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Publications : janvier-février-mars 2007

Sens Public interroge les mondes contemporains et propose, par le biais du numérique, un cadre neuf pour diffuser et partager des connaissances à l'échelle internationale. Depuis 2003, la Revue publie des articles à fort contenu de réflexion, qui exposent et exploitent les clivages habituels entre les disciplines. Autour des questions vives qui interrogent les sciences humaines, la pensée politique, les arts et la philosophie, enseignants, chercheurs, étudiants, écrivains, praticiens et artistes proposent leurs initiatives ou rejoignent nos orientations. Sens Public comporte actuellement des rédacteurs en France, en Italie, en Slovaquie, en Colombie, au Brésil, ainsi que des correspondants en Europe (Allemagne, Angleterre, Autriche, Espagne, République Tchèque, Roumanie) en Amérique du Nord, en Asie (Chine, Inde, Japon) et en Afrique (Congo). Sens Public est membre de la fédération Eurozine. Présentation de l'association en ligne .

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Rubrique PRESIDENTIELLE 2007

Les promesses de rénovation institutionnelle des candidats à la présidentielle

Christophe PREMAT

À la veille de la campagne des présidentielles de 2007, il convient d'analyser l'ensemble des promesses faites par les candidats pour réorganiser les institutions de la Ve République. La difficulté de cet exercice tient en partie au fait que certains candidats sont déclarés alors que d'autres attendent encore le moment opportun pour le faire. Nous n'avons donc pas encore le spectre des candidats déclarés, mais nous pouvons dégager des lignes d'interprétation quant à la lecture que les candidats potentiels font des institutions politiques de notre pays. Le corpus étudié contient les discours des candidats, leurs sites internet et leurs diverses publications ainsi que les clubs et associations créés en vue de les soutenir aux présidentielles de 2007 ou souhaitant influencer le débat public. C'est en quelque sorte une photographie sur l'ensemble des ressources utilisées dans cette campagne pour promouvoir la question institutionnelle.

Président en France : quel statut ?

Olivier ROUQUAN

La modification de la Constitution en cours de délibération conduit à modifier le statut présidentiel. Quelle responsabilité (au sens large) est ainsi envisagée ? Y-a-t-il une profonde modification du statut antérieur ou s'agit-il d'un toilettage prenant acte de l'état du droit et des jurisprudences ?

L'encadrement juridique des élections présidentielles de 2007

Laurent DEPUSSAY

L'élection présidentielle de 2007, prévue les dimanches 22 avril pour le premier tour, et 26 mai pour le second, sera la neuvième depuis l'avènement de la Cinquième République. L'hybridité qui caractérise notre régime politique, fruit d'un compromis entre la conception présidentialiste du général De Gaulle et l'acception parlementariste de Michel Debré, en fait l'échéance primordiale. Le Président de la République constituant, selon les mots du premier Premier ministre, « la clé de voûte des institutions », sa désignation nécessite un encadrement juridique à la hauteur de son statut. En conséquence, l'élection du Président de la République est, du point de vue juridique, la plus encadrée. Mais la campagne électorale a fortement évolué depuis 1958. L'objet de cette étude n'est pas d'exposer l'ensemble de l'encadrement juridique de l'élection présidentielle, tâche qui ne serait pas sans rappeler celle de Sisyphe, mais de présenter ses évolutions, particulièrement depuis la dernière – et retentissante – élection de 2002.

