Motion de la Conférence des directeurs de départements
de philosophie des universités françaises
19 mars 2004
(format rtf)
Nos étudiants préparant les concours du CAPES et de l'Agrégation
de philosophie ont appris quelques semaines seulement avant le début
des épreuves la diminution drastique du nombre des postes offerts,
qui s'inscrit dans le cadre d'une baisse globale des postes offerts aux
concours de recrutement des enseignants du second degré. Certes,
le taux de diminution appliqué aux concours de philosophie est comparable
à celui des autres disciplines (soit environ 40%), mais il concerne
une discipline déjà touchée, les années précédentes,
par des réductions considérables de postes. En effet, de
1994 à 2004, le nombre de postes au CAPES de philosophie a évolué
de la manière suivante :
300 - 280 - 240 - 180 - 130 - 60 - 50 - 53 - 60 - 60 - 38
Nous n'ignorons pas l' argument invoqué par le ministère pour justifier cela : le surnombre des enseignants en philosophie.
Mais, outre que ce surnombre est le résultat d'un recrutement
excessivement élevé il y a dix ans, et par conséquent
le résultat d'une politique ministérielle à courte
vue dont nous dénonçons l'incohérence, cet argument
apparaît très inégalement valable selon les académies,
certaines continuant à recruter des vacataires en philosophie. Du
reste, quand bien même l'argument serait recevable, il ne justifierait
pas les extraordinaires variations du nombre des postes mis au concours
selon les années et notamment le véritable effondrement de
la courbe cette année. Cette situation est grave à plusieurs
égards :
- Elle est perçue à juste titre par les étudiants
préparant cette année les concours, comme arbitraire et inéquitable.
Ils jugent déloyal que le nombre de postes offerts soit connu si
tardivement dans l'année universitaire.
- Pour les étudiants en philosophie en début de cursus,
elle crée une incertitude qui rend impossible un plan d'étude
(les concours se préparant sur plusieurs années) ; pour d'autres,
elle entraîne une réticence à entreprendre des études
de philosophie.
- Pour les départements de philosophie cette absence d'équilibre
et de continuité signifie une démobilisation des candidats
aux concours, et au-delà une déstabilisation grave.
- Pour l'enseignement secondaire, elle agit négativement sur
la qualité du recrutement en créant des écarts considérables
de niveau d'exigences (le recours à des vacataires insuffisamment
formés ajoutant encore à cette disparité de niveau).
La conférence des directeurs de départements de philosophie
des Universités françaises demande instamment en conséquence
-que soit mis fin à ces recrutements en dents de scie et que
soit procédé à un lissage des courbes,
-que soit mis en place un plan pluriannuel de recrutement,
-que, plus largement, dans le cadre d'une réflexion à
l'ordre du jour sur les enseignements à l'école, au collège
et au lycée, soit donné à la philosophie toute sa
place et que les multiples demandes dont elle fait l'objet soient dûment
examinées.
Marie-France Badie (Montpellier), Jean-François Balaudé
(Reims), Bruce Bégout (Amiens), Joël Biard (Tours), Stéphane
Chauvier (Caen), Michel Crubellier (Lille), Dominique Doucet (Nantes),
Jean-Luc Gautero (Nice), Jean-Christophe Goddard (Poitiers) Yves-Jean Harder
(Strasbourg), Annick Jaulin (Paris I), René Lefebvre (Rouen), Thierry
Martin (Besançon), Roger Pouivet (Nancy), Philippe Saltel (Grenoble),
Jean Seidengart (Paris X), Jean Terrel (Bordeaux), Jean-Jacques Wunenburger
(Lyon).