Stage. Sommaire général.

Stage : L’INTERPRÉTATION
 (Module : 07536/ Dispositif : 03A0160245)

Lieu : Lycée saint-Sernin, salle des conférences/salle Du Barry 2

Dates : mercredi 10 et jeudi 11 mars

Horaires : 9h.-12h. et14h.-17h.
Modalités : conférences
Responsable : Laurent Cournarie
(programme et détails au format rtf)




Présentation

« L’interprétation est une nouvelle notion du programme de philosophie. Ce module se propose de parcourir le champ problématique, la diversité des méthodes et des objets de l’interprétation (textes, rêves, œuvres d’art), en suggérant l’hypothèse d’un concept «herméneutique » de la raison. La réflexion sur l’interprétation est l’occasion de renouveler et d’approfondir l’étude du langage en mettant l’accent sur la dimension irréductible du sens. » (L.Cournarie)
 

Mercredi 10 mars : Michæl Fœssel

 Matin : Interprétation et existence

« Dans la pensée de Heidegger, l’interprétation semble accéder à une dignité ontologique sans précédent puisqu’elle devient une caractéristique existentiale du Dasein lui-même. Pour l’auteur d’Etre et temps, le « comprendre » (à distinguer de l’« expliquer ») désigne en effet une attitude originaire de l’être-au-monde de l’homme, en deçà de l’objectivation scientifique. Il s’agit alors de se demander pourquoi l’existence est définie comme une activité d’auto-interprétation plutôt que comme simple réflexivité (à la manière cartésienne), l’interprétation devenant un thème polémique : elle s’oppose au double primat de l’évidence et de la conscience. On tâchera de montrer que Heidegger pense l’interprétation dans le sillage de Nietzsche plutôt que dans celui de l’herméneutique moderne (représentée par Dilthey), à savoir comme le concept clé d’un « perspectivisme » qui ne s’appuie sur aucun critère objectif de vérité. Opposé systématiquement au règne de la démonstration, le thème de l’interprétation vient ainsi en renfort d’une critique radicale de la métaphysique et de ses modèles (en particulier mathématiques) d’argumentation. Avec Heidegger, l’interprétation devient une dimension première de l’existence saisie comme phénomène : elle renvoie au fait que le Dasein appréhende toujours les choses « comme », depuis sa situation existentielle. Interpréter signifie donc « voir comme », ce qui est un argument décisif contre toute forme d’intuitionnisme, y compris la phénoménologie husserlienne. Comme déjà chez Nietzsche, l’interprétation apparaît donc comme l'emblème d'un soupçon radical à l'encontre du thème de la subjectivité. » (M. Fœssel)

Après-midi : La position de l’interprète

« Le concept d’interprétation engage toute une série de problèmes qui se distribuent dans des registres divers : épistémologiques (quels doivent être les critères d’une interprétation valide ?), anthropologiques (dans quelle mesure l’homme est-il un «  animal interprétant » ?) et même éthiques (quelles normes interprétatives peuvent-elles nous prémunir de la partialité ?). Le thème proposé – la position de l’interprète – peut se déployer dans l’ensemble de ces registres puisqu’il engage aussi bien une réflexion sur les préalables méthodologiques de l’interprétation que sur le type d’engagement existentiel qu’elle implique. On l’abordera au moyen d’une référence à l’œuvre de Paul Ricœur dont la dimension est double puisqu’elle porte à la fois sur les préalables théoriques de l’interprétation et sur ses implications éthiques. La « position de l’interprète » renvoie en effet à celle de l’homme en tant qu’il appartient à une tradition qui le précède et dont il est néanmoins l’acteur. Dans son débat avec la phénoménologie aussi bien que dans sa discussion avec le structuralisme de Lévi-Strauss, Ricœur ne cesse de poser le problème d’une interprétation qui soit valide et juste, dans toutes les acceptions de ce dernier terme. Dès lors, l’examen des procédures interprétatives ne se laisse plus séparer de l’exigence de fidélité au texte que l’on interprète. La pensée herméneutique trouve son achèvement dans une nouvelle appréhension de la subjectivité : qui suis-je moi dont le destin et le projet est d’interpréter ? » (M. Fœssel)

Jeudi 11 mars : Jean Greisch

Matin : L’herméneutique : un nouveau paradigme de la raison ?

« Pendant plusieurs millénaires, l’art d’interpréter n’intéressait les philosophes qu’à titre tout à fait secondaire. Le premier « traité » philosophique concernant son statut est le Ion de Platon, où l’art des rhapsodes se trouve soumis à une critique très sévère, consistant à lui dénier le titre de technè et d’épistémè. Pour le logos philosophique (dialectique) en quête du savoir, l’hermeneia est une sorte de dangereux trouble-fête, une virtuosité incontrôlable qu’on peut aussi bien considérer comme un « don divin ». C’est en partant de cette scène primitive qu’on peut relire les conditions de la genèse de l’herméneutique philosophique au 19e siècle, à la faveur du « changement de paradigme » en vertu duquel l’antique ars interpretandi, réparti sur plusieurs disciplines (herméneutique biblique, juridique, philologie ancienne). C’est le projet diltheyen d’une « critique de la raison historique » qui marque le seuil à partir duquel on peut parler d’une « herméneutique philosophique » qui présente un visage différent selon qu’on le rapporte à Heidegger, Gadamer ou Ricoeur. Du point de vue philosophique, la question décisive est de savoir quel sens on peut donner au terme même de « raison herméneutique » » (J.Greisch).

