Linstrument actuel est lhéritier dune longue tradition organistique dans la cathédrale. De 1401 à 1408, Vincent Férier chanta la grandmesse avec ses orgues portatives. En 1470, un orgue fixe était inauguré.
En 1513, le Père PERRINI commence la construction dun nouvel instrument dont le buffet est sculpté par le célèbre GUIRAMAND auquel nous devons les magnifiques portes de la Cathédrale.
En 1612, les chanoines demandent à PIERRE MARCHAND de leur fournir un instrument de 11 jeux, dont 2 en attente. La menuiserie est confiée aux ¨mestres¨ GIPIEN et DROME. Elle sera dorée en 1615, puis redorée en 1659. Marchand restaure par la même occasion le petit orgue qui fait vis à vis au grand. Une tradition orale, mais qui paraît fondée, veut que lorgue de Marchand, mis à ¨grand clavier¨ en 1717, se trouve actuellement à CUCURON, dans un buffet commandé en 1749 à un menuisier local : Martin Mathias.
Cest en 1743-1745 que fût érigé le buffet actuel destiné à contenir un instrument du frère Jean-Baptiste ISNARD ( celui qui a réalisé lorgue de Saint-Maximin ). Restauré en lan IX de la République par Thomas Laurent Borme ( lauteur des jeux danches en fer blanc de CUERS ) qui panse les plaies révolutionnaires, puis par GAZEAU en 1833 qui répare les dégâts causés par la chute dune pièce de bois dans linstrument, lorgue dIsnard est finalement vendu pour servir à la reconstruction dun orgue en la Cathédrale Saint Trophyme dArles.
Le faux-orgue, conforme à la boiserie réelle, construit en face de luvre dIsnard et qui possède encore sa tuyauterie muette en 1750, a été conçu moins pour suivre la mode contamine héritée dItalie, que pour perpétuer la présence à Aix dun second instrument depuis le XVI° siècle.
En 1854, le facteur parisien DUCROQUET construit lorgue actuel entièrement neuf dans lancien buffet dIsnard qui na pas suivi la tuyauterie expédiée en Arles. Dans lunique grand corps, il est probable que la disposition dIsnard pour ses claviers de Grand-Orgue et Positif était celle adoptée à St MAXIMIN pour Grand-Orgue et ¨Résonance¨. Cest dailleurs ainsi que procèdera son neveu Joseph à LAMBESC. Ducroquet pour sa part a préféré grouper les 23 jeux de ses deux claviers principaux sur un grand sommier diatonique en 4 parties à demi-divisions et gravures intercalées.
Utilisant au mieux lexiguïté de la tribune, il a dissocié à la Pédale les 4 jeux de fond des 3 jeux danches
Si le Récit déjà est enfermé dans une boîte expressive, parfaitement encastrée dans le plafond en abat-son qui abrite linstrument, il faut noter dans la composition de lensemble, labsence totale de jeux ondulants.
En 1880, CAVAILLE-COL entreprend une restauration purement harmonique. Toute la mécanique et presque tous les jeux sont conservés. Toutefois les Prestants sont grossis dun ton ; des entailles sont pratiquées dans les dessus des fonds, et quelques jeux romantiques sont introduits : Unda Maris au Positif, ou Voix Céleste au Récit entraînant le remplacement de la Spietz-Gambe par une Gambe cylindrique. Un Basson 8 vient également supplanter la 2° Trompette, devenues sans objet, cédant la place à un moderne appel danches.
Ces quelques transformations autorisent Cavaillé-Col à apposer sa plaque en fronton de la console.
En 1915, la Maison MERKLIN augmente létendue de la Pédale de façon assez satisfaisante, en logeant les compléments dans le soubassement, sur un sommier à gravures. La Pédale passe ainsi de 25 à 30 marches. Merklin remplace la Voix humaine du Récit par un Octavin 2.
La restauration dun tel instrument, où plusieurs facteurs ont travaillé et modifié quelques jeux, pose toujours un problème. Fallait-il reconstituer lorgue primitif de Ducroquet, ou conserver les apports de CAVAILLE-COL ? La section des orgues de la commission supérieure des Monuments historiques du Ministère des Affaires Culturelles fut appelée en 1972 à discuter de cette question délicate.
En qualité dorganiste rapporteur du projet, Maurice DURUFLE présentait devant cette commission une composition de jeux comportant le réemploi de tous les jeux de DUCROQUET, le maintien des apports de CAVAILLE-COL qui enrichissait linstrument avec cependant le remplacement de lUNDA-MARIS au Positif par une SESQUIALTERA 2 rangs .Cette composition fut établie en accord complet avec Maurice GAY, organiste titulaire de la Cathédrale et M. labbé LYNCH, maître de chapelle. La commission accepta cette proposition et demanda la reconstitution au Grand-Orgue de la 2° Trompette de DUCROQUET, et au Récit le maintien de lOCTAVIN. M.DURUFLE proposait, toujours en accord avec M.GAY et labbé LYNCH, de compléter le Récit et de le porter à 54 notes en ajoutant la première octave grave qui lui manquait. Après quelques difficultés, surtout techniques, qui furent surmontées par le facteur DUNAND, cette proposition fut agréée par la Commission des orgues
Ainsi rénové et complété, lorgue de la cathédrale Saint Sauveur permet aujourdhui lexécution de tout le répertoire classique, romantique et moderne. Cette restauration, réalisée par la Maison DUNAND, a été effectuée avec la collaboration de MM. AUBRY et SCHAEFFER, techniciens-conseils, et avec le concours de la section des orgues de la Commission des Monuments Historiques du Ministère des Affaires Culturelles.
La réception de lorgue a eu lieu le 19 Mars 1975, et linstrument a été inauguré le même jour par Marie-Madeleine DURUFLE et Maurice GAY.
COMPOSITION DE LORGUE DE SAINT SAUVEUR GRAND ORGUE : POSITIF : RECIT EXPRESSIF :
PEDALE COMBINAISONS
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AIX EN PROVENCE LE 10 AVRIL 1975.