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Académie de Toulouse |
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Jean-Jacques Delfour j.jacques.delfour@ac-toulouse.fr |
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Multitudes
Le
site de la revue.
Editions Exils, 2, rue du Regard,
75006 Paris - France
multitudes@samizdat.net
La revue Multitudes
rend disponible la plupart des articles qu'elle a publiés (sauf
ceux des 2 derniers numéros): http://www.samizdat.net/multitudes
.
Multitudes
12 Printemps 2003: Féminismes, queer, multitudes; Devenir-femme
du travail et de la politique, Border, Act-Up et les devenirs minoritaires,
Biotechnologies et biopouvoir (sommaire et résumé des articles).
Sommaire du numéro 1, numéro
2, numéro 9, numéro
10
Sommaires
des autres numéros (site de la revue).
Multitudes Numéro 11. hiver 2003
N° 10/ Octobre 2002
Capitalisme cognitif, développement, normativité/
Reflux des gauches en Europe: déclin ou redéfinition? /
Ilan Pappé/ Éloge du pillage .
En Tête. Sommaire.
Résumés
des articles.
La drôle de paix
Par Yann Moulier-Boutang
La Pax americana promise par Bush senior au sortir de la guerre du Golfe
est-elle effective ? À en juger par la transformation de la guerre,
cette paix est une drôle de paix. Après la rhétorique
de la guerre totale contre la drogue, toujours à refaire, voilà
un an que nous sommes dans « la guerre sans fin contre le terrorisme
». Qu'il soit chaotique, combattant ou les deux à la fois,
l'ordre impérial est passablement instable, avec dans le rôle
du chour tragique qui voit, commente tout et ne fait rien, l'Europe des
vieilles Nations.
Si Al Quaeda est toujours là dans le rôle du méchant,
si l'Irak assis sur des barils de pétrole et quelques détonateurs
nucléaires et sociaux (la question kurde, la question chiite) fait
figure d'Etat voyou (il y a eu Cuba, la Syrie, la Libye.), c'est que le
monde n'est pas plus pacifique depuis le 11 septembre. Business as usual:
15 millions de personnes paupérisées dans une Argentine vouée
au sort du Brésil, Nigeria au bord de la cessation de paiement amusant
sa galerie intérieure en lapidant les femmes adultères, gouvernement
sud africain persistant dans son déni du virus du sida et son refus
de développer un plan massif de prise en charge de la population
séropositive par des programmes d'accès aux trithérapies
et, à quelques encablures de l'Europe, des femmes bombes humaines
du désespoir palestinien.
Rien de nouveau sous le soleil ?
Tout le monde n'est pas Keynes, mais la crise boursière
et financière (la sixième au moins depuis 1985) redonne des
couleurs à ceux qui voient le capitalisme aller dans le mur à
l'échelle globale. Les partisans d'une « autre mondialisation
» sortent des marges de la contestation. Après Georges Soros,
le spéculateur qui fit tomber la livre sterling, devenu soudain
très inquiet, c'est l'un des grands argentiers du sérail
de la Banque Mondiale, Joseph Stiglitz, qui écrit un brûlot
sur les conséquences économiques de la dette du Sud et des
politiques du FMI. Dans nombre de têtes, et pas seulement chez les
révolutionnaires romantiques, la messe du libéralisme est
dite.
Ceux qui voient l'écroulement au coin de la rue sous-estiment
les capacités d' autocorrection du capitalisme, qui ne sont pas
dues à on ne sait quelle loi naturelle » du marché,
ou respect de grands principes intangibles défendus par les vestales
de l'école de Chicago, mais à l'étendue des compromis
qu'il est capable de passer avec la société quand cette dernière
sait se défendre comme disait Foucault. Mais en même temps,
ils appréhendent mieux les transformations en cours que ceux qui
se contentent de leur certitude qu'il n'y a rien de nouveau sous le soleil
de l'exploitation.
Nous penchons méthodiquement, par plaisir et par souci
éthique, du côté de ceux qui voient le changement dans
les grains de sable. Trois raisons peut-être à ce parti pris.
Tout d'abord l'hypothèse différentialiste (surtout en histoire
où rien ne se répète jamais) est plus proche des savoirs
dont nous avons besoin que le repérage des invariants qui conduit,
lui, à un surplace pratique et à la paresse déguisée
en érudition.. La deuxième raison est que le capitalisme
se transforme en profondeur. S'il va dans le mur, c'est faute de se transformer,
ce n'est pas la transformation qui l'y conduit. Le néolibéralisme
n'est que l'habit usé de cette mutation du dragon. Ne jamais perdre
de vue cette mutation.. L' article de Naxos dans ce numéro est une
véritable leçon à l'usage des militants du XXI°
siècle: quoi qu'on pense du boycott des produits israéliens,
il est essentiel de comprendre comment l'économie de l'Etat hébreu
s'est transformée en direction d'un capitalisme reposant sur la
connaissance et sur l'anti-terrorisme. La troisième raison, plus
générale encore, est le souci d'augmenter la puissance d'agir
et non l'étendue du désespoir, si mauvais conseiller. La
conjoncture que brasse ce numéro nous offre plusieurs occasions
d'illustrer ce parti pris. Il définit un peu le style qui unit ces
contributions qu'elles traitent de la crise du politique et de la représentation
« républicaine » et « partidaire» après
l' effondrement de la gauche plurielle française, du nationalisme
en Afrique du Sud, de la monnaie « nationale » au Brésil
et en Argentine, ou de la composition d'une trans-classe sociale inventant,
consommant et fabriquant l'une des premières industries du monde,
celle des logiciels de jeux électroniques.
Quelques mots sur la crise financière
Nous devons nous réjouir de l'échec retentissant
des grandes firmes de la communication dans leur tentative d'annexer purement
et simplement les biens connaissances à la logique de l'accumulation
marchande. La production de biens connaissances en réseau possède
une vertu magique-diabolique, une sorte de légende de Midas à
l'envers. Elle produit des merveilles, mais dès qu'on veut la transformer
en or, le réseau se change en cendres. Contrairement à ce
qu'ont prétendu les analystes financiers, prophètes a posteriori,
les carnets d'adresse vendus aux ogres de la communication, n' étaient
pas du vent; mais les réseaux de coopération gratuite ou
désintéressée ne se changent pas impunément
en listings pour le virus marketing. Les barons et grands ducs de la «
bonne vieille économie » (tout aussi spéculative, prenez
les pertes des compagnies aériennes, de la sidérurgie, de
la construction automobile) pensent que la chute du Nasdaq est le triomphe
du réalisme sur tout ce qu'il y avait d'utopique, et disons de libérateur,
ou au moins de sympathique, dans la « nouvelle économie ».