Bibliographie

GREISCH, Jean, Herméneutique et Grammatologie, Paris, Ed. du CNRS, 1977 ;
L’Âge herméneutique de la raison. Paris, Ed. du Cerf, 1985 ;
La Parole Heureuse. Martin Heidegger entre les choses et les mots, Paris, Ed. Beauchêne, 1987, collection “Bibliothèque des Archives de Philosophie” ;
Hermeneutik und Metaphysik. Eine Problemgeschichte, München, W. Fink, 1993 ;
Ontologie et Temporalité. Esquisse d’une interprétation intégrale de Sein und Zeit, Paris, PUF, 1994, coll. Epiméthée ;
L’Arbre de vie et l’arbre du Savoir. Les racines phénoménologiques de l’herméneutique heideggérienne, Paris, Ed. du Cerf, 2000, collection “Passages” n° 100.
Le Cogito herméneutique. L’herméneutique philosophique et l’héritage cartésien, Paris, Vrin, 2000 (282p.) ;
Paul Ricoeur : l’itinérance du sens. Grenoble, Jérôme Millon, 2001 ;
Comprendre et Interpréter. Le paradigme herméneutique de la raison, Paris, Beauchêne, n° 15, 1993, 436p. (Présentation p. 5-17) ;
Paul Ricoeur. L’herméneutique à l’école de la phénoménologie, n° 16, 1995. (Présentation p. V-VIII).
J. GREISCH, R. KEARNEY (éd.), Paul Ricoeur ou les métamorphoses de la raison herméneutique, Paris, Ed. du Cerf, 1991, coll. “ Passages ”,
GRONDIN, Jean, L’universalité de l’herméneutique, Paris, PUF, 1993.

Après-midi : La source et le gouffre : la fécondité herméneutique de la distance temporelle selon Gadamer

« Sous ce titre, on proposera une lecture d’ensemble de Vérité et Méthode de H.G. Gadamer, dans le but de dégager aussi bien les présupposés de son entreprise que ses enjeux ontologiques. Le titre « vérité et méthode » doit être entendu au sens d’une disjonction : entre l’idéal cartésien de la méthode et les expériences historiques de vérité médiatisées par les traditions culturelles, autrement dit entre Descartes et Vico, il faut choisir. Une philosophie herméneutique qui se plie à cette alternative peut-elle encore avoir une dimension critique ? L’herméneutique de Gadamer serait-elle une version soft du traditionalisme romantique ? Ce sont ces questions qui accompagneront notre lecture de Gadamer. » (J. Greisch)

Bibliographie
Éditions.
Gesammelte Schriften 1-10, Tübingen, Mohr Siebeck, 1985-1995 ; Hermeneutik I : Wahrheit und Methode. Grundzüge einer philosopischen Hermeneutik (= GS1),
Traduction.
L’art de comprendre. t. I, Ecrits 1. Herméneutique et tradition philosophique, trad. M. Simon, Paris, Aubier ;
Ecrits 2. Herméneutique et champs de l’expérience humaine. Textes réunis par Pierre Fruchon et traduits pas I. Julien-Deygout, Ph. Forget, P. Fruchon, J. Grondin et J. Schouwey, Paris, Aubier, 1991 ;
La philosophie herméneutique, trad. J. Grondin, Paris, PUF, 1996 ;
Le problème de la conscience historique, éd. P. Fruchon, Paris, Ed. du Seuil, 1996 ;
Années d’apprentissage philosophique, Paris, Critérion, 1992 ;
La philosophie herméneutique, trad. J. Grondin, PUF, 1996 ;
Bibliographie.
FRUCHON, Pierre, L’herméneutique de Gadamer, Paris, Cerf, 1994.
GREISCH, Jean, « Le phénomène du jeu et les enjeux ontologiques de l’herméneutique » : Revue Internationale de Philosophie 54 (N° 213, 2000) 447-468.
GRONDIN, Jean, L’universalité de l’herméneutique, Paris, PUF, 1993 ;
Introduction à Hans-Georg Gadamer, Paris, Cerf, 1999 ;
Hans-Georg Gadamer – eine Biographie, Tübingen, Mohr Siebeck, 1999 ;
L’horizon herméneutique de la pensée contemporaine, Paris, Vrin, 1993 ;
Der Sinn für Hermeneutik, Darmstadt, WBG, 1994.
GRONDIN, Jean (éd.), Gadamer-Lesebuch, Tübingen, Mohr, 1997.
RISSER, James, Hermeneutics and the Voice of the Other. Re-reading Gadamer’s Philosophical Hermeneutics, Albany, Suny Press, 1997.
WARNKE, Georgia, Gadamer. Herméneutique, tradition et raison, trad. J. Colson, Bruxelles, Éd. de Boeck, 1991.