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Mémoire
C.A.F.I.P.E.M.F.

option Ressources éducatives et Technologie


les technologies de l’information et de la communication entraînent-elles des changements dans la dynamique de l’apprentissage ?”

 

 

Pierre Valade, école de Piquecos - Mars 1998


SOMMAIRE

1/ PRÉSENTATION
T.I.C.E. et textes officiels
programmes de l’école primaire
B.O.E.N. n°10 du 7 mars 1996
B.O.E.N. n°18 du 1er mai 1997
Conférence de presse du 17 novembre 1997
Petit historique
Le multimédia
Qu’est ce que l’Internet ?
Historique
Se connecter
Usages de l’Internet (en général)
Echanger, Communiquer
Diffuser de l’information
Rechercher
L’Internet à l’école de Piquecos
L’Internet, aujourd’hui, dans l’Education nationale

2/ PROBLÉMATIQUE
Pour l’institution
Au Québec
En Grèce
Ma problématique à l’école de Piquecos
Les freins à un bon apprentissage
l’isolement
les documents
la relation maître/élèves
l’enseignement en “tranches disciplinaires”
Les questions
l’isolement
les documents
la relation maître/élèves
l’enseignement en “tranches disciplinaires”
Mes hypothèses de travail
l’isolement
les documents
la relation maître/élèves
l’enseignement en “tranches disciplinaires”

3/ DÉMARCHE
Le contexte local
Les projets autour des T.I.C.E.
via l’Internet
via le cédérom
Rompre l’isolement
courrier électronique
livre d’or
visites amicales
visites institutionnelles
venue de journalistes
L’accès aux documents
par courrier électronique
grâce au web
sur cédérom
La relation maître/élève
une nouvelle manière d’être maître
une pédagogie par projets collectifs
expression et gestion des projets
le traitement des disciplines scolaires
une autre façon d’être élève
un rapport familier à la technologie
la diffusion des compétences techniques
l’implication des élèves dans le cédérom sur “l’eau”
L’enseignement par projets
une utilisation technique raisonnée
la diversification des situations d’apprentissage
en utilisation de données multimédia
- vocabulaire
- expression et conjugaison
en utilisation des statistiques du serveur
- en mathématique
- en géographie
en production multimédia
- le cédérom sur l’eau
- le site web
le travail en autonomie

4/ CONCLUSION

GLOSSAIRE

BIBLIOGRAPHIE

ANNEXE cédérom sur “l’eau”, pour Mac et PC


1/ PRÉSENTATION
“Le passage d'une économie nationale postindustrielle à une économie plus globale de l'information et de la connaissance entraîne de profondes mutations dans notre société. Les technologies de l'information et de la communication ne sont pas seulement des accessoires. Elles sont au nombre des outils fondamentaux de la civilisation de demain. Le système éducatif ne peut les ignorer. […] ” Ainsi s’exprime le Président de la Commission informatique de l’Inspection Générale de l’Education nationale dans son rapport officiel 19971 (que l’on peut d’ailleurs découvrir en ligne sur l’Internet à l’adresse : www.ac-amiens.fr/college60/afrance_montataire/).

T.I.C.E. et textes officiels
L'institution [scolaire] affiche une attitude volontariste en matière d'utilisation dans l'école des nouvelles technologies éducatives en général, suscite des expériences et des initiatives et en assure un certain suivi même si elle n'a pas défini d'objectifs globaux à long terme2 .”

Programmes de l’école primaire

L'arrêté du 22 février 1995 portant sur les programmes pour chacun des cycles de l'école primaire cite l'informatique au niveau du cycle d'approfondissement à l'occasion du chapitre "sciences et technologies". Il indique "quelques utilisations de l'informatique à l'école et dans l'environnement quotidien", ainsi que "l'utilisation raisonnée d'un ordinateur et de quelques logiciels (traitement de texte, tableur et logiciels spécifiques à l'école primaire) dans le cadre de l'enseignement des champs disciplinaires "approche des principales fonctions des micro-ordinateurs (mémorisation, traitement de l'information, communication)". Cependant, l'accent n'est pas mis sur l'aspect multimédia du micro-ordinateur ni sur les possibles utilisations dans les apprentissages et son rôle s'inscrit avant tout dans les sciences et les techniques.
Il semble que se dessine une prise de conscience de l'importance des enjeux chez beaucoup de personnels enseignants comme chez les personnels de direction ou d'encadrement. Il s'agit cependant d'évolutions avant tout individuelles. Toutefois des réflexions collectives, à caractère plus général sur le rôle que peuvent jouer les technologies multimédia dans l'éducation, se développent.

B.O.E.N. n°10 du 7 mars 1996
Le ministère s’est résolument engagé dans la démarche des “autoroutes de l’information” dans le prolongement des actions mises en place pour favoriser les usages pédagogiques des technologies nouvelles dans l’enseignement. […] L’utilisation du réseau Internet est un moyen d’enrichir les enseignements disciplinaires, d’initier les élèves aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (N.T.I.C.) en favorisant leur autonomie, et d’ouvrir l’école sur l’extérieur. […]

B.O.E.N. n°18 du 1er mai 1997
Dans ce Bulletin Officiel se trouve une note du Directeur de l’Information Scientifique, des Technologies Nouvelles et des Bibliothèques, intitulée “l’enseignement scolaire et le développement des technologies de l’information et de la communication”. Après une définition de compétences à acquérir pour de “futurs citoyens vigilants et adaptés”, cette note invite à une phase de généralisation du développement des T.I.C. par les usages, la formation et la production de ressources.

Conférence de presse du 17 novembre 1997 de Monsieur le Ministre de l’Education nationale, de la Recherche et de la Technologie et de Madame la Ministre déléguée de l’Enseignement scolaire

Dans ce contexte, a été défini un cadre politique pour les T.I.C.E. (de l’école à l’université), pour les 3 ans à venir. “Ces objectifs [définis antérieurement] peuvent être atteints à condition que les nouvelles technologies de l’information et de la communication soient partie intégrante de toute démarche pédagogique.”

Les dernières déclarations ministérielles mettent en avant l’aspect matériel et technique des nouvelles technologies, même si elles comptent sur la détermination des enseignants et des personnels d’encadrement pour créer du contenu. Il semblerait nécessaire de privilégier, conjointement au souci d’équipement dont témoigne le Ministère, la prise en compte des possibilités liées à ces technologies en amont des projets d’écoles et d’établissements et d’accompagner les personnels appelés à utiliser ces technologies par une formation appropriée leur permettant d’intégrer au mieux ces outils dans leur pratique pédagogique quotidienne. Des recherches observant et analysant les relations entre multimédia et construction des savoirs, par exemple, devraient permettre de mieux définir le champ d’action des T.I.C.E. et leur portée dans le système éducatif.

Petit historique

Entre 1977 et 1987, j’ai enseigné pendant plusieurs années d’une façon qui ne me donnait qu’assez peu satisfaction, proche de ce que Marc BRU appelle un “modèle programmatique3 ” : dans une situation d’enseignement/apprentissage, il présuppose qu’il suffit d’enseigner pour que les élèves apprennent (l’Inspecteur Général Guy Pouzard évoque, lui, les principes de linéarité et de certitude). Assez peu satisfait de ma manière de fonctionner, j’ai alors décidé de prendre du recul. J’avais alors deux centres d’intérêt pédagogique plus marqués : l’éducation physique et sportive (j’ai présenté un C.A.F.I.M.F. dans cette option en 1985) et l’informatique (j’avais pris en charge l’animation particulière de ce domaine au niveau de l’école et des parents d’élèves lors du plan “Informatique Pour Tous”).
C’est naturellement que je me suis tout d’abord dirigé vers l’animation de deux fédérations sportives affinitaires : l’U.S.E.P., union sportive de l’enseignement du premier degré, et l’U.F.O.L.E.P. dont j’ai assumé la responsabilité départementale pendant quatre années. Pendant ces années, j’ai pu mettre en œuvre diverses manifestations et activités pédagogiques, en relation étroite avec les C.P.C. et le C.P.D./E.P.S. Ayant quelques compétences dans le domaine informatique, je me suis trouvé en charge d’informatiser la Fédération des Œuvres Laïques dont je dépendais. Pour ce faire, j’ai collaboré avec une société informatique dans laquelle régnait un climat particulièrement agréable : j’ai eu envie d’y travailler.
J’ai pu ensuite bénéficier, de 1991 à 1994, d’un congé de mobilité, prolongé par deux années de disponibilité, qui m’ont conduit dans cette entreprise. Là, j’ai découvert les réseaux informatiques, aussi bien dans leur fonctionnement technique que dans les possibilités d’échange liées à leur utilisation : j’ai été associé à la conception de réseaux locaux, leur mise en place, leur maintenance chez les clients de l’entreprise, mais aussi à l’utilisation de leurs potentialités, par exemple pour échanger des points de vue techniques ou commerciaux avec des interlocuteurs travaillant aux Etats-Unis chez le contructeur dans le réseau duquel mon entreprise se trouvait. C’est encore de cette manière que j’ai découvert, par l’Internet, le “Rescol” québecois (REseau SCOLaire) à un moment où seules quelques écoles françaises utilisaient le réseau au travers de la messagerie électronique seulement (l’école de Bioule par exemple). Et ce sont en partie ces possibilités de communication et de richesse d’informations qui ont motivé ma décision de reprendre une classe, alliés au fait que le sentiment de lassitude connu quelques années auparavant avait laissé place à une nouvelle volonté de modifier mes pratiques pédagogiques.