Ils croient à un retour de cette bonne vieille économie,
avec des vrais et bons droits de propriété, des brevets,
des droits d'auteurs enfin respectés. Mais il se pourrait que le
dégonflement en cours de la bulle financière témoigne
justement du contraire: d' une incapacité de l'économie capitaliste
à avaler par le marché (la carotte) ou par la hiérarchie
(le bâton) la puissance consolidée du travail immatériel,
de l'innovation et de la coopération par réseau. C'est cette
puissance qui empêche une marchandisation banale d'Internet.
Cette défaite des méthodes soft d'absorption de
la coopération explique que les méthodes dures pointent le
nez (interventionnisme croissant de l'État dans l' Internet non
pour consolider les aspects innovateurs des nouveaux biens publics, mais
pour réaliser une accumulation primitive avec une idéologie
de « sécurité » et d' « antiterrorisme
»). Mais la répression de l' Internet et sa réduction
à un pauvre intranet, mais le bridage des ordinateurs personnels
et privés tuent la poule aux oeufs d'or.
Si bien que la nouvelle équation du capitalisme, son grand
dilemme est maintenant: ou bien on revient à la vieille économie,
et c'est la stagnation, ou bien on choisit résolument la croissance
et les nouveaux besoins cognitifs, et cela implique une libération
vis-à-vis des vieux rapports de production (droits de propriété,
structure du salariat du XIX° et XX° siècle). En ce sens,
la défaite de l' e-economy liquide les espoirs de l'aile réformiste
du capitalisme de passer de façon douce (et démocratique)
au troisième capitalisme. Est en train de s' ouvrir une divergence,
moins stratégique que tactique, entre l'aile conservatrice et l'aile
marchante de l'accumulation.
Aujourd'hui l'incapacité des marchés à s'accorder
(à former une opinion commune) sur une estimation des principaux
outils productifs (entreprises, réseaux, nouvelles technologies,
normes comptables) correspond à une montée du risque global.
Le terrorisme et le 11 septembre ne sont que la pâle représentation,
le corrélat mineur du risque qui devient systémique, non
seulement au niveau financier, mais surtout au niveau directement politique.
La guerre fait partie de la gouvernance économique, car il semble
apparemment plus facile de forger une opinion commune ou majoritaire autour
du terrorisme qu'autour de la valeur d'Enron, de France Telecom, de Vivendi,
d'AOL.com, etc...). Mais en apparence seulement, car sur la guerre banalisée,
il n'y a plus systématiquement accord. En revanche, sur la guerre
intérieure, l'accord est là: interdiction de Batasuna, projection
d'une fantasmagorie antiterroriste sur des mouvements sociaux bien ciblés,
extradition de Paolo Persichetti.
Pour sa dixième livraison, Multitudes change de présentation.
La précédente était due à Aris Papatheodorou
qu'il faut saluer ici pour l'impulsion décisive qu'il sut donner
à la fondation de la revue. Dès le numéro 5, comme
il l'avait annoncé, Aris avait passé la main pour se consacrer
à l'absorbante et indispensable tâche d'animation du collectif.
Dès lors que son concepteur n'était plus impliqué
directement dans la préparation de la revue, la maquette courait
le risque de se figer.
Entre-temps Ludovic Burel et Regular, artistes et graphistes
avaient rejoint le comité de rédaction. Ils ont imaginé
une nouvelle Icône, une nouvelle couverture et une nouvelle mise
en page qui nous ont séduits. Le lecteur, lui, devrait y trouver
une amélioration technique de la revue, une plus grande cohérence
des thèmes abordés par les images, mais aussi et surtout
la recherche évolutive d'une forme matérielle de Multitudes
au diapason de son contenu.
Dans ce numéro, Ludovic Burel et Regular ont voulu explorer
visuellement et conceptuellement, tels les commissaires d'une petite exposition,
une invitation à la recherche sur un thème éminemment
présent dans la société de l'information et de l'informatique:
celui du bug. Le bruit, le parasitage ou mitage des flux de données,
l'incertain, l'indéfini dans l'univers numérique, les mythes
et les histoires réelles que se sont construits autour du bug se
trouvent suggérés sous des points de vue brouillés
à leur tour. Le bug s'invite en couverture, désormais en
rabat de la couverture, en quatrième, et un peu partout dans le
numéro.
EN TETE . La drôle de paix (par Yann Moulier-Boutang)
MAJEURE : Capitalisme cognitif, développement,
normativité.
- Carlo Vercellone : Les politiques de développement à
l'heure du capitalisme cognitif
- Naxos : La nouvelle économie d'Israël
et l'Intifada.
- Nick Dyer-Witheford : Sur la contestation du capital
cognitif. Composition de classe de l'industrie des jeux vidéo
et sur ordinateur
- Giuseppe Cocco : La monnaie d'Alice entre la crise
argentine et la guerre brésilienne
- Thierry Brugvin : Effets de l'application des
normes fondamentales de travail, sur les clauses sociales.
- Franco Barchiesi : L'éclatement de la
nation sud-africaine minée par la mondialisation
INSERT
Ariel Kyrou : Éloge du pillage
MINEURE: Reflux des gauches en Europe: déclin
historique ou nouveaux agencements ?
- Yann Moulier Boutang : Crise du politique, destitution constituante.
- Entretien avec Alain Bertho par Maurizio Lazzarato : L'épuisement
du communisme et de la forme parti
- Bernard Dreano : Trois exigences, deux nécessités.
- Omar Munoz-Cremers : Pim Fortuyn , ou la persistance
du rêve communautariste aux Pays-Bas (présentation de Noortje
Marres et Patrice Riemens)
- Raùl Sanchez : Un printemps de
conjonctions sociales en Espagne.
- Giselle Donnard : Sur quelles subjectivités joue l'extrême
droite ?