Rubrique ARTS

Les impossibles autoportraits de Claude Cahun

Yi-lin LAI

Après un détour sur l'autoportrait en général, dans la peinture et dans la photographie, nous nous interrogeons sur la double absence de la scène de réflexion et de l'appareil photo dans les autoportraits de Claude Cahun. La première apparaît une seule fois (cette scène figure en réalité sur trois photos dans le catalogue raisonné, mais elles sont visiblement les tirages de cadrages différents d'un même négatif), le deuxième est complètement absent. Nous venons d'évoquer l'importance du miroir pour la réalisation et la « crédibilité » d'un autoportrait, quant à l'instrument, il constitue l'attribut du personnage d'un (auto)portrait. D'autant plus que, si nous replaçons l'auteur dans son contexte historique, il s'agit d'une époque où les femmes de la bourgeoisie n'avaient pas si facilement un métier, encore moins celui de photographe. De ce fait, se montrer avec son instrument non seulement désigne le métier, mais encore est la marque solennelle d'un statut social. Il ne manque effectivement pas d'exemples de femmes photographes qui se photographient avec leur appareil photo (nous pensons par exemple à Ilse Bing, autoportrait de 1931, et à Imogen Cuningham, autoportrait de 1920). Sur ces photos, nous constatons l'effort des auteurs pour combiner à la fois le besoin de se montrer comme sujet, et celui de la mise en scène de la prise de vue.

Créer à la proue de soi-même

Mireille CALLE-GRUBER

Le corps sans reste, sans suite, sans perte de temps, qu'est-ce à dire ? C'est chercher le corps-phénomène, ici-maintenant, son phainestai, son apparition, à l'instant advenant, c'est vouloir l'espace sans le temps, l'étendue en un clin, l'instant tétanisé, l'instant : point. L'épuisement instantané. Telle est la pratique du portrait, de l'autoportrait photographique de Claude Cahun qui prend l'art aux mots, portrait : pour traire, arracher le corps au corps, retirer un extrait de corps –– non pas un objet plénier, mais un point de concentration des rayons lumineux. Une précipitation du sujet photographique comme on dit en chimie lorsque la réaction prend corps. Un précipité-sujet. (...)

Rhétorique de l'engagement critique

Sylvain DREYER

L'étiquette « œuvre engagée » recouvre une grande diversité de pratiques et de formes. Au cours des années 1960, des œuvres d'un genre nouveau apparaissent, œuvres qui s'interrogent sur la possibilité, la légitimité et le fonctionnement de l'engagement artistique : œuvres réflexives, œuvres critiques, œuvres de déconstruction. L'exemple de films français consacrés à la révolution cubaine permet de voir comment l'actualité ou les revendications politiques sont concurrencées par des questions de représentation, d'idéologie, de guerre des images. Nous nous proposons d'analyser en quoi ces « œuvres engagées critiques » sont travaillées par un double souci rhétorique : la critique de la rhétorique politique, considérée comme idéologique, et la rhétorique de l'engagement critique. Cet article a fait l'objet d'une communication au Congrès de l'AFECCAV (Aix, 14-15-16 septembre 2006).

Tel Quel et 'Nouveau Roman' : deux exemples de tolérance

Petr DYTRT

En 1980, dans le numéro 85 de Tel Quel, Philippe Sollers affirme : « [...] nous avons revécu une vieille aventure à laquelle sans doute, nous avons nous-même mis fin, qui est l'aventure de toutes les avant-gardes occidentales au vingtième siècle : la contradiction entre l'art et l'engagement politique. » Sollers déclare ouvertement que Tel Quel est tombé lui-même dans ce dont il voulait se démarquer. L'engagement politique et, plus précisément, la voie marxiste, représente en ce sens l'impasse dans laquelle s'était engagé le Surréalisme et qui a également tenté le groupe tel queliste. (…)

La prière de Francis Jammes : deux traductions différentes ?

Lena JAKUBCAKOVA

L'objet de cette communication est d'étudier les différences entre deux traductions tchèque et slovaque d'un même poème de Francis Jammes, Prière pour aller au paradis avec les ânes. Chaque oeuvre littéraire est singulière et originale, tout comme l'est chaque traduction. Mais les traductions différentes d'un même texte peuvent cependant avoir des traits communs.

Pourquoi l'intertextualité ?