Le multimédia

De fait, après une année scolaire de reprise de contact avec le système scolaire (réadaptation aux enfants, aux relations avec la municipalité, les parents, l’administration de tutelle, les collègues du même bassin d’écoles ; découverte des “Programmes de l’école primaire” et de la nouvelle organisation en cycles), j’ai proposé à la municipalité le remplacement du matériel informatique existant qui ne fonctionnait plus (un TO7 et un Exel) par un micro-ordinateur multimédia4 équipé d’un lecteur de cédérom et son branchement à l’Internet. Le choix, dès le début, s’est porté sur un ordinateur facile d’utilisation, capable non seulement de lire mais d’acquérir et de numériser des textes, des sons et des images y compris des vidéos. Si le concept général du multimédia est aujourd’hui bien connu au travers du succès emporté par le support cédérom, celui de l’Internet nécessite quelques explications.

Qu’est ce que l’Internet ?
Historique de l’Internet
Internet est le fruit d’une part d’une expérimentation du Département de la Défense américain pour répartir, sur plusieurs ordinateurs communiquant entre eux, des informations sensibles par crainte d’une attaque nucléaire de l’Union Soviétique, d’autre part de la volonté de scientifiques de plusieurs universités américaines de communiquer aisément entre eux.
Ainsi le premier réseau “civil” d’ordinateurs, dénommé ARPANET, est né dans la nuit du 21 novembre 1969, reliant entre elles les universités d’UCLA et Stanford.
En 1972, une cinquantaine d’universités et de centres de recherches militaires étaient reliés.
L’intérêt de ce système de communication réside surtout , pour la partie matérielle, dans le fait que des messages peuvent être transmis, même en cas de panne ou de surcharge d’un ou plusieurs ordinateurs du réseau ; pour la partie logique, c’est grâce à un langage commun à tous les ordinateurs, TCP/IP, devenu la norme en 1983, que l’ensemble des ordinateurs (individuels ou en réseau, mini ou micro-ordinateurs, sous Unix, Linux, OS/2, MacOS ou Windows…) peuvent indifféremment communiquer entre eux.
Les communications sur l’Internet empruntent indistinctement tout support de communication : fil de cuivre, fibre optique, liaisons hertziennes ou satellitaires… Aussi, pour parvenir à destination, un message n’est pas tenu d’emprunter un chemin prédéfini : grâce à un réseau de boitiers électroniques dénommés “routeurs”, les paquets composant un message sont dirigés vers le chemin le plus rapide. En fonction des volumes de messages transitant sur le réseau, la voie empruntée par un paquet, définie au départ comme la plus rapide (ou la plus sûre), n’est peut-être plus la même que celle que va emprunter le paquet suivant si la voie précédente devient saturée, ou s’il y a une panne, ou pour toute autre cause… et il en va de même pour tous les paquets du message. En fin de course, le message, totalement reconstitué, parvient à son destinataire.
Cependant ARPANET seul ne s’est pas développé démesurément jusqu’à atteindre les dizaines de millions d’ordinateurs reliés aujourd’hui par l’Internet : C’est un ensemble de réseaux de ce type, comme ceux de la National Science Foundation, de l’Institut National de la Recherche en Informatique Appliquée…, mais aussi d’ordinateurs individuels qui, progressivement, se sont reliés ensemble pour constituer ce qui est aujourd’hui l’Internet. La France devrait ainsi compter près de 500 000 abonnés à l’Internet en 1998.

Que faut-il pour se connecter à l’Internet ?
Au niveau matériel, il faut un ordinateur multimédia, le plus souvent PC ou Macintosh, et un modem rapide (28800 à 56000 bauds/seconde) pour une liaison sur les lignes téléphoniques courantes (“R.T.C.”), ou alors un boitier ou une carte numérique pour une liaison via une ligne téléphonique Numéris.
Les logiciels de base sont pour la plupart gratuits. Il faut un “navigateur” si l’on souhaite utiliser le web (la Toile, pour les Québecois) et les forums : généralement Netscape Navigator ou Internet Explorer. Pour la messagerie électronique, il est simple d’utiliser Eudora. En ce qui concerne les autres services utilisables sur l’Internet (IRC, FTP, Gopher, Visio-conférence…), les logiciels correspondants sont souvent fournis sur support cédérom en accompagnement des revues informatiques.
Il reste enfin à souscrire un contrat avec un fournisseur d’accès Internet, généralement pour un coût variant de 60 F à 100 F mensuels, auquel il conviendra d’ajouter le montant des communications téléphoniques, coût lié à la durée des temps de connexion.

Usages de l’Internet, en général
Echanger, Communiquer
le courrier électronique
Chaque abonné à l’Internet possède une adresse électronique communicable aux autres usagers. Le cheminement du courrier électronique ressemble à celui d’une lettre envoyée par la Poste. Les serveurs des fournisseurs d’accès jouent le rôle des bureaux de poste de l’expéditeur et du destinataire. Grâce à ce dispositif, on peut recevoir des messages en provenance du monde entier, à la différence du Minitel qui ne permet qu’une correspondance hexagonale. Ces messages peuvent être accompagnés de divers fichiers informatiques : textes, sons, images fixes et animées. La transmission de ces messages est instantanée et son coût indépendant de la distance. Le courrier électronique, appelé “mél” en France (pour Messagerie ELectronique), permet la correspondance scolaire au niveau mondial. Cet outil facilite encore les échanges de documents entre enseignants, qu’il s’agisse de faire connaître ou d’échanger sur des textes officiels, des expériences en cours, des innovations, des appels à participation à projet(s).
•IRC (Internet Relay Chat, ou “bavardage sur l’Internet”…)
L’IRC est un outil texte destiné à communiquer en temps réel avec un ou plusieurs interlocuteurs simultanés, grâce à des messages saisis au clavier. Cet outil a tendance à laisser place aujourd’hui à la téléphonie ou la visio-conférence via l’Internet : le son et l’image (vidéo, photo, dessin, schéma) peuvent accompagner ou remplacer le texte. L’intérêt économique est saisissant, puisque le coût d’une telle communication est identique à celui d’une communication téléphonique locale !
•Les listes de diffusion
Elles sont associées au courrier électronique. Prenons l’exemple de la liste du réseau scolaire français, créée par le Ministère de l’Education nationale : elle est symbolisée par une adresse électronique particulière “moderateur.rescol-fr@ext.jussieu.fr” à laquelle tout le monde peut écrire. Le responsable de la liste (ou “modérateur”) décide de la recevabilité ou non du message reçu. Parallèlement, chacun peut s’abonner à cette liste en indiquant son adresse électronique. Ainsi, dès qu’un message est déclaré recevable par le modérateur de la liste, il est communiqué simultanément à l’ensemble des abonnés.
•Les forums
Ce sont des lieux d’échange ouverts à tous sur des sujets bien particuliers. Le serveur mémorise les contributions que chacun peut apporter. Il les met à disposition de quiconque vient les chercher.