- Andrea Fumagalli : Histoire du mouvement antiglobalisation
en Italie
- Antonella Corsani et Maurizio Lazzarato : Le
revenu garanti comme processus constituant
HORS CHAMPS
Entretien d' Ilan Pappé avec Amaya el-Bacha:
L'Université israélienne contre la liberté de penser.
LIENS
- Alain Jugnon : Le temps, les films, la vie.
- Saverio Ansaldi : Avec Dante. Les Noms de la multitude (sur le livre
de Giorgio Passerone)
Naxos: La nouvelle économie d'Israël et l'Intifada
- Dans les dernières années, le capitalisme israélien
a accompli des changements fondamentaux. Une composition de classe entièrement
nouvelle résulte de l' émigration soviétique des années
90. Les marchés pour les produits israéliens traditionnels
se sont trouvés réduits. Internet a créé les
conditions pour l' exportation de produits de haute valeur ajoutée
mobilisant du travail immatériel qui est venue remplacer les précédents
produits à basse valeur ajoutée et à coûts de
transport élevés. La nature de cette économie de la
connaissance ouvre de nouvelles possibilités pour l'insertion dans
l'économie mondiale. Une nouvelle force de travail techniquement
qualifiée se montre ainsi en capacité de créer les
flux d'innovations qui constituent les prérequis à l'existence
de grandes sociétés capitalistes actuelles ou de l'époque
précédente (recherche et sélection de start-up prometteuses).
Entre autres choses, les sociétés israéliennes sont
particulièrement bien placées pour satisfaire la demande
de produits biomédicaux.
- In recent years the Israeli economy has undergone fundamental
changes. An entirely new class composition was created by the ex-Soviet
migrations of the 1990s. Markets for traditional Israeli produce became
more restricted. The Internet created the conditions for transnational
exports of high-value immaterial labour (knowledge) products to replace
previous low-value products with high transit costs. And the nature of
the new knowledge economies opened new interstitial possibilities for insertion.
A new and technically skilled workforce proves capable of creating the
flows of innovation that are the precondition for the survival of the large
capitalist firms of this and the preceding era (head-hunting of promising
new start-ups). Among other things, Israeli companies are particularly
well-suited to meet the new demand for biomedical products.
--------------
Franco Barchiesi: L'éclatement de la nation sud-africaine
minée par la Mondialisation
- Cet article discute de la transformation de l'économie
et de la société sud-africaine en relation avec l'insertion
du pays dans l'Empire. La spécificité sud-africaine est largement
due au rôle central joué par le prolétariat d'usine
dans l'effondrement de l'apartheid. Le néolibéralisme et
l'entrée dans l'Empire doivent être compris dans ce cas comme
des réponses de l'état à une composition de classe
qui s'est organisée sur le lieu de travail pour résister
à l'imposition de la discipline salariale. La reformulation du discours
nationaliste par l'ANC pour se plier aux exigences de la mondialisation
capitaliste et l'adoption d'un agenda néolibéral ont entraîné
l'abdication de la souveraineté de l'état comme véhicule
du contrôle par la citoyenneté sociale. De nouveaux mouvements
composés pour l'essentiel des exclus du travail salarié ont
émergé pour contester les choix de l'ANC. Ces mouvements
n'ont pas de programme souverainiste et ne veulent pas déléguer
la résistance à l'état. Dans leur écart aux
mythologies nationaliste et salariale, ils rendent claire la nature biopolitique
des courants de contestation actuels et combinent les luttes à la
base avec les capacités cognitives de réappropriation.
- This article discusses changes in post-apartheid South Africa's
economy and society in relation to the country's re-insertion in the Empire.
South Africa's specificity in the African context is largely related to
the crucial role played in this case by the factory proletariat in defining
the collapse of apartheid. Therefore, neoliberalism and the entry in the
Empire in this case have to be understood in terms of state responses to
a class composition that starting from workplace organisation has expressed
a resistance to the imposition of wage labour discipline. While the government
of the African National Congress has successfully recodified its nationalist
discourse to suit the requirements of capitalist globalisation and liberalization,
this process has also been very contradictory. The adoption of a neoliberal
agenda has, in particular, emphasized the ANC's abdication from state sovereignty
as a vehicle of strategies of control based on social citizenship. New
movements, largely made of multitudes left out of waged employment, have
therefore emerged to challenge the ANC's pro-Empire choice. However, these
movements are not based on a " souverainniste " agenda, or on delegation
to the state of resistance to the Empire. Rather, in their conscious departure
from nationalist and wage-based mythologies, they clarify the biopolitical
nature of current processes of contestation and are able to combine grassroots
struggles with cognitive abilities of reappropriation.
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Nick Dyer-Whitheford:Composition de classe de l'industrie
des jeux vidéo et sur Ordinateur
- Si le capital cognitif constitue un régime mettant sur
le marché des processus digitalisés fonctionnant en réseaux,
les jeux vidéo et sur ordinateur sont parmi ses composantes les
plus importantes. L'article traite de la constitution transnationale d'une
industrie des jeux dans laquelle le logiciel joue un rôle central.
La composition de classe formée de " travailleurs de la connaissance
", de " prosumers ", et du " nouveau prolétariat du Hard " est mise
en évidence ainsi que les pratiques de lutte et de résistance
du secteur. Il conclut sur les virtualités subversives et transformatrices
des jeux.
- If cognitive capital is a regime commodifying digitalized and
networked processes, video and computer games are among its most important
components. The article examines the transnational constitution of the
game industry in which software plays a central role. The composition of
the class formed by information workers, prosumers and the new proletariat
of the hard-drive is explored, as well as the practices of struggle and
resistance proper to this sector. The article concludes with the subversive
and transformative virtualities of games.
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Thierry Brugvin: Effet sur les clauses sociales de l'application
des normes fondamentales de travail
- On considère généralement que les droits
fondamentaux des travailleurs sont bien respectés dans les pays
industrialisés tandis qu'ils sont très souvent bafoués
dans les pays du Sud. Dans la mesure où la réalité
est autrement plus complexe, cette analyse, si elle ne résistait
pas à la réalité, risque d'avoir des conséquences
parfois inattendues lorsqu'il s'agira de lier l'application des normes
sociales aux sanctions commerciales à travers des clauses sociales
ou des codes de conduite. Nous procéderons à une comparaison
de l'application des sept normes fondamentales du travail, afin d'évaluer
les conséquences qui pourraient en résulter sur l'application
des clauses ou des codes de conduite.
