Notule bibliographique
Gauthier, David, Morals by Agreement, Clarendon
Press, mai 1987,
Morale et contrat, Recherche sur les fondements de
la morale, Traduction de l’anglais (USA) et introduction par Serge
Champeau, Mardaga, Liège, septembre 2000.
David Gauthier, né en 1932 à Toronto, Professeur de Philosophie à l’Université de Pittsburgh (USA), a publié de très nombreux articles dans le domaine de la philosophie morale et politique. Il est l’auteur, entre autres, de The Logic of Leviathan : The Moral and Political Theory of Thomas Hobbes (1969), Moral Dealing : Contract, Ethics and Reason (1990) et a dirigé, en collaboration avec R. Sugden, la publication de Rationality, Justice and the Social Contract: Themes from Morals by Agreement (1993).
Présentation par le traducteur.
Morale et Contrat, en s’inscrivant dans une tradition philosophique
qui remonte à Hobbes, entend établir, sur la base d’une conception
contemporaine de la rationalité (la théorie des jeux), qu’il
est possible de reconstruire et fonder rationnellement nos valeurs morales.
Dans une telle perspective, la morale a son origine dans la recherche de
l’intérêt individuel, mais elle ne peut se réduire
à celle-ci. En remettant en chantier la tradition contractualiste,
D. Gauthier montre que nos principes moraux peuvent être pensés
comme le résultat d’un accord entre personnes rationnelles. Il met
en évidence comment les institutions des sociétés
libérales naissent d’un tel contrat : le marché (qui, bien
que constituant un espace libre de toute contrainte morale, n’en suppose
pas moins des principes moraux), la coopération (en tant que main
visible prenant le relais de la main invisible pour apporter une réponse
rationnelle aux échecs du marché) et la participation à
des activités authentiquement sociales (sans lesquelles les individus
ne peuvent se réaliser pleinement). Il établit, enfin, que
ces institutions, et la morale par l’accord sur laquelle elles reposent,
présupposent une condition qui ne fait pas elle-même l’objet
d’un accord mais doit être acceptée par tout homme rationnel
: celle qui attribue aux individus des droits (qui sont les conditions
initiales de toute interaction sociale). La théorie de D. Gauthier,
d’inspiration hobbesienne, rejoint alors l’idée lockienne des droits
individuels, qu’elle peut, à la différence de Locke, fonder
rationnellement.
La morale, ainsi comprise, n’a pas simplement la valeur d’un moyen pour l’individu rationnel. Elle en vient à être désirée comme une fin, sans pour autant cesser d’avoir son fondement dans l’intérêt. L’homme libéral, qui ne peut se réduire à l’homme économique, développe, à la différence de ce dernier, une aptitude affective à la morale.
Cette recherche exigeante, en dialogue permanent avec les théoriciens
contemporains de la morale (Rawls, Nozick, Harsanyi, Buchanan, MacIntyre…),
est sans doute, aujourd’hui, l’un des efforts les plus cohérents
pour fonder en raison nos valeurs et nos pratiques.
S.C.
Le traducteur, Serge Champeau, enseigne la philosophie en classes préparatoires
à Bordeaux. Il est l’auteur de Borges et la Métaphysique
et Ontologie et poésie (Editions Vrin, Paris) et d’articles
sur la philosophie politique contemporaine (dont un récent article
sur l’œuvre du philosophe du droit R. Dworkin, paru dans la Revue Philosophique
de Louvain et un article à paraître dans un prochain numéro
de Commentaire, intitulé
Habermas et le libéralisme).
Son site personnel.
L'ouvrage est disponible en écrivant directement au traducteur
Serge Champeau, 19, rue Claude Bizot, 33170 GRADIGNAN (prix: 220 f.).
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j.jacques.delfour@ac-toulouse.fr |