Diffuser de l’information
La situation la plus courante aujourd’hui sur l’Internet consiste en la diffusion d’information. La première manière de diffuser l’information s’appuie sur le courrier électronique et les listes de diffusion décrites précédemment. La difficulté dans ce cas réside dans le fait qu’il n’est possible de connaître que les adresses électroniques qui ont été communiquées par leur propriétaire.
Pour diffuser plus largement, les créateurs d’information préfèrent aujourd’hui mettre à disposition publiquement sinon l’intégralité de celles-ci, du moins un catalogue. Plusieurs services de l’Internet proposent un tel service :
•Le transfert de fichiers (FTP)
C’est le plus ancien des services. Les serveurs FTP stockent les fichiers numériques (textes, images, sons) dans leur forme d’origine. Le client vient en prélever une copie qui va s’enregistrer sur le disque dur de son ordinateur.
•Gopher
Pour pallier les inconvénients du FTP (difficulté de localiser tel ou tel fichier), Gopher affiche un menu arborescent offrant une vision explicite des informations disponibles sur le serveur.
•Le Web (World Wide Web, W3, la Toile)
C’est le service le plus connu de l’Internet, parce que le plus accessible au grand public. Il introduit la notion d’hyperdocument en réseau. L’accès à l’information se fait par affichage direct, sur l’écran de l’ordinateur consultant, de textes et d’images. Parfois, ceux-ci seront illustrés de sons voire de séquences vidéo. Cliquer sur une zone sensible du texte ou de l’image va transporter le “surfeur” vers un autre fichier résidant sur le même serveur, sur un autre serveur, très proche géographiquement ou en un lieu lointain de la planète.

Rechercher
Pour accéder à un document de la Bibliothèque Nationale de France, je trouverai facilement mon bonheur si je connais le nom de l’auteur ou celui de l’ouvrage, le thème ou bien la côte. Au pire, un documentaliste viendra à mon secours…
Nommé “Bibliothèque de Babel” par l’Inspecteur Général Jean-Michel BERARD5, l’Internet met à disposition de tous et en tout lieu une quantité gigantesque, quasi infinie, de documents. Pour tenter de s’y retrouver, l’internaute peut faire appel à plusieurs moteurs de recherche qui sont des ordinateurs dont la fonction est d’indexer l’information, le plus souvent par thème ou par mot-clé.
En ce qui concerne l’éducation en France, le Ministère de l’Education nationale, conscient de ce vaste problème de la recherche, de la pertinence et de la validation de l’information, prépare un projet devant permettre aux enseignants et à leurs élèves de s’y retrouver plus facilement : le projet Educasource. Les ressources éducatives disponibles actuellement sur l’Internet peuvent être classées en quatre catégories :
•les documents pédagogiques produits ou édités spécifiquement ;
•des références et des liens vers d’autres ressources ne s’adressant pas particulièrement au système éducatif (météo, musées, presse…) ;
•des parcours pédagogiques sur l’Internet, souvent sous forme ludique ;
•des pointages vers des établissements scolaires disposant de pages web.

L’Internet à l’école de Piquecos
En début octobre 1995, la mairie de Piquecos équipait l’école (une seule classe) d’un ordinateur multimédia et d’un accès à l’Internet. Dans un premier temps chez un fournisseur d’accès privé (et donc payant), “Planete.net”, le site de l’école migrait sur le serveur de l’Académie de Toulouse, gratuit, dès qu’il fut créé, en début d’année civile 1996.
Dans un premier temps, le site de l’école de Piquecos présentait l’école, le R.P.I. et le bassin d’écoles du Bas-Quercy : quelques textes, quelques photos.
Avec la migration sur le serveur de l’Académie de Toulouse, le site s’est structuré et s’est enrichi : à la présentation de “l’école” se sont ajoutés le journal de l’école (“le Tumulus”), des dossiers dans différents domaines, des compte-rendus d’enquêtes, des interviews, la présentation et critique de livres, un jeu (charades), la mise en place d’un livre d’or destiné à recueillir les appréciations de nos visiteurs.
Parallélement à cette utilisation de la Toile, nous correspondions par l’intermédiaire de la messagerie électronique avec “la classe globale francophone”, dont l’animatrice résidait … aux Etats Unis ! Nous traitions aussi les messages parvenus par le biais du livre d’or.
Autre activité liée à l’Internet : quelques séances de “CHAT” (IRC pour les experts, “tchatche” pour les enfants) avec une classe québecoise : connexion à 14h30, temps ensoleillé et assez chaud (environ 18° C). Au Québec, il était alors 8h30, il y avait près d’un mètre de neige chez nos interlocuteurs et la température extérieure avoisinait les -30 °C…
Parallèlement au choix de l’ordinateur multimédia pour ses possibilités de connexion à l’Internet, nous souhaitions que la même machine puisse lire et créer des productions multimédia (cédéroms…). Ainsi, grâce aux possibilités de communication de l’Internet, nous avons pu mener à bout un projet de production d’un cédérom sur le thème de “l’eau”6, en collaboration avec 22 classes francophones réparties dans 4 pays sur 3 continents. Après un an et demi de travail, voici le premier commentaire reçu : “Un grand bravo à transmettre à tous les élèves et à tous les enseignants qui ont fait aboutir un tel projet! La qualité de ce travail est le meilleur atout dont disposent aujourd'hui tous ceux qui devraient convaincre que les T.I.C.E. à l'école c'est un outil de réelle mise en place d'activités pédagogiques, dans le respect des programmes, mais avec un plaisir extraordinaire des élèves qui transparait ici à chaque page!!! Je l'avais commandé car les Yvelines s'engageaient dans un projet départemental en arts plastiques sur l'eau. Depuis, je suis au Ministère, à la direction des technologies et j'y suis chargée de tout ce qui concerne le premier degré.” (Chantal Courtaux)

L’Internet, aujourd’hui, dans l’Éducation nationale

En France, 13 académies avaient été retenues suite à l’appel à proposition sur “les autoroutes de l’information” lancé par le gouvernement en 1995, dont l’académie de Toulouse. En général, ces académies ont mis en place des serveurs offrant la possibilité aux établissements scolaires des 1er et 2e degrés relevant de leur territoire de se connecter à l’Internet. Parallèlement, les missions aux technologies de l’information et de la communication auprès des recteurs ont développé un ensemble de services offerts aux établissements en priorité, mais aussi aux internautes en général, respectant en cela la philosophie générale de l’Internet qui est de mettre à disposition publique l’information dont on dispose.
“Certaines académies ont bien intégré les possibilités offertes par l'utilisation de réseaux de micro-ordinateurs communiquant. Dans d'autres, il s'agit d'actions mises en place ponctuellement en réponse aux expérimentations lancées dans le cadre du Nouveau contrat pour l'école, mais sans réflexion d'ensemble sur les utilisations possibles de l'ingénierie éducative en matière de pédagogie. C'est en particulier le cas pour la visioconférence. S'il existe bien des personnes ressources chargées des nouvelles technologies auprès des recteurs et des inspecteurs d'académie, dans la majorité des cas il y a encore souvent séparation entre informatique, audio-visuel, multimédia avec comme conséquence la multiplication imparfaitement coordonnée des responsabilités et des dispositifs en matière de multimédia, souvent dispersés et divisés. Il arrive encore qu'on voie des responsables jaloux de leurs prérogatives et qui ne sont pas en mesure de travailler ensemble.”7
Quoiqu’il en soit, ce sont aujourd’hui près de 400 écoles françaises qui ont un accès à l’Internet (source : M.E.N.R.T.).


2/ PROBLÉMATIQUE

Pour l’Institution, les T.I.C.E. semblent devoir profondément modifier notre système éducatif

Tous les exemples montrent que l'usage de l'outil multimédia est peu compatible avec des séquences horaires trop courtes et des emplois du temps trop rigides.”8 Derrière ce constat de la Commission informatique de l’IGEN semblent se profiler deux profondes modifications : d’une part, un bouleversement des structures classiques du temps/classe, d’autre part, une évolution liée à la nature même de l’outil multimédia, transdisciplinaire par excellence. Et si ces technologies de l’information et de la communication, intimement liées à la notion de multimédia, bouleversaient mes pratiques pédagogiques antérieures ?
Auparavant, intéressons-nous à ce qui s’écrit à l’étranger sur ce sujet :
Au Québec, l’inévitable réforme du système d’éducation
Les ressources qu’offrent les technologies multimédia commandent une modification radicale des pratiques de gestion de l’école, des méthodes d’enseignement et des approches pédagogiques. […] A propos des modifications des méthodes d’enseignement, tous les efforts de la nouvelle pédagogie ne visent qu’un seul objectif : outiller l’élève, accroître ses connaissances, renforcer ses compétences et l’armer d’une solide méthode de travail afin de le rendre apte à “apprendre à apprendre”. […] Cela ne signifie pas que les connaissances ou les savoirs soient devenus inutiles, mais plutôt qu’ils doivent être appropriés par un processus de construction active de la part de la personne qui apprend et non pas assimilés passivement.”9
En Grèce, en conclusion d’une recherche sur “les logiques d’usage et enseignement des nouvelles technologies à l’école élémentaire”, Vassilis KOMIS et Panayotis MICHAELIDES notent que “nos résultats semblent donc indiquer que la pratique réelle des enfants [usage de l’ordinateur] et leur maturation sont des éléments clés de l’évolution de leurs représentations. Celles-ci constituent le point d’appui de la réflexion de l’élève assurant un rôle prépondérant dans l’apprentissage.”10
Autorisant une diversification significative des situations d’apprentissage et prenant davantage appui sur le travail en autonomie des élèves, l’accès à des ressources distantes ou l’échange d’informations entre enseignants, les T.I.C. transforment progressivement les schémas traditionnels de formation eux-mêmes.”11
A l’évidence, aux yeux de l’Institution, en France comme à l’étranger, la mise en place des technologies de l’information et de la communication dans une classe, certainement pas en tant que nouveaux outils mais dans leur capacité à matérialiser différemment l’information et à la traiter quasi simultanément sous divers angles, va engendrer de profondes modifications des systèmes d’éducation.