- It is commonly assumed that whilst fundamental worker's rights
are well respected in the industrialised countries, they are scorned in
the developing world. In so far as the reality is really far more complex,
this analysis, if it cannot stand up to reality, lays itself open to sometimes
unintended consequences when it ties the application of social norms to
commercial sanctions through social clauses or codes of practise. We move
on to a comparison of the application of seven fundamental working standards
in order to evaluate the consequences, which could result from the application
of clauses or codes of conduct.
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Giuseppe Cocco: La monnaie d'alice entre la crise Argentine
et la guerre Brésilienne
- Dans cet article, on discute de la crise de l'État et
de la souveraineté qui traverse le sous-continent américain.
L'instabilité de l'Argentine est comparée à l'apparente
et précaire stabilité du Brésil. Au four et à
mesure que la crise monétaire broye l'économie et la société
argentines, le Brésil est secoué par une guerre civile non
déclarée. La confiance qui manque à la monnaie en
Argentine prend la forme d'un manque de société au Brésil,
résultat d'une inégalité qui traverse les différentes
phases de développement du pays. On analyse donc la spécificité
de la forme de l'Etat développementiste qui se développe
par un syncrétisme entre la tradition coloniale et le modernisme
corporatiste et, dans cette perspective, les ambiguïtés théoriques
et politiques de la gauche vis-à-vis d'un système de privilèges
qui permet la perpétuation d'un système social inique.
- This article examines the crisis of sovereignty currently sweeping
South America. Argentina's instability is compared to Brazil's apparent
and precarious stability. As the monetary crisis grinds the Argentine economy
and society, Brazil is shaken by an undeclared civil war. The confidence
lacking in the Argentine currency takes the form of an absence of society
in Brazil, resulting in an inequality, which traverses the different phases
of the country's development. We analyse here the specificity of the form
of the developmentalist state, which develops itself out of a syncretism
of the colonial tradition and corporatist modernism; and finally. the theoretical
and political ambiguities of the left, vis-à-vis a system of privilege
which permits the perpetuation of an iniquitous social system.
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INSERT
Ariel Kyrou: Éloge du pillage: du sampling comme un
jeu ou un acte artistique
- Oubliez la technique. Et posez-vous la question du geste de " sampler
". Pendant longtemps, à la façon d'un Mozart et de son "
Don Giovanni ", toute citation supposait le jeu d'un instrument ou d'un
orchestre. Puis sont arrivées les premières techniques d'enregistrement
et la capacité d'utiliser magnétophones à bande ou
platines analogiques. Mais sur le fond, le geste est le même: s'
inspirer ouvertement d'une ouvre pour sa création. En soi, l'acte
de piller n'est pas condamnable. Mieux, le détournement de la pub
et d'artistes qui inondent nos oreilles comme Michael Jackson ne sont-ils
pas d'indispensables actes de résistance et d'humour ? Auteur du
livre Techno Rebelle, Un Siècle de musiques électroniques
(Denoël, X-Trême), dont est tiré cet " éloge du
pillage ", Ariel Kyrou préfère le recyclage décapant
aux récitations du marché, l'emprunt qu'on dépasse
par la rage et le talent à l'application des recettes du succès
sans peine.
- Forget the technology, and ask instead about the sampler's
gesture. For a long time, like Mozart's " Don Giovanni ", all citation
supposed an instrument, an orchestra. Then, with the first recording technology,
came the possibility of using tape recorders or analog turntables. But
ultimately, the gesture is the same: overtly drawing upon a work for its
creation. In itself, the act of pillaging is not condemnable. Better, the
détournement of advertising and of those artists like Michael Jackson
who flood our ears are indispensable acts of resistance and humour. Ariel
Kyrou - the author of Techno Rebelle, Un Siècle de musiques électroniques
(Denoël, X-Trême), from which this " elegy to pillage " comes
- prefers a scathing recycling to the recitals of the market, prefers the
" loan " that one goes way beyond by rage and talent to the application
of painless recipes for success.
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MINEURE: REFLUX DES GAUCHES EN EUROPE: DECLIN HISTORIQUE
OU NOUVEAUX AGENCEMENTS ?
Bernard Dréano: Trois exigences, deux nécessités
- Les résultats des élections françaises
doivent être l'occasion pour les " progressistes " de poser quelques
problèmes essentiels. Il ne suffit pas en effet de dire que la montée
des populismes et la victoire des conservateurs sont l' effet des ravages
de la mondialisation et de l'incapacité de la gauche traditionnelle
à y faire face. Il faut se poser la question de la période
historique actuelle, en quoi elle prolonge et en quoi elle se distingue
des épisodes précédents, de l'évolution des
formes d'oppression et donc de lutte de libération et des modes
d'organisation du mouvement social et de son expression politique. Ce questionnement
ne peut se faire qu'à la lumière des expériences en
cours du nouveau mouvement citoyen qui se développe dans le monde.
- The results of the French elections force the " progressive
" forces to confront certain key questions. It will not suffice to say
that the rise of populism and victory of the conservatives are the effects
of the ravages of globalisation and the incapacity of the traditional left
to face them. We must ask ourselves what the current historical period
shares with, and what distinguishes it from, earlier periods; we must ask
questions about the evolution of forms of oppression, and equally about
the struggle for liberation, and the modes of organisation and political
expression of the social movements. This questioning can only take place
in the light of the current experiences of the new popular movement developing
across the globe.
Alain Bertho: L'épuisement de la forme parti
- Le 21 Avril marque la fin d'un cycle politique ou la gauche
s' identifiait au mouvement ouvrier. Il y a épuisement du communisme
et de la forme parti qui devient un rouage de l'état. Le fossé
s'est accru entre les nouveaux mouvements sociaux et les secteurs traditionnels
de la classe ouvrière. Le parti ne peut plus ramener à lui
une multiplicité de politisations. La crise de la représentation
vient de ce que l'on ignore les nouvelles manières de construire
le commun. Il faut reprendre la constitution politique du peuple qui corresponde
aux nouvelles subjectivités. La refondation du communisme exige
à la fois la définition d'un projet spécifique et
politique d'union.
