5-6 mai 2004: stage d'initiation à la philosophie
médiévale
Il aura lieu le mercredi 5 et le jeudi 6 mai 2004, de 9h à 12h
et de 14h à 17h, au lycée Fermat.
Programme:
- mercredi et jeudi matin : Anselme (Isabelle Piétri);
- mercredi et jeudi après-midi :
Averroès (Dominique Urvoy).
Organisateur: Michel Nodé-Langlois.
Présentation d’Averroès
"Pour comprendre le rôle joué par Averroès il faut
tenir compte de sa double qualification comme homme de religion musulmane
et comme scientifique (la philosophie étant conçue comme
le couronnement de la science).
On n’abordera pas l’aspect biographique que l’on peut trouver dans D.
Urvoy, Averroès, les ambitions d’un intellectuel musulman, Flammarion
1998, réédition coll. « Champs » 2001). Par contre
la première séance
sera consacrée à replacer l’activité philosophique
dans son contexte (les rapports entre la foi et la raison théorique
d’une part, entre le droit musulman et la raison pratique de l’autre, et
enfin entre la pratique scientifique et la synthèse théorique).
et la seconde à examiner
quelques points remarquables où l’on peut définir la spécificité
de la démarche (la conception du raisonnement ; l’interprétation
de l’idée de création ; la théorie de l’intellect
; la politique)."
Anselme de Cantorbéry (format
rtf)
Anselme soutient au début de son Proslogion que si, conformément
à la foi (fides), on entend le mot « Dieu » au sens
de « quelque chose de tel que l’on ne peut rien penser de plus grand
» (aliquid quo nihil majus cogitari possit), alors l’affirmation
« Dieu n’existe pas » (non est Deus) est auto-contradictoire.
Anselme tire de là des conséquences qui lui paraissent importantes
parce qu’elles consistent elles aussi en une certaine « intelligence
de la foi » (intellectus fidei).
Nous prendrons contact avec ce texte d’Anselme ainsi qu’avec sa réponse
à Gaunilon, en les mettant en perspective dans l’ensemble de l’œuvre.
Nous tâcherons de les situer par rapport à l’objection que
Thomas d’Aquin peut paraître formuler à l’encontre d’Anselme
; nous tâcherons aussi de les situer par rapport à la critique
kantienne de l’argument ontologique. Nous nous demanderons notamment dans
quelle mesure le cheminement d’Anselme dans le Proslogion échappe
à cette objection et à cette critique, comme l’ont soutenu
Ferdinand Alquié et Joseph Moreau par exemple. Nous aurons du même
coup à prendre en considération la façon dont Descartes
et Leibniz proposent un argument qui peut sembler fondamentalement le même
que celui d’Anselme dans le Proslogion.
Cette réflexion sur le cheminement d’Anselme reviendra à
tenter de voir quelle est la place de la conception anselmienne de la raison
dans l’histoire de la pensée occidentale et à nous interroger
sur l’actualité de cette conception.
Anselme de Cantorbéry
Indications bibliographiques (format
rtf)
I. Textes d’Anselme
Afin que nous puissions travailler ensemble lors du stage, il serait
souhaitable que chacun se munisse du Proslogion. Nous en indiquons ici
trois éditions :
II. Textes portant sur l’argumentation du Proslogion ou sur l’argument ontologique.
Thomas d’Aquin
Summa theologiae, Prima pars, Question 2, art. 1.
Caterus
Premières objections aux Méditations Métaphysiques
de Descartes,
éd. Alquié, t. 2, p. 515-518.
Caterus ne nomme pas Anselme, mais il adresse à Descartes l’objection
que Thomas d’Aquin peut paraître adresser à Anselme.
Descartes
Réponses aux Premières objections, éd. Alquié,
t. 2, p. 5133-539.
Descartes persiste à défendre un argument qui peut paraître
équivalent à celui d’Anselme (qu’il ne nomme pas), mais il
se dit d’accord avec l’objection formulée par Thomas d’Aquin.
Leibniz
Nouveaux Essais sur l’entendement humain, Livre IV, chap. X.
Kant
« L’unique Fondement possible d’une démonstration de l’existence
de Dieu » (1763), in Considérations sur l’optimisme ; Pensées
successives d’Emmanuel Kant sur la théodicée et la religion,
traduction et introduction par Paul Festugière, Vrin, 1972.
Critique de la Raison pure, III,397-III,403, « De l’impossibilité d’une preuve ontologique de l’existence de Dieu »
Hegel
Leçons sur l’Histoire de la Philosophie, t. 5, éd.
Vrin, 1978, p. 1070 sq.
Les Preuves de l’existence de Dieu, Paris, Aubier, 1956, p. 242 sq.
Etienne Gilson
« Descartes et Saint Anselme »,
p. 215 à 223 in Etudes sur le rôle de la pensée
médiévale dans la formation du système cartésien,
Paris, Vrin, 1967.
Jacques Chevalier
Histoire de la Pensée, vol. 3, Paris, Editions Universitaires,
1992,
p. 127-134 et p. 282-283
Jules Vuillemin
Le Dieu d’Anselme et les apparences de la raison, Paris, Aubier,
1971.
Ferdinand Alquié
La Critique kantienne de la métaphysique,
Paris, PUF, 1968, p. 104-120, 123-127 et 138-144.
Bernard Sève
La Question philosophique de l’existence de Dieu, Paris, PUF,
1994, p. 15-48 et 74-79.
Michel Nodé-Langlois
« La critique kantienne des preuves de l’existence de Dieu
»,
Revue thomiste, oct.-déc. 2001, p. 531-564 (en particulier p.
535-545).
A qui désire une vue d’ensemble et dispose de peu de temps,
nous recommandons en priorité la lecture des ouvrages de Sève
et de Chevalier (ou du moins, la lecture des passages indiqués pour
chacun de ces ouvrages).