Ma problématique à l’école de Piquecos
Les technologies de l’information et de la communication entraînent-elles des changements dans la dynamique de l’apprentissage ?
Par “dynamique de l’apprentissage”, j’ai souhaité prendre en compte les éléments favorisant les apprentissages, c’est-à-dire l’ensemble des actes volontaires par lequel l’apprenant va s’approprier un savoir ou un savoir-faire.
Afin de développer cette problématique, je propose d’énoncer dans un premier temps les freins à l’apprentissage tels que j’ai pu les répertorier avant la mise en place des technologies de l’information et de la communication dans ma classe. Ensuite, j’évoquerai les questions que je me suis posées pour tenter de remédier à ces lourdeurs. Puis je soumettrai les hypothèses que j’ai formulées pour essayer d’améliorer la dynamique de l’apprentissage.

Les freins à un bon apprentissage
Dimension sociale : l’isolement
Bien qu’incluse dans un regroupement pédagogique intercommunal (R.P.I.) et un bassin d’écoles, notre école à classe unique se trouve isolée. Peu d’habitants dans le village, pas de commerçants ni d’artisans à proximité. Les parents d’élèves résident pour la plupart sur les deux autres communes du R.P.I. Le village n’est pas un lieu de passage : il conduit vers nulle part… Un petit attrait touristique, le point de vue dominant la rivière Aveyron de 100 mètres, amène quelques touristes fugitifs, mais l’été seulement, lorsque l’école est fermée. Une correspondance scolaire postale avec l’Anjou tente de faire découvrir d’autres lieux, d’autres enfants, de motiver des écrits.
Dimension culturelle : les documents
Commune d’environ 300 habitants, Piquecos alloue un budget important aux investissement et fonctionnement du bassin d’écoles. La commune prend en charge les achats de matériel scolaire, livres et cahiers. Pourtant, les livres vieillissent, s’abîment, et il est parfois difficile de les renouveler (au mieux) ou de compléter les séries. En outre, il n’est pas facile de constituer un fonds documentaire aisément accessible dans l’école, et ce malgré la proximité de la médiathèque intercommunale, riche de près de 5 000 ouvrages, mais que la classe fréquente au mieux à raison d’une fois tous les 15 jours.
Dimension pédagogique et didactique :
Il ne s’agit pas, pour moi, de développer l’aspect “didactique des enseignements”, mais plutôt d’aborder l’introduction pédagogique d’un nouvel outil au service des enseignements : le multimédia.
a/ La relation maître/élèves
Basées sur une relation linéaire maître/élèves, privilégiant les contenus disciplinaires et prenant trop peu en compte les capacités des enfants à devenir acteur de leurs propres apprentissages, axant la majeure partie des travaux sur des productions individuelles, les modalités pédagogiques de mon enseignement ne me convenaient plus, même si le climat de la classe restait confiant.
b/ L’enseignement en “tranches disciplinaires”
Etroitement imbriqué au type de relation maître/élève évoqué plus haut, j’appliquais strictement mon emploi du temps, pensant de cette manière contrôler l’ensemble des connaissances qu’allait acquérir l’ensemble des élèves, et songeant ainsi que le découpage en parties simples était la condition suffisante pour assurer des acquisitions complexes12 .

Les questions
L’isolement
Comment communiquer sans de trop longs délais avec d’autres enfants, d’autres adultes ? Que faire pour rencontrer, avec un minimum de frais, des personnes-ressources, capables de captiver notre intérêt ? Comment faire partager nos enthousiasmes, présenter nos productions, donner du sens à nos travaux ? Comment échanger avec des interlocuteurs divers sur des thèmes variés ?
Les documents
Comment accéder plus rapidement à des documents, nous permettant de nous adapter au rythme de la classe ? Comment pallier le vieillissement ou le mauvais état des ouvrages ? Comment rénover l’information (parfois) et l’iconographie correspondante ? Comment avoir accès à des documents que ni nous, ni la médiathèque intercommunale, ne possédons ?
La relation maître/élèves
Que faire pour modifier cette relation éprouvante ? Pour intéresser les élèves à leur formation ? Pour inciter les élèves, sans avoir recours à de quelconques artifices, à s’impliquer dans un réel travail coopératif ? Comment développer leur autonomie, leur sens des reponsabilités ?
L’enseignement en “tranches disciplinaires”
Comment respecter les volumes horaires définis par les textes tout en favorisant des travaux de recherche, de tâtonnement, de mise en forme, tous généralement coûteux en temps ? Comment diversifier les situations d’apprentissage et permettre aux élèves de progresser dans un rythme plus proche de leurs capacités ? Comment profiter de l’avantage de la structure de l’école (une seule classe) et de l’apport des nouvelles technologies pour mettre en œuvre une pédagogie différenciée ?

Mes hypothèses de travail
L’isolement
Les réseaux rapprochent les hommes. De l’expérience antérieurement vécue dans l’informatique, j’ai pu le constater in situ. L’utilisation des technologies de l’information et de la communication, et plus particulièrement de l’Internet devrait permettre à la classe de communiquer avec des interlocuteurs proches et/ou lointains.
Les documents
L’Internet, les cédéroms : de vastes bibliothèques vont s’ouvrir à la classe ! Sans nous déplacer, l’information viendra à notre porte… Des textes, des images, des sons voire des vidéos nous permettront de mieux comprendre, de mieux apprendre, de mieux apprendre à apprendre, puisqu’on devrait se trouver dans une logique “d’enseignement interactif contextualisé”13 avec une profonde modification contextuelle du paramètre “classe” (local) …
La relation maître/élèves
De par leur complexité, les travaux de création multimédia, de recherche d’informations et la communication le plus souvent écrite avec “l’inconnu” devraient favoriser le travail collaboratif, le travail de groupe avec une réelle répartition des tâches. La position de l’enseignant devient plus celle d’un chef d’orchestre qui permet aux enfants de s’organiser, de localiser des sources d’information, de les prendre à leur compte afin de les retraiter autrement. Son statut dans la classe devrait donc s’en trouver modifié, de même que le statut des élèves entre eux.
L’enseignement en “tranches disciplinaires”
L’introduction des technologies de l’information et de la communication (très liées au multimédia par la forme qu’elles emploient généralement) ouvre une fenêtre nouvelle dans la classe. A travers elle, s’engouffre un volume d’informations incomparable avec ce que nous connaissions auparavant dans l’école.
De ce fait, grâce à une utilisation raisonnée de ces ressources, il semblerait qu’un nombre important de disciplines d’enseignement soient couvertes par cet apport extérieur et sans cesse renouvelé.
Par cet intermédiaire, je pense que l’on peut concilier à la fois le respect des Instructions Officielles, notamment dans les volumes horaires attachés à chaque discipline, et l’objectif d’amener nos élèves à “devenir des citoyens de demain, à la fois vigilants et adaptés au monde qui les entoure [...] en autorisant une diversification significative des situations d’apprentissage et en prenant davantage appui sur le travail en autonomie [...]”14 .