- April 21 marked the end of a political cycle in which the Left
was identified with the workers' movement. Communism and the party-form
which became integrated into the state are now exhausted. The divide between
the new social movements and the traditional sectors of the working class
has widened. A party can no longer gather into itself the multiplicity
of forms of politicization. This crisis of representation is a result of
an ignorance of the new ways of constructing the common. It is necessary
to pose the question of a political constitution of the people that would
correspond to the new forms of subjectivity. The refoundation of communism
necessitates both the definition of a specific project and a politics of
unity.
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Omar Munoz-Cremers: Pim Fortuyn, ou la persistance du rêve
communautariste aux Pays-Bas
- Précédé d'une introduction de Noortje
Marres et de Patrice Riemens qui mettent l'accent sur la reconstitution,
lors des élections, d'un communautarisme national
; l'article analyse les évènements que constituent l'assassinat
de Pim Fortyn et la montée d'un populisme d'extrême droite
aux Pays-Bas. Il s'appuie sur une analyse des médias et de la relative
cécité des néerlandais à l'égard de
la question technologique. Pour l'auteur, Pim Fortyn est essentiellement
un phénomène médiatique qui s'est nourri de sa complicité
avec les journalistes télé. Le leader populiste a mis en
évidence la crise de la démocratie aux Pays-Bas et l'inadaptation
des politiciens traditionnels, mais avec un projet qui fait régresser
la politique et qui dualise la société
- Preceded by an introduction by Noortje Marres and Patrice Riemens
that stresses the reconstitution of a national communitarianism around
the elections, the article analyses the assassination of Pim Fortyn and
the rise of a populism of the extreme-right. It is based upon an analysis
of the media and of the relative backwardness of Dutch society with regard
to the question of technology. According to the author, Pim Fortyn is essentially
a media phenomenon made possible through the complicity of TV journalists.
The populist demonstrated the crisis of democracy and how out of touch
traditional politicians are in the Netherlands, but with a project that
brought about political regression and social division.
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Raul Sanchez: Espagne. Un printemps de conjonctions sociales
- L'importance de la grève générale du 20
juin dernier en Espagne réside moins dans sa signification propre
que dans les effets de redondance, de condensation et de prolifération
d'une multiplicité de conflits et de subjectivités qu'elle
a contribué à renforcer et dont la composition n'entre vraiment
pas dans le cadre travailliste et corporatiste des grands syndicats. Par
contre, cette coïncidence d'acteurs hétérogènes
qui a vu se réunir, pendant des semaines, des batailles et des initiatives
diverses, a peut-être marqué le début d'un changement
de couleur, d'une modification réelle des opportunités de
lutte constituante des multitudes en Espagne et en Europe.
- The true significance of the general strike in Spain last June
20th lies more in the effects of redundancy, condensation and proliferation
of a multiplicity of struggles and subjectivities which it strengthened,
and whose composition is not really part of the workerist and corporatist
framework of the main trade unions, and less in the meaning of the strike
itself. On the contrary, the coincidence of heterogeneous actors and struggles
seen to emerge during those weeks of diverse battles and initiatives allows
us to glimpse perhaps the beginning of a real change in the fortunes and
opportunities for the constituent struggle of the multitudes in Spain and
throughout Europe.
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Andrea Fumagalli: Histoire des mouvements anti-globalisation
en Italie
- À Seattle comme à Gênes et à Porto
Alegre, la composante italienne du mouvement No-Global est importante.
Andrea Fumagalli reconstruit la genèse du mouvement des mouvements
en Italie en analysant trois éléments fondamentaux: les centres
Sociaux Occupés Autogérés, les revues critiques nées
dans les années 1990, le développement de la musique underground.
Après Gênes et New York, et face à l' offensive du
gouvernement Berlusconi, le mouvement en Italie semble être traversé
par une crise profonde, mais la manifestation du 20 juillet 2002, précise
clairement la nature de la crise comme un hiatus entre multitudes et représentation-organisation
des mouvements antagonistes.
- At Seattle, as at both Genoa and Porto Allegre, the Italian
component of the Anti-globalisation movement was significant. Andrea Fumagalli
reconstructs the genesis of the movement in Italy through an analysis of
three of its fundamental elements: the network of Social Centres; the critical
reviews born in the 1990s; the development of underground music. After
Genoa and New York, and faced by the Berlusconi government's offensive,
the Italian movement seemed to be riven by a profound crisis, but the demonstration
of 20 July 2002, clarified the nature of the crisis as a gap between the
multitudes and the representation-organisation of the antagonistic movements.
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Maurizio Lazzarato et Antonella Corsani: Le revenu garanti
comme processus Constituant
- Dix ans de politiques de l'emploi ont bien mis en évidence
deux déconnexions fondamentales: un emploi n'est plus une garantie
d'un revenu satisfaisant, la croissance n'est plus la garante de la création
d'emplois. En proposant un déplacement (nécessaire) de l'angle
d'approche des dynamiques de la globalisation libérale, de la relation
capital / travail à l'antagonisme capital / vie, l'article soutient
la revendication d'un revenu garanti: le revenu garanti comme processus
constituant, c'est-à-dire, pour ouvrir une phase constituante au
niveau des institutions économiques et sociales.
- Ten years of employment policies have demonstrated two fundamental
discrepancies: a job is not a guarantee of a satisfactory income and growth
does not guarantee the creation of jobs. In proposing a necessary displacement
of the angle of approach to the dynamics of liberal globalization, and
of the relation of capital/labor to the antagonism of capital/life, the
article supports the demand for a guaranteed income: guaranteed income
as a constituent process, that is, in order to open a constituent phase
at the level of social and economic institutions.
-------------
HORS CHAMP
Ilan Pappé: L'Université israélienne contre
la liberté de penser
- Appartenant à l'école israélienne des
nouveaux historiens, Ilan Pappé réponds aux questions de
Amaya el Bacha sur les raisons qui ont motivé son incrimination
disciplinaire par les autorités de l'université Haïfa.
Essentiellement parce qu' il a appelé à la réprobation
morale du milieu académique israélien pour son manque d'indépendance
et aussi à cause de son intervention scientifique dans la " Nakba
" et le massacre de Tantura, opération dépuration ethnique
d'un village palestinien au moment de la fondation de l'Etat d'Israël.