Ingeburg LACHAUSSEE

La littérature européenne a traversé les époques, elle s'est forgée une histoire dont nous sommes les héritiers. L'écrivain a toujours été un passeur d'idées. Sa manière de ré-pondre à son temps est d'être son porte-parole. Certes « le style, c'est l'homme », mais le texte crée une autre dimension de l'être de l'écrivain. Il le transcende. Ainsi la subjectivité de l'écrivain, qu'il le veuille ou non, est toujours déjà dépassée par la langue dans laquelle il s'exprime, sans parler du sens dont il n'est pas l'unique détenteur. De ce fait, toute œuvre littéraire est traduction et se situe au carrefour de plusieurs mondes. En d'autres termes, l'intertextualité est à l'origine de tout texte.

Intermusicalidad

Margarita CELMA TAFALLA

Partiremos del concepto de « intertextualidad » acuñado en los años 70 por la crítica literaria Julia Kristeva que demuestra como cualquier texto futuro no puede ser sino un diálogo con textos anteriores, una glosa. Todo texto es un intertexto, otros textos se encuentran insertos en un texto bajo formas más o menos reconocibles. Este movimiento literario se ha dado en todas las artes y ha propiciado en música el término intermusicalidad ; neologismo que en España se ha denominado « Música sobre músicas » cuando uno o varios textos musicales preexistentes se han reestructurado dándoles un nuevo sentido. Puede usarse la técnica del « collage » o entenderse la intermusicalidad como arte fónico y de sonidos de la naturaleza, así como fusión de culturas en los procesos interculturales. El término anglosajón utilizado es Borrowing : préstamo. Hertz en 1993 propuso para la música la palabra intertexturalidad en Angels of Reality. Ingrid Monson, etnomusicóloga y profesora asistente en el Departamento de Música de la Universidad de Chicago, introduce en 1996 el término de intermusicalidad.

Intermusicalité

Margarita CELMA TAFALLA

Nous partirons du concept d' « intertextualité » élaboré dans les années 70 par la critique littéraire Julia Kristeva, qui a démontré que tout texte à venir ne peut exister sans un dialogue avec des textes préexistants, une glose. Tout texte est intertexte, car d'autres textes sont insérés dans un texte de base sous des formes plus ou moins reconnaissables. Ce mouvement littéraire s'est étendu à tous les autres arts et a pris le terme d' « intermusicalité » pour ce qui concerne la musique : néologisme qui en Espagne devint « Musique sur les musiques » lorsqu'un ou plusieurs thèmes musicaux préexistants ont été restructurés afin de donner un nouveau sens. On peut utiliser la technique du « collage » ou bien comprendre l'intermusicalité comme un art phonique et de sons de la nature, ou comme la fusion des cultures dans les processus interculturels. Le terme anglo-saxon utilisé est borrowing : emprunt. En 1993 Hertz proposa pour la musique le terme « intertexturalité » dans Angels de Reality. Ingrid Monson, ethnomusicologue et professeur assistant au Département de Musique de l'Université de Chicago, introduisit en 1996 le terme d'intermusicalité.

L'interpicturalité dans quelques tableaux de Braun-Vega

Madeleine VALETTE-FONDO

Pas plus que la musique ou la littérature, la peinture n'échappe à des modes de dérivation qui définissent les pratiques d'art au second degré. La littérature suppose la réécriture, comme nous le rappelle, après l'Ulysse de Joyce, le premier Faust latino-américain de Roberto Gac La Société des Hommes Célestes, et la peinture est aussi ancienne que la transformation picturale. L'époque contemporaine a sans doute, plus qu'aucune autre, développé les investissements ludico-satiriques que sont les équivalents picturaux de l'allusion, de la citation, de la parodie, du pastiche et du travestissement. En revanche, la manière dont Braun-Vega revisite les chefs-d'œuvre de la peinture occidentale, ne peut se réduire à des effets de dérision. Tout se passe comme si voir ses images nous aidait à mieux savoir notre histoire. En effet, s'il récuse la position de peintre engagé en lui préférant celle de témoin, l'artiste pratique un art « fonctionnel » où le souci de « bien peindre » implique le refus tout aussi exigeant de peindre « pour ne rien dire ».