3/ DÉMARCHE

Le contexte local
C'est dans le cadre d'un Regroupement Pédagogique Intercommunal (R.P.I.) que se trouve à Piquecos une classe de CM1-CM2. Pendant l’année scolaire 1996/1997, période prioritaire d’observation pour ce mémoire, la classe comprenait 23 élèves répartis de la façon suivante: 15 filles et 8 garçons; 10 élèves de CMI et 13 élèves de CM2. Le R.P.I. regroupe trois communes avoisinantes: Piquecos, l'Honor de Cos et Puycornet. Ces trois communes font également partie d'un bassin d'école, le « Bassin d'écoles du Bas-Quercy », auxquelles s'ajoutent les écoles des communes de Lamothe-Capdeville et Villemade. Cette entité est concrétisée par un lieu dans lequel se rendent tour à tour les 300 enfants du bassin: dans l'ancienne école de Loubéjac, une B.C.D./Médiathèque et un atelier informatique composé de 6 ordinateurs Apple Macintosh en réseau avec une imprimante couleur et un numériseur (scanner) occupent l'espace. Un enseignant supplémentaire est chargé d'animer la vie de cette structure et de venir en soutien des quatorze autres enseignants.
Ma classe s'y rendait tous les vendredis après-midi. Depuis, nous y accédons généralement un mardi après-midi sur deux. La classe est alors divisée en deux groupes qui alternent: une heure et demi à la B.C.D. avec le Maître Animateur de Bassin (M.A.B.), une heure et demi avec moi à l'atelier informatique.
Outre l'utilisation de l'outil informatique du bassin, les élèves de l'école bénéficient d'un équipement informatique au sein de la classe. Ce matériel est installé depuis maintenant un peu plus de deux années scolaires et se compose de:

•un Power Macintosh Performa 5300 (Apple) comprenant un lecteur de cédéroms, une carte d’acquisition vidéo et un boitier Numéris ;
•une imprimante jet d'encre StyleWriter 1200;
•un lecteur disque ZIP (loméga) permettant de faire des sauvegardes;
•un appareil photonumérique Apple Quicktake (propriété de 2 enseignants du R.P.I.) ;
•une liaison Internet (ligne Numéris).

Les logiciels utilisés par les élèves sont:

•Eudora pour la messagerie électronique, Netscape pour la consultation du Web;
•Claris Home Page pour l'édition de pages H.T.M.L.;
•Claris Works 4.0 pour ce qui est du traitement de texte et du tableur;
•des logiciels éducatifs, sur disque dur ou cédérom : Réussir sa sixième, Mac Grammaire, Le maître des contes, 2000 ans d’Histoire de France, l’encyclopédie multimédia Tout l’Univers, le dictionnaire Hachette multimédia…

Les projets autour des technologies de l’information et de la communication
via l’Internet
Je reprends là, avec l’autorisation des auteurs, la vue extérieure de deux chercheurs venus à Piquecos mener une observation au cours de l’année scolaire 1996/97.
“Dans un tout premier temps, la classe utilise d'abord d'abord la messagerie électronique. En explorant le réseau scolaire francophone, l’instituteur, qui s'est connecté chez lui quelque mois avant la rentrée, a repéré une liste de diffusion animée par un professeur de français dans l'Ohio : la Classe Globale Francophone (CGF). Des échanges thématiques divers auront ainsi lieu toute l'année dans le cadre du réseau qui réunit une soixantaine d'écoles francophones. A partir de décembre, la classe s'inscrit également dans un autre réseau, "Ecole appelle école", qui, créé sous l'égide du Ministère de l'Environnement italien, incite les élèves à collecter des informations sur leur environnement local.

Au cours de la première année de connexion Internet (1995-96), le E-mail est donc utilisé préférentiellement pour des travaux effectués dans le cadre de réseaux scolaires. Cependant, ce n'est plus le cas aujourd'hui : entre temps, la classe a développé un site Web et s'est engagée sur d'autres projets et, actuellement, le E-mail sert d'abord à traiter et répondre aux multiples messages qu'elle reçoit (près de 30.000 visiteurs du site depuis le 1er avril 1996, plus de 40.000 fichiers ouverts en février 97, de 50 à 80 messages par mois sur le Livre d'Or, environ 200 sur la messagerie électronique). Ainsi, par exemple, chaque fin de mois, la classe ouvre le Livre d'or : les messages sont lus à voix haute par les élèves, certains d'entre eux sont sélectionnés, puis les enfants s'auto-désignent pour élaborer les réponses.

Très rapidement, en effet, des travaux de production sur le Web sont réalisés. Dès novembre 95, soit deux mois après la rentrée, un petit site est créé. Comme le dit l’enseignant, "j'avais vu, sur le réseau canadien, des pages intéressantes parce qu'elles généraient de la communication : les gens venaient voir le site et réagissaient". Dans cette optique, "et aussi pour que les élèves se prennent en charge pour un petit truc pas trop long tous les jours, qu'ils intègrent l'outil, la mise en page etc.", le site comprend, outre la présentation de la classe, quatre rubriques actualisées quotidiennement : la charade, le menu, la photo du jour, l'élève de la semaine (seules les deux premières subsistent actuellement).

Le site s'étoffe ensuite d'un Livre d'or, découvert par le maître sur un site universitaire de Montpellier : "je les ai contactés, ils ont été charmants, nous ont fait passer le script, et le webmestre du Rectorat nous l'a installé".

Puis le site est progressivement enrichi jusqu'à sa forme actuelle : différents travaux de la classe sont mis en ligne (comptes rendus de visites, de lectures, de travaux divers...), ainsi que Le Tumulus Electronique, le journal de l'école. Comme le dit Pierre Valade, "tout est prétexte à enrichir le site".

La consultation sur le Web est, pour les élèves, une activité beaucoup plus rare. En tout état de cause, la recherche d'information est toujours ciblée, inscrite dans un projet de recherche déjà orientée : recherche de documents sur un thème donné, ou visite de la Bibliothèque de France ou du Musée du Louvre, par exemple. Par ailleurs, la recherche d'informations est très souvent réinvestie dans la production, comme dans le cas de ce travail sur le système solaire :

La classe reçoit un message d'un astronome de l'observatoire de Haute-Provence qui lui parle des étoiles et des planètes. Ce message déclenche un intérêt sur le sujet (c'était en décembre 95 et la sonde Galiléo venait d'arriver au niveau de Mars). L'instituteur répartit les élèves en groupes de deux ou trois enfants qui travailleront chacun sur une planète différente : recherche de photos sur le site de la Nasa et recueil d'autres éléments sur autres supports de recherche (CR-ROM) ; impression des données intéressantes ; rédaction crayon / papier d'un document ; saisie informatique du document élaboré et mise en ligne de l'ensemble.

Ce faisant, l'instituteur a traité un aspect du programme (l'univers), de façon cependant beaucoup plus détaillée que prévu. Mais, également, les élèves ont utilisé un ensemble de media (Internet, CR-ROM, support papier, remise sur Internet) et ont été amenés à faire un travail de recherche d'information, de traitement de l'information, et de remise en forme de celle-ci.

L'IRC n'a été que très peu utilisé (trois fois l'an dernier seulement), essentiellement à la demande d'interlocuteurs qui souhaitaient contacter la classe en direct (échanges avec une école parisienne ou québécoise, par exemple).

Quant au téléchargement de fichiers, il est utilisé par les élèves pour transférer les rubriques quotidiennes du site ("charade" et "menu") sur le serveur de l'Académie.”15

via le cédérom
En plus de la lecture des cédéroms cités plus haut, une partie importante de l’activité de la classe utilisant le multimédia et génératrice de communication est la création de cédérom. Voici la description du projet telle qu’elle avait été communiquée dans un appel à participation lancé aux classes francophones du monde entier par le biais du site web de l’école :

Descriptif du projet
L'école Jean de la Fontaine, à St Sylvain d'Anjou et l’ école de Piquecos proposent aux différentes écoles francophones de participer à leur projet de création d'un cédérom (pour Mac et PC) sur le thème de l'eau. Chaque école sera maîtresse de sa "branche" ( le thème qu'elle va développer). Les thèmes retenus par l’école de St Sylvain seront à choisir sur le site Internet de l’école de Piquecos. Une école peut choisir plusieurs thèmes.
Soit elle peut réaliser la partie complète du programme la concernant (logiciel HyperStudio), soit elle peut nous sous-traiter le travail de finition. Elle nous enverra alors ses vidéos, photographies, textes ou enregistrements sonores avec un descriptif détaillé de chaque écran désiré.
La plate-forme de création importe peu, le travail sera monté en fin de chaîne sur Macintosh.
Chaque école participante recevra un exemplaire du cédérom. Les autres écoles pourront le recevoir en l’achetant à prix coûtant (frais de port inclus).