Le milieu universitaire israélien se caractérise par son
conformisme et sa pusillanimité. Le travail de mise à jour
effectué par les nouveaux historiens est de moins en moins toléré
par les autorités israéliennes. ------
- Ilan Pappe, one of the New Historians in Israel, answers Amaya el Bacha's questions concerning the disciplinary proceedings initiated against him by the administration of the University of Haifa. Pappe argues that the measures taken against him were the result of his critique of Israeli academia for its lack of independence, as well as of his scholarly work on the " Nakba " and, in particular, the ethnic cleansing of the Palestinian village of Tantura at the founding of the state of Israel. In an academic milieu characterized by conformism and cowardice, the work of the New Historians is less and less tolerated by the Israeli authorities.
N° 9 : Mai /Juin 2002
Philosophie politique des Multitudes/Wittgenstein
En-tête :Yann- Moulier Boutang : D'un séisme l'autre.Quel pouvoir constituant des multitudes ?
Majeure : Philosophie politique des multitudes
- Yoschihiko Ichida , Maurizio Lazzarato, Francois Matheron, Yann Moulier-Boutang : La politique des Multitudes.
-Peter Pal Pelbart : Pouvoir sur la vie, puissance de la vie
En partant du texte de Kafka sur l´Empire chinois et les nomades,
nous dressons un tableau de la logique "schizo" de la multitude face aux
nouvelles formes du contrôle. L'expropriation économique des
réseaux de vie et de sens montre que les formes de vie impliquées
ne constituent jamais une masse inerte et passive à la merci du
capital, mais un ensemble vivant de stratégies. Dans les cas d´exclusion
violente, de survie et de résistance extrême, quand la vie
est le seul capital qui reste, elle constitue néanmoins un vecteur
d'existencialisation et d'autovalorisation commune. Aux pouvoirs "sur"
la vie, répond la puissance "de" la vie, redéfinie à
partir d´un hybride tout à la fois : sémiotique et
machinique, moléculaire et collectif, affectif et économique.
Il faut donc repenser le thème de la résistance en partant
de la bio-puissance de la multitude et de sa force d'invention.
-Toni Negri : Pour une définition ontologique de la multitude
Contre tous les avatars de la transcendance du pouvoir souverain (et
notamment celui du « peuple souverain »), le concept de multitude
est celui d'une immanence : celui d'un monstre révolutionnaire de
singularités non représentables ; il part de l'idée
que tout corps est déjà une multitude, et donc expression
et coopération. C'est également un concept de classe, sujet
de production et objet d'exploitation, celle ci étant définie
comme exploitation de la coopération des singularités ; un
dispositif matérialiste de la multitude ne pourra que partir d'une
prise en compte prioritaire du corps et de la lutte contre son exploitation.
C'est enfin le concept d'une puissance : la chair de la multitude veut
se transformer en corps du General Intellect ; le discours doit donc porter
sur la métamorphose des corps : la cause des métamorphoses
qui investissent la multitude comme ensemble, et les singularités
comme multitude, ce n'est pas autre chose que les luttes, les mouvements
et les désirs de
transformation. La puissance ontologique de la multitude peut aujourd'hui
éliminer la relation de souveraineté
-Yoshihiko Ichida : Sur quelques vides ontologiques .
L'ontologie de Toni Negri, comme philosophie politique de la multitude,
suppose un rapport très particulier entre philosophie et politique,
déterminé par la non-différence des deux, tout en
refusant de les faire dériver l'une de l'autre, ou de les médiatiser
et de les faire fusionner par une tierce nécessité. Elles
ne s'unissent là que par l'univocité de la liberté
qui enregistre l'indécidabilité politico-philosophique. D'où
la difficulté d'en tirer un programme politique, d ' « organiser
» la multitude comme sujet politique. Mais la notion de vide, concomitante
à cette univocité et définie comme la possibilité
même de tout changement qualitatif, établit la particularité
philosophico-politique de l'ontologie négrienne par rapport 1.au
fondement
déconstructionniste du politique et de la démocratie,
et 2.à l'ontologie d'Alain Badiou.
- Question de Bruno Karsenti à Étienne Balibar Une philosophie
politique de la différence anthropologique.
Répondant à une question de B. Karsenti sur la relation
entre ontologie et politique, E. Balibar réaffirme le caractère
irréductible de la politique jusque dans les objets les plus philosophiques.
Entre les deux pôles ontologique et transcendantal du politique,
il convient d'articuler le politique et l'anthropologique. Les rapports
sociaux qui fonctionnent en posant des différences au sein de l'espèce
sont constitutifs de la question de la violence qui est au cour de l'irréductibilité
du politique.
- François Matheron : Winstanley et les Diggers. Des Multitudes
constituantes au XVIIème siècle .
L'appropriation par les Diggers, ou encore " Vrais Niveleurs ", des
communaux de la colline St George, près de Londres, peut être
considérée, au cour de la révolution anglaise, comme
la proclamation d'un pouvoir constituant en acte. Théoricien de
cette aventure, Gerrard Winstantley nous a laissé une ouvre singulière
dans la constellation des " communismes bibliques ". Animée de vives
tensions internes, travaillée par un archaïsme indissociable
de sa modernité, elle est à la fois un aboutissement, une
impasse absolue et, peut-être, un point de départ : elle peut
aussi bien déboucher sur Spinoza que sur le "
communisme réel ".
- Question d'Eric Alliez à Jacques Rancière : Peuple ou
multitudes ?
Répondant à une question d'Eric Alliez sur l'usage qu'il
fait du concept de peuple et sur l'intérêt qu'il y aurait
à lui substituer le concept de multitude, Jacques Rancière
rappelle que le concept de peuple est effectivement constitutif du politique
car il est le nom générique de l'ensemble des processus de
subjectivation qui mettent en litige les représentations de l'égalité
La politique est toujours un peuple contre un autre. La pensée des
multitudes par la phobie qu'elle manifeste à l'égard d'une
politique qui se définirait négativement, rejette le négatif.
Le concept de multitudes oppose à celui de peuple la requête
que la politique ne soit plus une sphère séparée.
Les sujets politiques devraient exprimer le multiple qui serait la Loi
de l'être. De fait le concept de multitudes s'inscrit dans l'élargissement
de celui de forces productives. Mais la pensée des multitudes n'échappe
pas aux alternatives que rencontre en général la pensée
des sujets politiques.
- Miguel Vatter : La politique comme guerre : Formule pour une démocratie
radicale?