Braun-Vega, maître de l'interpicturalité

Roberto GAC

Si les mots « interpictural », « interpicturalité » n'existaient pas (comme les mots « intertextuel », « intertextualité » n'existaient pas avant 1960), l'œuvre de Herman Braun-Vega, peintre né à Lima en 1933, serait là pour les rendre nécessaires. Deux expositions réunissant une partie importante de la production de cet artiste ont eu lieu à Paris en 2002 (Galerie du Centre et Maison de l'Amérique latine), suivies d'une troisième au début de l'année 2003 à l'Université Catholique de Lima et, récemment, d'une autre au Carrousel du Louvre (Art-Paris, septembre 2003). La série spectaculaire de ses tableaux peints à partir des années cinquante, confirme que la « beauté » – celle laissée en héritage par les grands maîtres de jadis – est encore présente dans l'art d'aujourd'hui et cela par la magie d'un peintre métis hors du commun.

Rubrique BIBLIOTHEQUE

En devenant Foucault. Sociogenèse d'un grand philosophe, de Pestaña José Luis Moreno

Eric FARGES

Peut-on expliquer scientifiquement comment l'on devient un penseur ? C'est à cette tâche que s'attelle José Luis Moreno Pestaña, sociologue et philosophe espagnol, qui propose de comprendre « comment Foucault est devenu Foucault » en retraçant le début de sa carrière et en analysant ses textes de jeunesse qui précédèrent l' Histoire de la folie à l'âge classique , sa première grande oeuvre parue en 1961.

Rubrique HORS CHAMP

La poésie fait mal ?

Michel DEGUY

Cette assertion optative (j'entends un vœu et un doute dans cette déclaration) fut le titre, l'incipit, d'une causerie de Paolo Fabbri un soir à la Maison des écrivains. Je cherche ici à la développer, essayant aussi son contraire, ou telle autre modalisation. Et je sais bien que la proposition sonne aussi (d'abord ?) comme un rappel – à la tradition. La poésie faisait mal ; fit mal ; savait faire mal. Pourrait le faire encore ? Le temps des iambes et des épigrammes eut lieu. Le temps des Châtiments. Et d'Archiloque à Voltaire, à Chénier, à Hugo, ce fut le plus long temps. Satirique ou patriotique, assassine ou belliqueuse, chant de combat, de victoire ; appel au meurtre, à l'insurrection ; péan, refrain guerrier, libelle... la poésie armée, casquée, avec ses bottes métriques et son bouclier d'Achille ; mais aussi pointue, avec son agudezza et ses concetti, dans le boudoir de Célimène, ou le prétoire ou la salle des gardes... Je sais bien ; mais je vais chercher dans d'autres directions : celle aussi du se-faire-mal ; et celle du ne-pas-faire-mal, de cette "occupation la plus innocente" (selon la traduction, ici, de Hölderlin) ; celles de l'irritation, de la cruauté, de la privation, de l'abdication... Une lecture du texte par Michel Deguy est attachée en format mp3.

Les Saules pleureurs

Gwen GARCIA

A partir du mois d'octobre 2003, j'ai commencé un petit carnet dans lequel je consignais impressions et sensations suscitées par mon état de profond désespoir, ma grosse dépression – je ne vois pas pourquoi je m'interdirais d'user du terme médical -, ou le(s) caractérisant. Ce qui a motivé le commencement de ce carnet était notamment le texte de Clément Rosset, Route de nuit. Route de nuit est considéré, d'après ce que j'ai pu lire çà et là, comme remarquable en ce qu'il retranscrirait avec une acuité particulière l'état dépressif, en ce que Rosset y ferait mon d'une qualité d'auto-observation qui ne serait pas évidente au cœur de la dépression. Or je ne me suis pas du tout reconnu dans le texte de Rosset. (...)