Les objectifs de ce projet sont les suivants :
- approfondir un aspect du thème de l'eau (environnement, économie, géographie…)
- initier les élèves aux nouvelles technologies de l'information et de la communication
- travailler en collaboration avec des classes de plusieurs pays
- utiliser la langue française lors d'échanges internationaux
- ouverture sur des pratiques et cultures différentes
- collaborer à la réalisation d’un outil pédagogique
- montrer l’universalité de l’eau

Intérêt pédagogique et réalisation
1) La recherche de l’information
•Apprendre à utiliser les outils d’accès au savoir :
- l’écrit : livres documentaires, encyclopédies, revues…
- l’image fixe: photographies, affiches, dessins artistiques ou techniques
- l’image animée : films, vidéos
- le son : commentaire sonore de film, cassette audio
- rencontres avec des professionnels de l’image et du journalisme

•Préparation d’une enquête sur le terrain :
- choix des outils (appareil photographique, camescope, carnet…)
- préparation du questionnaire
- choix (pertinence) des média à utiliser pour accéder à l’information
- choix des prises de vues, des angles et des plans
- répartition des tâches

•Enquête sur le terrain :
- utilisation du matériel
- choix des prises de vues, des angles et des plans
- prise de notes synthétiques manuscrites
- enregistrements sonores

2) Le traitement de l’information
•Traitement des données :
- regroupement de l’information
- choix des médias en fonction du type d’information à présenter
- rédaction de résumés, sélection des séquences filmées et photos

•Choix de la présentation :
- nombre de pages-écran
- navigation (séquentielle ou arborescente)
- disposition des média sur chaque page
- donner une information claire, lisible et agréable
- disposer esthétiquement les média

•Travail en groupe :
- constitution de groupes
- répartition des tâches


3) La réalisation
•Utilisation du matériel informatique :
- Saisie des textes au traitement de texte
- numérisation d’images au scanner
- numérisation des fims vidéo
- création de l’arborescence du projet
- placement des média
- affectation des propriétés aux média
- création des liens
- raccrochement aux produits déjà existants

•Tests :
- essais
- critiques
- correction

4) La communication
•Relation avec les correspondants :
- Suivi du projet par une correspondance régulière sur Internet
- Réalisation commune d’un thème
- Réalisation finale commune

•Relation avec les autres écoles et le monde extérieur:
- Suivi de l’avancement des réalisations sur Internet
- Présentation de l’école et de la commune sur Internet
- Lecture des messages «e-mail»
- Exploitation géographique des différents sites d’écoles partenaires

Ce projet est résolument tourné vers la communication avec les outils les plus modernes. Il permettra aux élèves de se familiariser avec des techniques qu’ils devront utiliser de façon régulière dans un avenir proche.
L’image comme support de lecture est aussi omniprésent. Si l’écrit doit garder toute son importance, il semble fondamental que l’enfant sache utiliser ce moyen de communication, non seulement comme consommateur, mais aussi comme créateur. On jettera un regard plus critique si on en est le concepteur, on se rendra mieux compte de sa force et de ses dangers par les interprétations diverses que chacun peut en tirer. Dans un monde où baigne l’image, l’école doit être présente pour l’analyser, l’intégrer, la créer et aussi pour apprendre aux élèves à se méfier de sa réalité virtuelle.

Rompre l’isolement
Afin d’ouvrir l’école sur l’extérieur, pour provoquer une communication permettant pour le moins aux enfants de lire et rédiger correctement mais aussi d’exprimer une opinion, d’échanger sur un thème, de découvrir d’autres cultures, nous avons utilisé deux moyens majeurs sur l’Internet : le courrier électronique et le web.
Une énonciation des productions sur l’Internet ayant eu lieu précédemment, intéressons-nous aux retours vers la classe. Ceux-ci nous parviennent de différentes façons :
•par courrier électronique :
Chaque matin, juste en rentrant en classe ou pendant la récréation, deux élèves dont c’est le “service” (rotation dans les tâches environ une fois par mois) relèvent la boîte à lettres électronique. Devant le volume de courrier électronique, je trie les messages : ceux destinés aux enfants, ceux destinés à l’enseignant, d’autres que j’écarte rapidement (messages à caractère commercial ou “hors sujet”, c’est-à-dire ne s’adressant pas à des élèves de 9/10 ans). Les messages destinés à la classe sont ensuite imprimés et lus à haute voix par les “facteurs électroniques” si l’urgence le justifie, ou stockés en attente d’un temps réservé aux projets en cours. A ce moment-là, ils seront lus à la classe entière. Pour répondre, les élèves se réunissent en groupes de 2 ou 3 et rédigent sur papier leur réponse à certains moments libres ou dans le cadre des projets. Ultérieurement, une fois les réponses correctement rédigées, les enfants saisissent les textes et le courrier sera expédié lors de la prochaine relève de la boîte. La boîte à lettres est à nouveau relevée après le repas de midi, pendant l’inter-classe, afin de recueillir les dernières réponses à la charade.

•par le livre d’or :

Il permet à tout visiteur du site de laisser ses coordonnées (adresse postale et/ou électronique) et de manifester son intérêt. Par ce biais, I'école a déjà reçu des milliers de messages venant du monde entier : des textes (poésies, récits), des propositions d'échanges d'informations sur des sujets divers, ainsi que de nombreux messages de soutien et d'encouragements. Sur le support du web, ces messages sont publics et peuvent être consultés par quiconque, contrairement à la boîte à lettres électronique. Les élèves ont librement accès à ce document sur le site, qu’ils peuvent consulter à loisir. Pour ma part, j’imprime en fin de mois le livre d’or pour le donner à lire intégralement à la classe. Chaque élève, tour à tour, lit un message. Des corrections orales peuvent être apportées si le message n’a pas été correctement rédigé. Les enfants se répartissent ensuite les messages nécessitant une réponse et les traitent de la même manière que les messages arrivés dans la boîte… Voici quelques messages du Livre d'Or :

07.Mar.1997 (14:52:07) - école Montségur Bonjour à l'école de Piquecos. Nous sommes les enfants de l'école de Montségur en Ariège. Nous travaillons déjà au projet sur l'eau, sur la fontaine de Fontestorbes. Nous espérons avoir un site Internet, l'année prochaine. C'est pour cela, que pendant un mois, dans le cadre de la semaine de la presse à l'école, nous bénéficions d'une connexion provisoire à Internet. Nous sommes très heureux de vous y retrouver. Nous espérons avoir de vos nouvelles prochainement. A bientôt. école de Montségur

12.Mar.1997 (17:54:49) - Wiley school Bonjour!
La classe de Français de I'école de Willy a Raleigh, en cherchent une école Français pour correspondre. Si vous au E-mail ci dessous. Merci, La classe de Français Please respond! We are desperate!

l9.Mar.1997 (14:35:38) - Didier. Vous êtes des pionniers, excusez-moi de vous montrer en exemple à des professeurs des écoles en formation en Bretagne : eux aussi ont des chances d'être nommés dans des petites communes, internet est un outil de communication trop riche pour qu'on s'en prive, surtout quand on est dans un coin un peu isolé. bons surfs ! Didier

21.Mar.1997 (10:28:08) - () Bravo!!!
Encore, encore.....
l0.Apr.1997 (11:29:29) - Pascal
Bonjour à tous! Ainsi qu'aux amis de "La Fontaine"...
En attendant le gros œuvre (Eau et Littérature), un petit extrait poétique pour les vacances. Cherchez donc "Iguazu" en géographie... Bon courage pour le cédérom! Amicalement Pascal (maître-auxiliaire de Lettres au Collège de Montcuq)
"Les cataractes de l'Iguazu [...] dans un fracas de blancheurs, foncent en mille fumantes perpendiculaires violentes comme si elles voulaient traverser le globe de part en part."
"Iguazu" de Jules Supervielle, dans "Gravitations/ Débarcadères", (prononcer "Igouassou") Poésie/Gallimard.

15.Apr.1997 (23:07:54) - Wilhelm-Maybach -Schule
superintéressant , allez les enfants continuez!

•par des visites amicales :
Depuis décembre 1995, l’école a reçu plusieurs visites de personnes nous ayant découvert par l’Internet : ainsi des visiteurs sont venus du Québec, d’Australie, du Texas, de grandes écoles parisiennes, de Norvège, du Danemark ou encore du Japon. Et aussi une écrivain pour la jeunesse, Marie Mélisou.
Généralement, c’est, lors d’un voyage en France, un détour par Piquecos pour une journée. Préalablement à leur visite, les élèves ont rédigé un questionnaire destiné à mieux connaître leur interlocuteur, son activité et son pays ou sa région d’origine ; parallèlement, par minitel, sur le serveur de l’A.P.A.G.A.C., d’autres classes sont invitées à poser leurs propres questions : les réponses leur seront retournées par fax la journée suivant la visite ; par deux fois, deux écoles ont ainsi participé aux échanges.
Le jour de la visite, l’interview est enregistrée sur magnétophone, alors même que les élèves prennent quelques notes. Plus tard, hors la présence du visiteur, l’enseignant en fera la transcription sur traitement de texte et suivra un moment de confrontation entre les notes des élèves et le texte de l’interview.
A ces visites sont liées des activités non déterminées à l’avance et basées sur le côté affectif : cadeau pour la classe ou individuel, visionnement d’une cassette vidéo sur les kangourous (commentaire français !), animation d’une séance d’origami et de calligraphie, apprentissage d’un chant en danois, travail d’expression autour d’un dialogue…
Chaque visite donnera lieu à la rédaction d’un article dans le journal d’école.