Depuis le commencement, le libéralisme s'est pensé lui-même
comme étant en guerre avec « la guerre ». La guerre
étant considérée comme la pire menace pour la société
civile dont le but essentiel est l'autonomie des individus. Le
libéralisme identifie deux sources principales de la «
guerre » : d'une part l'orthodoxie, d'autre part la démocratie.
Dans la modernité actuelle, il n'est pas inhabituel, de trouver
des alliances répétées entre les deux, indiquant peut
être que la « guerre » contre laquelle le libéralisme
combat n'est pas tant anti-politique, mais plutôt exprime une compréhension
de la politique comme guerre. La formule de « la politique comme
guerre » est centrale dans la pensée de deux importants critiques
du libéralisme qui ne sont pas habituellement considérés
ensemble : Michel Foucault et Carl Schmitt. Dans cet article, je les utiliserai
pour souligner deux apories concernant la présupposition de la règle
de droit et de l'individualisme que la
compréhension libérale de la politique rencontre constamment,
et qui requiert de repenser ces deux termes
- Laurent Bove : Vauvenargues ou le séditieux .Connaître
par sentiment et force productive du singulier.
C'est du point de vue de la force productive des « singularités
» et de l'affirmation de la multiplicité des vertus et des
talents, que le jeune penseur se révolte contre une raison qui discute,
justifie et n'invente point. En posant la misère comme une des données
premières de l'expérience philosophique du monde, V. fait
de la connaissance par sentiment la force qui arrache la pensée
moderne au temps de la méditation sur la mort, pour réinscrire
la parole philosophique dans la dynamique puissante de la « génération
perpétuelle » de l'être-temps du « désir
sans objet ». Et cet effort, riche de toute l'expérience coopérative
du monde, est politique. C'est celui d'une âme « capable de
se multiplier » qui, stratégiquement, décide de l'avenir.
Dans ce
devenir-plusieurs du prince « populaire et accessible »,
c'est alors l'idée d'une refonte radicale de la conception même
de l'État, corrélative de la refonte philosophique du rapport
de la raison et des passions, qui est clairement posée.
- Questions de Yoshihiko Ichida à François Zourabichvili
Les deux pensées de Deleuze et de Negri : Une richesse et une chance.
Répondant à deux questions de Y. Ichida relatives à
la conception de la politique chez Deleuze et sur sa relation avec le concept
de multitudes, François Zourabichvili est amené à
préciser la conception in-volontariste qu'avait de la politique
Gilles Deleuze, et ce qui la distingue de la pensée de Toni Negri.
Le concept de multitudes n'est pas deleuzien.. L' « institution »
chez Deleuze ne rencontrant pas le « constituant » chez
Negri. Là où Negri propose une théorie globale Deleuze
procède par escarmouches locales, allant d'un front local à
un autre, d'une position d'instabilité à une autre. L'opposition
de l' « in volontarisme » deleuzien au « volontarisme
» négrien indique un différend sur le schème
d'actualisation.
- Noortje Marres : Pourquoi prendre des chemins de traverse ? De quelques
déplacements politiques sur le Web.
Étant donné la multiplicité des agencements politiques
issus du social, rencontrés sur le Web, ce média apparaît
ramener à son origine le point de transformation de la politique,
au-delà d'arrangements possibles entre représentants et parties
prenantes. Ainsi, la signification sociale et politique du Web résiderait
dans son action de sape des procédures conventionnelles de
démocratisation. Cependant, ayant établi la trace des
mouvements protestataires par-delà le Web, nous remarquons que les
trajectoires de la politisation sur le Web ont un caractère tout
à fait spécifique.Tout en résistant à une interprétation
de la particularité des lignes protestataires comme le signe du
retour d'une politique transformée vers le centre :étant
donné la
transformation de la politique, nous demandons pourquoi faire ce détour
par des sites et des problèmes spécifiques ?
- Question de Maurizio Lazzarato à Paolo Virno : Multitude et
classe ouvrière
Répondant à une question de M. Lazaratto sur le rapport
entre le concept de multitude et celui de classe ouvrière P. Virno
relève des analogies et des différences entre le concept
de multitude étudié par les philosophes du 17éme siècle,
et qui suppose un droit de résistance et les multitudes contemporaines
qui font émerger des formes de démocratie non-représentatives
mettant en cause les mécanismes de la souveraineté. Les multitudes
contemporaines ne marquent
pas la fin de la classe ouvrière : la notion de multitude s'oppose
à celle de peuple, pas à celle de classe ouvrière.
Être multitudes n'exclut pas de produire de la plus-value. On peut
d'ailleurs retrouver chez Marx des formes de classe
ouvrière qui sont également multitudes sur le plan politique.
- Nicolas Israel : La sécurité et les droits de l'homme.
Les droits de l'homme se sont historiquement constitués en référence
à un droit naturel à la sécurité. Il semble
donc difficile de limiter la puissance souveraine en s'appuyant sur le
droit naturel qui l'institue. Nous sommes alors asservis aux différentes
formes de protections juridiques que l'ordre politique accorde au désir
de sécurité qu'il exploite en nous.
- François Matheron : Un pouvoir constituant ... pour libres
professeurs.
Le livre de Jean Fabien Spitz, John Locke et les fondements de la liberté
moderne, nous montre que, loin de l'image un peu fade associée à
son nom, Locke est un grand innovateur politique, peut-être le premier
adversaire moderne conséquent de l'idée de Souveraineté.
Par-delà tous les pouvoirs constitués, il existerait quelque
chose comme un peuple constituant qui, parce que virtuel, ne saurait être
souverain. Comme tant d'autres cependant, cette affirmation d'un pouvoir
constituant est immédiatement assortie de telles restrictions qu'elle
semble n'être affirmée que pour être rendue inopérante
Icones Gianni Motti : Hacking social
Insert : autour du livre de Jacques Sapir : « Les trous noirs de la science économique ».
- Ghislain Deleplace : « Les trous noirs » : De l'équilibre
général à la "nouvelle économie ".
Selon Ghislain Deleplace Jacques Sapir reproche à la science
économique un manque de cohérence interne dû à
la domination de la théorie de l'équilibre général
qui ne prend pas compte de la réalité économique et
en particulier le comportement des acteurs économiques individuels,
ce qui constitue le programme de recherche de la nouvelle économie.
- André Orléan: Essentialisme monétaire et relativisme
méthodologique.