Rubrique PHILOSOPHIE

La colonie : une conjugaison kafkaïenne

Seloua LUSTE BOULBINA

Lorsque Michaël Walzer rédigea, en 1997, son Traité sur la tolérance, il commença par un « envoi » très intéressant, écrivant : « En tant que juif américain, j'ai d'abord grandi en me considérant comme objet de tolérance. Ce n'est que bien plus tard que j'ai également reconnu en moi le sujet, l'agent ayant lui-même vocation à en tolérer d'autres, y compris certains de mes coreligionnaires juifs qui se faisaient de la judéité une idée radicalement différente de la mienne. » Michaël Walzer insiste sur la position subjective : le fait d'être sujet. Il souligne, ce faisant, que celui qui peut n'être pas toléré n'est pas passif, s'il demeure impuissant. Car s'il ne peut influer sur la perception d'autrui, il n'est pas, pour sa part personnelle, une chose, mais un sujet qui, à son tour, tolère ou non certains plutôt que d'autres. Il insiste donc sur le fait que la tolérance est, dans le fond, quand elle est abordée sous l'angle individuel, affaire non pas seulement de rapport (objectif) mais de position (subjective). (…)

Faut-il haïr la démocratie ?

Yves CUSSET

En même temps que la figure de Tocqueville est revenue en force dans la philosophie politique contemporaine en France et au-delà, s'est généralisé un discours politique et philosophique de défiance au moins implicite, voire de déni, du démocratique. Aux impulsions d'une opinion incontrôlée comme aux paroles plus ou moins spontanées ou informelles qui se saisissent sporadiquement de l'espace public on préfère le pédagogisme de la raison politique, au contrôle démocratique du pouvoir on préfère l'ordre républicain ; retour d'une haine bienséante de la démocratie qui pose d'en haut les critères de l'action publique raisonnable et que Jacques Rancière a analysé avec acuité dans son récent ouvrage La haine de la démocratie. Nous préférons appeler cette haine incivilité lorsqu'elle se drape des oripeaux de la légitimité comme de l'autorité politiques. Comprendre en quoi une telle incivilité procède d'un refus de répondre des apories de la démocratie est le but des quelques lignes qui suivent. (...)

Literature and philosophy in Sartre's early writings

Alain FLAJOLIET

It has often been noticed that the philosophical analysis developed in L'être et le néant can be related to Sartre's literature. As a consequence, Sartre's early writings have often been criticized from two points of view. The philosophical works, it is said, are not sufficiently rigorous, and the novels, short stories, plays, are nothing but problem literature, too philosophical to arouse curiosity. Sartre's phenomenological works are not taken seriously, especially in France (the situation is quite different with Merleau-Ponty's phenomenology). The aim of this paper is to criticize the common opinion in this matter. L'être et le néant is a strictly composed philosophical work, according to the rules of ontological phenomenology. But the phenomenological field comes under the influence of metaphysics which, for its part, is contained in literary works like La Nausée , Le mur, Une défaite... From an historical point of view, Sartre's project of metaphysical literature is prior to the philosophical works, it goes back to his childhood, and becomes more and more precise as Sartre studies philosophy at the Ecole normale supérieure. This literary project does not disappear when Sartre writes his first philosophical works : La transcendance de l'Ego, « Une idée fondamentale de la phénoménologie de Husserl : l'intentionnalité » . In Berlin (1933-34), Sartre writes simultaneously La Nausée and these two articles. The novel's writing influences the articles in a way that we have to examine.

1945 – 2005 Existentialism and Humanism sixty years on

Debbie EVANS

In his 1945 lecture, Jean-Paul Sartre defends Existentialism against the « charges » of being a philosophy of pessimism, despair, nihilism, anarchy, vulgarity, baseness, ugliness and last but definitely not least the « charge » of amorality since Sartre, restating the position of Dostoyevsky affirms the humanistic starting-point of Existentialism: « Si Dieu n'existe pas tout est permis. » The alleged Sartrean 'starting point' of the Cartesian cogito, the maîtrise of the 'je pense' as the isolated presence of a pure subjectivity was considered by both Communist and Christian critic alike to preclude any form of concrete action in, or social solidarity with, the outside world.