•par des visites institutionnelles :
Plusieurs missions sont venues à la rencontre de l’école : chronologiquement un Inspecteur chargé de mission à la Direction des Ecoles, le chef de la M.A.F.P.E.N. de l’Académie de Limoges, l’Inspecteur d’Académie, deux chercheurs, une Inspectrice générale, le Premier ministre (par visio-conférence).
Pareillement, pour les visiteurs institutionnels effectuant le déplacement à Piquecos, un questionnaire auquel ils se prêtent volontiers est rédigé dans les mêmes formes que pour d’autres visiteurs et leur est soumis.

•par la venue de journalistes :
Tout comme les autres visiteurs, les journalistes répondent aux interviews des élèves. C’est ainsi qu’ils découvriront en Philippe Dufay un aventurier de bandes dessinées : match de polo à dos d’éléphant au Népal ou plongée dans des fosses marines à bord du Nautile… ou l’angoisse de Sylvie O’Dy lors de l’accident nucléaire de Three Mile Islands.

De la même façon l’élaboration du cédérom sur “l’eau” a entraîné un volumineux échange de messages (plus de 450 sur l’année 1996/97), surtout entre les enseignants des écoles engagées.

L’accès aux documents
Par le biais de l’Internet et des cédéroms, une énorme quantité de données est accessible par tous partout, et donc aussi en classe. Volontairement, je n’aborderai pas le problème de la validation de l’information sur l’Internet (puisque n’importe qui est en mesure de diffuser n’importe quoi) : en effet, notre rare pratique de la découverte de sites web se limite à des sites très ciblés et authentifiés : Agence France Presse, journal “le Monde”, Météo France, la Bibliothèque Nationale de France, sites sur la poésie (par exemple, l’intégrale des fables de Jean de la Fontaine)… , parfois aussi des sites créés par des écoles.


par courrier électronique :

Grâce au courrier électronique, nous avons bénéficié d’informations communiquées à la classe par tel ou tel correspondant, le plus souvent des universitaires. Les messages sont imprimés (un par élève), lus et conservés dans un classeur. Ils sont rarement isolés et donnent lieu à quelques échanges avec leurs auteurs, sur la même base que le courrier électronique habituel. En voici quelques illustrations :

•Suite à une erreur d’interprétation sur le compte-rendu de visite d’une Québecoise en classe, nous avons reçu un cours accéléré de son ami, professeur à l’Université de Montréal, sur l’histoire du Québec qui a permis aux élèves de prendre conscience de la colonisation :
“[…] L'adoption de la "Feuille d'érable" comme drapeau du Canada date de 1965. Cette adoption devait être perçue par les Canadiens anglais (s'identifiant en grand nombre à cette époque au "Red Insign" britannique, drapeau officiel d'alors) comme une concession à des Canadiens français déjà particulièrement turbulents au Québec et montrant des velléités d'autodétermination politique. […]”

•Autre exemple, l’interrogation d’une classe normande sur un phénomène physique. Sollicité par nos soins, nous avons obtenu la réponse suivante de l’I.N.S.E.R.M. :

X-Sender: rebource@courrier.tolbiac.inserm.fr
Mime-Version: 1.0
Date: Wed, 26 Jun 1996 10:31:00 +0700
To: pvalade@ac-toulouse.fr (Pierre Valade)
From: rebource@tolbiac.inserm.fr (Marie Christine REBOURCET)
Subject: Re: Urgent (ecole de Piquecos)

>bonjour,
>nous sommes les eleves de l'ecole de Piquecos (82)
>et 1 ecole du nord nous a pose une question a laquelle nous ne pouvons
>repondre (ecole de Hattenville, 76) (ecolhatt@MicroNet.fr)
>
>Pourquoi notre peau se ride-t-elle lorsqu'elle reste assez longtemps
>dans l'eau ?
>
>Merci si vous pouvez nous repondre avant les vacances (28/6).
>
>A bientot.

bonjour,
j'ai bien recu votre demande que j'ai aussitot transmise a l'unite de
recherche 346 a lyon.
elle travaille sur le theme: peau humaine et immunite.
Le directeur, Monsieur Daniel Schmitt, vient de me donner la reponse suivante:

Au cours du bain, la couche cornee de l'epiderme absorbe de l'eau
(hydratation) et donc augmente de volume. Cette augmentation de volume
entraine un plissement de l'epiderme (augmentant de volume), l'epiderme
etant lui-meme fixe sur le derme.

J'espere que cette explication satisfera votre classe. A tous tres bonnes
vacances. Vous pourrez faire rider votre peau en expliquant a vos camarades
le phenomene physique qui est a l'origine.

Marie-Christine Rebourcet
poste 60 73

•Lors des inondations de Montauban, en décembre 1996, un chercheur montpelliérain nous communique un texte décrivant les inondations de Montauban en 1766, sous le roi Louis XV ! Ce texte a fait l’objet d’une diffusion dans notre journal d’école.

•Un astronome de l’Institut d’Astrophysique de Paris, en attente de conditions favorables d’observation, nous a permis de mieux comprendre le phénomène des “trous noirs”… Ici encore, les élèves ont souhaité intégrer ce texte au “Tumulus”.


grâce au web :

Sur le web, il est extrêmement facile de s’égarer, de “surfer” comme on “zappe” sur la télécommande de télévision… En classe, nos utilisations sont donc assez rares, et toujours balisées.
Par contre, en fin de chaque mois, nous utilisons les documents statistiques produits par les consultations sur notre site web. Imprimées par mes soins, les statistiques vont donner lieu à des activités de production de documents (ceux-ci pour la classe uniquement) en mathématique et géographie.

•en mathématique :
Diverses activités sont proposées, suivant les périodes de l’année. A partir de la colonne “requêtes”, les élèves construisent la courbe graphique des connexions du mois. De même, les opérations sur les entiers et décimaux sont largement alimentées par les nombres fournis par le site. Une activité régulière de lecture de grands nombres s’appuie encore sur ces données.

•en géographie :
D’une part, individuellement ou par groupes de deux, les élèves localisent en les coloriant, sur un planisphère individuel, les pays qui ont émis des requêtes vers notre site. D’autre part, par deux, ils établissent une fiche d’identité sur chacun de ces pays. Pour ce faire, ils utilisent les documents dont dispose la classe, notamment des atlas, et produisent des affichettes, une par pays, sur lesquelles certaines données sont inscrites : carte et drapeau du pays, population, nom de la capitale, superficie… Au fil de l’année, ces affichettes envahissent les murs de la classe.

sur cédérom :

Hormis la production pédagogique que nous aborderons plus loin et l’usage libre des cédéroms à disposition de la classe (dictionnaire Hachette Multimédia, 2000 ans d’histoire de France, encyclopédie multimédia Tout l’Univers…), nous n’avons pas d’activité spécifiquement liée au cédérom, comme nous pouvons l’avoir sur l’Internet en raison de l’aspect communication. Cependant, ce support complète harmonieusement le fonds documentaire disponible en classe. Voici un exemple de réinvestissement dans la production :


La classe reçoit un message d'un astronome de l'observatoire de Haute-Provence qui lui parle des étoiles et des planètes. Ce message déclenche un intérêt sur le sujet (c'était en décembre et la sonde Galiléo venait d'arriver au niveau de Mars). L'instituteur répartit les élèves en groupes de deux ou trois enfants qui travailleront chacun sur une planète différente : recherche de photos sur le site de la Nasa et recueil d'autres éléments sur autres supports de recherche (cédérom Hachette multimédia) ; impression des données intéressantes depuis le cédérom; rédaction crayon / papier d'un document ; saisie informatique du document élaboré et mise en ligne de l'ensemble sur le serveur web.


La relation maître/élève

Pour cette partie, je m’appuie sur certaines observations mises en place par Serge Pouts Lajus et Sophie Tiévant au cours de leurs visites.

Une nouvelle manière d’être maître

Une pédagogie par projets collectifs

En mode normal, la classe fonctionne par "projets de groupe". Les projets de groupe sont des activités limitées dans le temps, entièrement consacrées à la réalisation d'un objectif désigné de façon explicite avant que l'activité ne commence, prises en charge par un groupe d'élèves qui se répartissent la réalisation des tâches.