Pour André Orléan, ce qui caractérise les impasses
de la Science économique pour Jacques Sapir, c'est la volonté
affirmée par le courant orthodoxe de rompre radicalement avec les
sciences sociales pour constituer la science économique autonome,
André Orléan relève également que Jacques Sapir
reproche à son ouvrage « La violence de la monnaie »
une forme d'essentialisme monétaire qui ferait de la monnaie un
rapport social essentiel et contradictoire.
- Jacques Sapir: :Réponse à Deleplace et Orléan.
En réponse à G. Deleplace ; J. Sapir précise qu'il
défend une position méthodologique « holiste-subjectiviste
» pour laquelle les comportements individuels sont influencés
par des contextes collectifs, et qui constitue une alternative à
la Théorie de l'Équilibre Général En réponse
à A. Orléan. .il confirme son opposition à une vision
qui fait de la monnaie l'institution économique ou le rapport social
central. La crise monétaire qui s'exprime par un retour au troc
et la fragmentation de l'espace
monétaire subsistant ne trouve une issue que par l'émergence
ex-post d'une nouvelle forme et non par une totalité préexistante
ex-ante.
Hors champs :
- Sandra Laugier : Wittgenstein : Anthropologie, scepticisme et politique
L'article porte sur la possibilité d'une lecture "wittgensteinienne"
du politique : on utilise souvent Wittgenstein dans un sens conservateur,
notamment à cause de se conception de la communauté, de la
règle et de la "forme de vie". Mais dans une autre lecture (celle
de Cavell), la communauté et son rapport au sujet sont à
envisager de façon radicalement sceptique : une telle approche permet
alors de penser la règle dans des termes nouveaux et d'en éviter
les usages "conformistes", afin de montrer le lien entre communauté
et revendication.
Icônes
Peter Fletcher : Plomb
Liens
- Eric Thébault Notes rapides sur le Réel : La parole
et les silences d'un ami.
- Jean- François Gava: Machiavel, ultra-moderne, solitaire
- Madeleine Hersent : Porto Alegre : La place des femmes
NOUVELLE ÉCONOMIE
POLITIQUE
ACTIONNISME VIENNOIS
Numéro
2 - Mai 2000
224
pages - Format 145x210 - 100 FF.
Couverture
: Günter Brus
L’interrogation
qui se fait jour désormais porte sur le système d’ensemble
de l’économie. Ne sommes-nous pas en train de changer de paradigme
avec la Net-economy ? Quel est aujourd’hui le moteur de la création
de valeur, après deux siècles d’interpénétration
entre l’état et la grande entreprise, entre la société
civile et la petite et moyenne entreprise ? Pour la théorie économique
la plus récente, les vrais lieux de création de valeur sont
le territoire productif, la communication, la société dans
son ensemble, la coopération, les formes d’organisation qui hybrident
marché, entreprise et société.
| Éclats d’économie et bruits de luttes, Par Yann Moulier Boutang |
| NOUVELLE ÉCONOMIE POLITIQUE |
| La révolution dérivée, Par Christian Marazzi |
| Nouvelle économie et nouvelle régulation, Par Michel Aglietta |
| De la sidérurgie à la nouvelle économie, Par Anne Querrien et François Rosso |
| Le capitalisme cognitif : du déjà-vu ?, Par Enzo Rullani |
| Production de connaissance et valeur dans le postfordisme, Entretien avec Enzo Rullani par Pascal Jollivet et Antonella Corsani |
| La multiplicité
dans la dynamique économique, Par Maurizio Lazzarato
|
| Actionnisme viennois - Théâtre des Orgies et des Mystères, Par Hubert Klocker |
| Chroniques de l’école
en lutte, Par Pascale et Mick Miel
|
| SPINOZA |
| La production de sens contre les portails de la "New economy", Par Pierangelo Rosati et Ludovic Prieur |
| ZeligConf 2000, Par Samizdat.net et Sherwood.it |
| mach, Par mach (Autriche) |
Numéro
1 - Mars 2000
224
pages - Format 145x210 - 100 FF.
Couverture
: Gérard Fromanger
Revue
culturelle et politique, Multitudes fera sienne à titre d’exergue
une formule de Michel Foucault, largement présent dans ce numéro
d’ouverture. Le philosophe du biopouvoir caractérisait ainsi son
projet en 1984 : "J’essaie […] en dehors de toute totalisation, à
la fois abstraite et limitative, d’ouvrir des problèmes aussi concrets
et généraux que possible, des problèmes qui prennent
la politique de revers, traversent les sociétés en diagonale
et sont tout à la fois constituantes de notre histoire et constitués
par elle." "Prendre la politique de revers", c’est là précisément
la charge subversive des mouvements de la société, que Multitudes
entend illustrer comme pratique théorique, comme ontologie, comme
matérialisme dans la pensée.
| Politique
des multitudes
Par Eric Alliez, Yann Moulier Boutang
|
| BIOPOLITIQUE ET BIOPOUVOIR |
| Du biopouvoir à la biopolitique, Par Maurizio Lazzarato |
| Sur le droit et la vie, Par Paolo Napoli |
| Vivre chaud et penser froid, Entretien Peter Sloterdijk - Eric Alliez |
| Biopolitique ou politique?, Par Jacques Rancière |
| Biopouvoir et vie publique, Par Bruno Latour |
| Si la vie devient résistance..., Par Isabelle Stengers |
| Comment nous avons bloqué l'OMC, Par Starhawk |
| La spirale du pouvoir et de la résistance, Par Mathieu Potte Bonneville |
| Biopirates ou biocorsaires ?, Richard Stallman |
| Si vous n'aimez pas la peinture, n'en dégoutez pas les autres, Par Gérard Fromanger |
| L'Empire et la traite des esclaves, Par Giuseppe Cocco |
| LE MOUVEMENT DU LOGICIEL LIBRE |
| Otto Mühl, artiste actionniste autrichien, Entretien Otto Mühl - Jacques Donguy |
| Badiou/Deleuze, Par Eric Alliez |
| Un, multiple, multiplicité(s), Par Alain Badiou |
| La couleur et l'histoire, Par Yann Moulier-Boutang |
| Nettime, le temps du Net, Par Aris Papathéodorou |
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Jean-Jacques Delfour j.jacques.delfour@ac-toulouse.fr |