Sartre, Intentionality and Praxis

Roy ELVETON

In January, 1939, one year after the death of Edmund Husserl, Sartre published a short essay entitled « Husserl's Central Idea. » In the space of a few paragraphs, Sartre rejects the epistemology of Descartes and the neo-Kantians and their view of consciousness's relationship to the world. Consciousness is not related to the world by virtue of a set of mental representations and acts of mental synthesis that combine such representations to provide us with our knowledge the external world. Husserl's intentional theory of consciousness provides the only acceptable alternative : « Consciousness and the world are immediately given together : the world, essentially external to consciousness, is essentially related to it. » The only appropriate image for intentionality and our knowing relationship to the world is that of an « explosion » : « to know is to 'explode' toward » an object in the world, an object « beyond oneself, over there… towards that which is not oneself… out of oneself. »

La critica letteraria di Jean-Paul Sartre dall'engagement all'Idiot de la famille

Salvatore MARFELLA

Questo contributo si pone l'obiettivo di studiare l'evoluzione di alcuni concetti-chiave del pensiero di Jean-Paul Sartre mettendo a confronto i suoi scritti di critica letteraria del secondo dopoguerra (in particolare, il Baudelaire e i cosiddetti articoli programmatici) con L'Idiot de la famille, l'ultima delle sue grandi biografie. Nello specifico, vengono presentati ed analizzati tre aspetti del pensiero sartriano che mostrano il radicale mutamento di prospettiva compiuto dal filosofo. In primo luogo, viene mostrato come muta, nell'ottica di Sartre, la funzione della letteratura. Negli scritti degli anni '40, la letteratura è, per Sartre, engagement, cioè un modo per lo scrittore di aggredire la realtà sociale e di far sentire la sua voce sugli avvenimenti. Al contrario, nell'Idiot de la famille la letteratura viene presentata da Sartre come una fuga dalla Storia e un tuffo nell'immaginario. In secondo luogo, viene profondamente rivisto, da Sartre, il concetto di libertà. Mentre gli scritti degli anni '40 esaltano la libertà totale ed assoluta dell'individuo, a prescindere dalle sue condizioni materiali, nell'Idiot de la famille Sartre presenta un'analisi più approfondita della libertà, affermando che essa è condizionata a priori e fortemente limitata da fattori storico-politici, sociali e psicologici. Infine, nel testo su Flaubert, Sartre allarga in maniera consistente la prospettiva storica passando da una visione soggettiva e circostanziata, ad un'ampia trattazione degli aspetti politici e sociologici combinando, in un originale sincretismo, il pensiero marxista e la psicanalisi.

Rubrique INTERNATIONAL

Le Forum Social Mondial est-il utile pour les luttes populaires ? Les formules des Forums sociaux le sont-elles ?

Samir AMIN

Le succès indiscutable des forums sociaux mondiaux (et des forums nationaux et régionaux), depuis leur première édition (Porto Alegre 2001) à leur septième (Nairobi, 2007) démontre que la formule répondait à un besoin objectif effectif, ressenti par beaucoup de militants et de mouvements engagés dans leurs combats contre le néo-libéralisme et les agressions (jusqu'à militaires) de l'impérialisme. Dans ces combats mouvements et militants ont beaucoup rénové leurs formes d'organisation et d'intervention active dans la société. Oui, la culture politique dominante de la gauche avait été marquée aux XIXe et XXe siècles par des pratiques fondées sur l'organisation verticale hiérarchisée des partis, des syndicats, des associations. Dans les circonstances de l'époque les mouvements qu'ils ont animés – transformations sociales radicales et réformistes, révolutions, libérations nationales – ont transformé le monde, dans un sens généralement favorable aux classes populaires. Néanmoins les limites et contradictions propres à ces formes d'action sont apparues avec vigueur à partir des années 1980-1990. (…)

Des usines différentes pour l'Amérique latine

Claudio TOGNONATO

Le mouvement d'autogestion ouvrière s'étend. L'Argentine a donné le coup d'envoi et désormais un peu partout sur le continent, du Brésil au Venezuela, les ouvriers essayent d'appliquer des modèles économiques différents du modèle capitaliste ou néolibéral. Les expérimentations sont encore partielles, mais l'enthousiasme qui les anime est considérable.

