'incertitudes demeurent pour être assuré que le réservoir
de Charlas n'aurait pas d'effet trop grave sur les écosystèmes
aquatiques et riverains tant de la Nère et de la Louge que de la Garonne.
Une étude réalisée par Nicolas Delreilh (DEA d'écologie
à l'université Paul Sabatier de Toulouse) souligne les risques
écologiques des barrages :
- modification de la qualité des eaux notamment une augmentation du pH,
un réchauffement important et une accumulation de matières en
suspension (matière organique, fertilisants, phosphate en particulier).
-modification des paysages surtout qu'en été la retenue sera asséchée
(impact sur le tourisme défavorable).
- modification des écosystèmes : la végétation des
eaux stagnantes tend à remplacer celle des eaux courantes tout de nouvelles
espèces de poissons se développent aux dépens d'autres
(la truite par exemple).
La discussion dans le cadre de la CNDP (Commission Nationale du Débat Public ) doit se faire par une dizaine de réunions publiques du 8 septembre 2003 jusqu'au 19 décembre , organisées des Pyrénées à la Gironde.
Une présentation par le journal "Le Monde" (4.09.03)
Article du journal l'Humanité : 4 décembre 1998
Le projet de réservoir de Charlas, au sud de la Haute-Garonne,
a occupé l'essentiel de la discussion. L'enquête d'utilité publique autour de
cette réserve d'eau d'un volume de 110 millions de mètres cubes doit débuter
au printemps 1999. La ministre de l'Environnement a déjà fait connaître son
opposition au projet. Pour François Escudé, vice-président du SMEAG, la réalisation
est "vitale et stratégique pour l'aménagement du territoire des régions Midi-Pyrénées
et Aquitaine et des six départements que traverse le fleuve". Les opposants
au réservoir de Charlas ont exprimé les raisons pour lesquelles ils refusent
un tel projet. Rémy Martin, président du comité antibarrage, s'est inquiété
des conséquences pour l'environnement et l'activité rurale de toute une partie
du Comminges. Maurice Salles, conseiller régional communiste du Gers, a rappelé
la portée de cette initiative, "avancer dans le débat public le plus large"
au moment où se discute le contrat de plan Etat-région. Favorable avec les élus
PCF de la région au réservoir de Charlas, il a expliqué le sens d'un tel choix
: "Elaborer une politique de gestion économe de l'eau pour répondre aux besoins
en eau potable de qualité pour la population, pour l'industrie et l'agriculture."
Sur ce dernier point, "la question n'est pas de développer les surfaces irrigables,
mais de mettre en sécurité ce qui existe déjà".
ALAIN RAYNAL
Les écologistes comme
Les verts de Midi-Pyrénées ou les amis
de la Terre sont opposés au projet et prônent, dans le cadre
d'une politique nouvelle de l'eau : "l'arrêt de la politique du tout-barrage
et l'abandon des barrages-réservoirs en chantier ou en projet, tels ceux d'Eslourenties
(entre Tarbes et Pau), de Charlas (près de Saint-Gaudens), du Gers, etc. ;
".
L'irrigation (source : chambre d'agriculture)
Avec 270 000 hectares irrigués, soit 12 % de sa SAU, Midi-Pyrénées
se place au deuxième rang des régions françaises. Le Gers
vient en tête des départements suivi par le Tarn-et-Garonne, la
Haute-Garonne et les Hautes-Pyrénées.
Le maïs est la culture la plus irriguée en Midi-Pyrénées.
Il couvre au total une surface de 213 000 ha (1999) , superficie stable depuis
1990 mais comme le taux d'irrigation augmente (80% du maïs grain est irrigué)
ce sont 30 000 hectares qui ont été irrigués en plus depuis
1990.
Le développement des superficies en soja,( Midi-Pyrénées
la première région française pour cette production) contribue
aussi au développement des surfaces irriguées (+25 000 hectares)
en raison d 'un taux d 'irrigation élevé (60%) pour cette culture.
14 900 exploitations pratiquent l'irrigation. Ce sont les grandes exploitations
orientées vers la filière «céréales, oléagineux
et protéagineux » qui avec 150 000 hectares irrigués pratiquent
le plus cette technique.En revanche, les exploitations fruitières irriguent
sur seulement 15 000 hectares, avec des unités de petite dimension (entre
5 ha et 50 ha). Source : Agreste Midi-Pyrénées - Etudes
n° 1 - décembre 2001
Les réseaux collectifs irriguent 26 % des superficies irriguées
par les exploitations ne tirant profit que d 'une seule source d 'eau (2/3 du
total) les retenues collinaires suivent avec 21 % suivis par le puisement dans
un cours d 'eau (12 %) et les forages (9 %).