Vieilles usines désaffectées cherchent repreneurs

Claudio TOGNONATO

Voyage au pays des ouvriers autogérés de Buenos Aires. En Argentine, cinq ans après l'insurrection populaire qui a chassé le gouvernement libéral, le mouvement de réappropriation et d'autogestion des usines abandonnées par les patrons continue de s'étendre. Quelques récits du succès des ouvriers.

Tolérance et différence, un projet citoyen et... européen

Gilles ROUET

Prologue sur le thème du Colloque « Tolérance et différence » organisé à Presov en septembre 2006, par Gilles Rouet, Professeur des universités, Attaché de coopération à l'Ambassade de France en Slovaquie.

Volk, Leute, populus, gens, nacio dans les sources écrites au début du moyen âge

Annette SOUSA-COSTA

L'étude de la notion « Volk », pour le haut moyen âge, est réalisée suivant une démarche onomasiologique. Ainsi pour répondre à la question de savoir comment était désigné « das Volk », des écrits ont été dépouillés. Il s'agit de textes rédigés en latin ou en langue vernaculaire franque puisque les érudits de l'époque utilisaient ces deux langues, soit pour leur propre rédaction, soit pour gloser, en vieux-haut-allemand, les textes latins classiques. Tous ces écrits montrent que, très tôt, le peuple a conscience de sa propre individualité et de celle des autres peuples. En utilisant en parallèle le latin et l'allemand, par le biais d'une différentiation terminologique subtile, les lettrés bilingues expriment, en ce qui concerne la notion en question, toutes les nuances qu'ils appréhendent lorsqu'ils observent leur environnement social ou étudient les textes anciens profanes ou religieux.

Origine des langues, origine des peuples

Jean-Jacques BRIU

A partir du 17e siècle, la découverte de nombreuses langues hors d'Europe s'accompagne de la découverte d'autant de peuples barbares ou « sauvages ». Cette grande diversité pose alors le problème de l'unité du langage. Au recensement succède un effort de grammatisation des vernaculaires, puis le choix d'une langue nationale comme fondement d'une nation. La question de l'origine linguistique de la communauté suscite des essais théoriques sur l'origine du langage comme chez Herder (1770) ou des considérations sur l'identité singulière d'un peuple comme chez Fichte (1808). Enfin, en raison de leur rapport intime et ancien, la langue sert de critère de classification des peuples du monde, de Leibniz (1710) à Balbi (1826) qui prend en compte 700 langues. Le sanscrit fournit une nouvelle origine commune et une nouvelle taxinomie des langues indo-européennes, tandis que Pictet (1859-63) tente, d'après le lexique, de restituer le peuple primitif des Aryas.

Le 'Volksgeist' entre philosophie politique et philosophie du droit. Le cas de l'Ecole historique du droit

Stamatios TZITZIS

L'idée de Volksgeist constitue le pilier de l'Ecole historique du Droit dont le principal fondateur est Savigny (1779-1861). La philosophie (au sens large du terme) de cette Ecole constitue une réaction contre l'idéologie de la Révolution française et la philosophie des Lumières qui prônent un naturalisme subjectiviste et font du droit un dérivant du contractualisme. Le Volksgeist représente un Weg, un chemin qui évoque le passé comme histoire et culture d'un peuple ; c'est-à-dire un Weg qui s'ouvre à l'héritage traditionnel d'un peuple et constitue le fondement de son identité. Le Volksgeist constitue fondamentalement une des sources du droit. Les lois formelles ont une fonction secondaire dans la genèse du droit : elles en fixent les principes. Elles donnent une forme concrète à la fluidité du Volksgeist, dont la loi devient une des expressions, loi qui ne doit pas abroger le droit populaire. Le Volksgeist renvoie à un droit qui traduit l'intimité de la nation et sa nécessité interne. Il représente une forme de nationalisme juridique. Dans cette perspective, l'Ecole historique du droit annonce un néo-humanisme juridique. En effet, Savigny exprime sans équivoque son adhésion à l'humanisme juridique du 16e siècle. Il veut que la science du droit de son temps en prenne le relais. Mais ce néo-humanisme montre l'importance de l'enracinement populaire et national tant de la langue que du droit, suivant un chemin parallèle dans l'évolution de la conscience populaire sous les traits d'une Histoire qui a sa propre conscience.

Le peuple français chez Maurice Barrès : une entité insaisissable entre unité et diversité

Brigitte KRULIC

Le Barrès nationaliste a beaucoup été étudié ; l'idée est de déplacer la perspective vers Barrès penseur du fondement du lien social qui s'interroge sur les modalités de formation et de survie d'un peuple, en l'occurrence le peuple français. Conscient de l'hétérogénéité anthropologique et sociologique d'une communauté humaine, Barrès remet en question la logique rousseauiste du contrat et la capacité autoconstituante dévolue au peuple rassemblé autour de principes partagés. Dans la mouvance de Taine ou de Burke, il définit le peuple comme l'aboutissement d'un processus d'assignation héréditaire qui assemblent les diversités en complémentarités et solidarités (vision organiciste). Barrès prend place dans la lignée des penseurs du 19e siècle qui s'efforcent de refonder le lien social dans les sociétés démocratiques menacées d'atomisation.

L'idée de peuple dans la tradition constitutionnelle française

Joseph KRULIC

L'idée de peuple joue un rôle fondamental dans la tradition constitutionnelle française. Mais il s'agit d'un rôle ambivalent. La notion de peuple français revêt un caractère de droit positif dont les conséquences juridiques semblent paradoxales. On peut résumer schématiquement le problème : comment articuler souveraineté nationale et souveraineté populaire, le peuple dans sa dimension holiste et sa dimension individualiste ? Le concept de la souveraineté nationale, dominant dans la doctrine juridique entre 1830 et 1962, résulte d'un « bricolage » conceptuel en réaction au défi individualiste de la souveraineté populaire. Dans une évolution récente, les effets de l'unicité du peuple sur l'organisation territoriale de la République française ne sont plus uniformes.

'Das Volk' en droit constitutionnel allemand

Thierry RAMBAUD

Cette contribution met l'accent sur l'histoire constitutionnelle et la nécessité de prendre en considération le caractère fédéral de l'Etat allemand. Le concept de « peuple » en droit constitutionnel allemand ne s'avère guère aisé à appréhender. D'un point de vue juridique, le « peuple » (Volk) renvoie à l'exercice d'un droit politique, le droit de suffrage. C'est ce dernier qui définit le peuple ainsi composé des citoyens (Staatsbürger). Le droit allemand est réticent, au niveau fédéral, à reconnaître l'expression directe de la souveraineté du peuple. Il n'existe ainsi, pour des raisons principalement historiques, pas de référendum à l'échelon fédéral. La démocratie allemande est de type représentatif. Les débats récents relatifs à la réforme du droit de la nationalité et à l'émergence d'une citoyenneté européenne invitent à s'interroger sur la portée nouvelle à conférer au concept de « peuple » en droit constitutionnel allemand.

Ethnogenèses et création d'Etats : le cas de l'aire baltique

Yves PLASSERAUD

L'aire sud-baltique est connue pour être une région particulièrement multiethnique. Les peuples de la région et des pourtours de celle-ci ont effectué leur ethnogenèse et pour certains, construit leurs États au contact étroit et sous le regard et l'influence les uns des autres. Le présent article vise à dégager deux caractéristiques souvent méconnues découlant de ces processus. D'une part, comment « l'intimité involontaire » avec d'autres peuples très différents (souvent ressentis comme hostiles) a influencé les processus de création des personnalités nationales des peuples en cause. D'autre part le rôle singulier joué par la région baltique dans le façonnement de l'identité étatique de certaines des grandes nations contemporaines.

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