Il serait difficile d'établir la liste complète des projets réalisés par la classe dans une année scolaire. Un embryon de liste, sous le titre "activités de la classe" figure sur le site web. Un relevé systématique devrait aboutir à une liste de plusieurs centaines de projets de tailles très variables, conduits au cours d'une année scolaire. Le plus petit des projets peut prendre quelques minutes (une charade à faire figurer sur le site web) ou une année entière (le cédérom sur l'eau) ; elle peut impliquer deux ou trois élèves, ou bien la classe entière. Les projets pourraient être caractérisés de plusieurs façons :

- leur caractère exclusif ou ponctuel (les projets qui occupent toute une semaine, comme le projet de cédérom sur l'eau, la semaine de la presse),
- leur taille (complexité, temps requis pour le réaliser),
- le nombre d'élèves impliqués,
- leur périodicité (unique ou périodique).

Expression et gestion des projets

Dans le mode de gestion de la classe par projets collectifs, la nature des projets, leur apparition et leur appropriation par les élèves, sont des questions centrales. Il ne suffit pas en effet d'avoir des idées et de lancer des projets pour mobiliser les élèves. […] Pratiquement, les projets se déroulent très classiquement en trois phases : préparation - réalisation - exploitation. Le plus souvent, c'est seulement la phase centrale de réalisation qui requiert l'usage réel de la technologie ; mais en terme de durée, c'est une phase très courte. C'est la raison pour laquelle le temps passé sur les machines est réduit. La phase de préparation est longue ; c'est à ce niveau que l’enseignant est le plus directif et le plus présent.

Le traitement des disciplines scolaires

Lorsqu'on lui en fait la remarque et qu'on l'interroge sur la façon dont il traite les aspects scolaires traditionnels (discipline, contrôle individuel), le maître indique que, sauf empêchement, chaque matinée est consacrée au travail individuel dans les différentes disciplines.

A Piquecos, à l'inverse des classes traditionnelles, l'inter-disciplinaire est la règle. Plus l'année avance, plus les projets se multiplient et plus le traitement disciplinaire du programme tend à se situer à la retombée des activités de la classe et des projets. L'instituteur tient à jour un tableau où figure la liste des notions à traiter dans l'année. Il coche chaque fois qu'il estime qu'une notion a été traitée, soit directement dans le cadre d'un travail individuel traditionnel, soit indirectement dans le cadre d'un projet collectif inter-disciplinaire.

Une autre façon d’être élève
Cette partie-là sera vue sous l’angle de l’introduction de nouvelles technologies dans l’école et de leurs possibles influences sur la classe, notamment pour la production de documents vers l’extérieur.

Un rapport familier à la technologie

Pour toute activité, l'objectif visé est toujours défini indépendamment de la technologie. Que ce soit le minitel, le télécopieur ou l’ordinateur, il s'agit de rédiger un journal, d'inventer une charade, de réaliser un dossier sur tel sujet, une interview. Une grande partie des activités s'expriment en terme de communication : il ne s'agit pas seulement de réaliser un journal mais de le distribuer, pas seulement d'inventer une charade mais de la proposer à d'autres. Jamais le moyen utilisé pour atteindre l'objectif ne se substitue à lui. Cette priorité laissée aux objectifs découle directement de la logique de fonctionnement de la classe par projets telle qu'elle est décrite plus haut. Comme les élèves sont, au sein du groupe-classe ou des sous-groupes projets, en permanence impliqués dans un ou plusieurs projets, ils sont encouragés à ne pas perdre de vue leurs objectifs, souvent très concrets.

La diffusion des compétences techniques

Au cours de l'année, des compétences technologiques diffusent parmi les élèves suivant un mode absolument informel dont les traits principaux semblent être les suivants.


Le cadre de l'acquisition de compétences est toujours la réalisation d'un projet.
C’est dans l’action que s’acquièrent les compétences techniques : l’acquisition d’une compétence technique n’est que le résultat indirect d’une activité pédagogique.

Chacun fait ce qu’il est capable de faire.
Dans la mesure où la maîtrise des outils technologiques n'est jamais donnée comme un objectif, les élèves ne sont pas directement encouragés à acquérir de nouvelles compétences : ils font ce qu'ils savent faire. Le système est donc en principe stable car l'un des acteurs, l'instituteur dispose de toutes les compétences si bien qu'il est toujours possible de faire appel à lui pour pallier les défaillances et réaliser lui-même ce que les élèves ne savent pas faire. Mais puisque ce principe aboutit à la conservation des compétences, parfaitement antinomique avec l'idée même d'éducation, la stabilité du système est sans cesse perturbée par des facteurs de déséquilibre.

L'acquisition de compétences se fait dans des situations de ruptures.
Le système en place tend à figer chacun dans ce qu'il sait faire. C'est l'une des dérives possible du travail coopératif : chacun se spécialise et finit par ne plus faire que ce qu'il fait le mieux. Pour sortir de cette ornière, il faut que des déséquilibres soient provoqués volontairement. Soit le maître impose autoritairement une rotation dans les tâches : chaque mois, c'est un élève différent qui est chargé de relever la boîte aux lettres électroniques et se voit de ce fait obligé d'apprendre à le faire. Soit certains élèves, qui ont accumulé des compétences techniques à l’insu de l’instituteur, décident de prendre en main certaines opérations (numérisation par exemple).

L'apprentissage utilitaire se fait essentiellement par imitation.
L'acquisition des compétences techniques, simples ou complexes, se réalise essentiellement par imitation et répétition. La compétence se transmet en regardant faire celui qui fait et en répétant le geste. Il s'agit d'un mode d'apprentissage très primaire, bien adapté aux interfaces graphiques modernes fondées sur la manipulation intuitive.

L’implication des élèves dans le cédérom sur “l’eau”
Comme souvent dans les classes rurales, les enfants utilisent leur temps de loisir pour poursuivre une activité. Lorsque le projet “canal latéral”, notre participation de classe au cédérom, s’est mis en place mi-juin 1997, les élèves ont travaillé constamment sur le projet, se ménageant cependant quelques courts moments de sortie : lecture et compréhension de l’information fournie par la C.C.I. de Tarn-et-Garonne, structuration du projet, mise en place d’un scénario et répartition des tâches par thème. Pour les trois thèmes, trois grands groupes d’élèves se répartissant les sous-thèmes correspondants. Puis, sur papier, traitement de l’information à diffuser, découpage en écrans, choix et répartition des media sur chaque écran, détermination des liens entre écrans et des effets visuels à inclure pour le passage d’un écran à l’autre. Et encore numérisation des supports (images et sons) et saisie des textes…
Le projet n’étant pas arrivé à terme le jour de la sortie des classes, 6 élèves sur 23, soit le quart de l’effectif, sont revenus à l’école terminer le travail durant deux journées de fin juillet.


L’enseignement par projets
Les réseaux informatiques ne sont pas uniquement de nouvelles voies pour la recherche de l'information. Ils sont à l'origine de nouvelles méthodes de travail interactives et coopératives. Ils favorisent la mise en commun des connaissances, du savoir et des savoir-faire. […] L'outil multimédia, que nous prenons dans le sens "numérique" c'est-à-dire passant par un micro-ordinateur communiquant, est utilisable par tous, quel que soit l'âge, quelle que soit la discipline.”16
Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à penser que les technologies de l’information et de la communication dans l’école ne sont que des outils au service des enseignements. Ceci étant, l’utilisation de l’objet informatique, dans la mesure où l’accès des élèves y est plus restreint que pour l’utilisation d’outils traditionnels (papier et crayon), doit induire une réflexion sur des projets qui l’incluent comme moyen pédagogique. Voici quelques éléments sur la mise en œuvre de projets déterminés par la présence de l’outil certes, mais plus en tant que vecteur de communication que de simple objet technologique.

une utilisation technique raisonnée :
22 élèves en 1995/96, 23 élèves en 1996/97, 21 élèves en 1997/98, 25 élèves prévus pour 1998/99… et 1 seul ordinateur communicant. Si l’objectif principal de l’informatique à l’école était l’apprentissage des différentes fonctions de l’ordinateur, il serait urgent d’équiper massivement l’école de nouvelles machines ! C’est peut-être ainsi que l’outil (grâce à son potentiel d’ouverture vers l’extérieur) va déterminer un certain type de pédagogie. Pour notre part, loin de pianoter sur le clavier à longueur de journée, nous préférons restreindre les moments de classe nécessaire à l’utilisation de la machine et développer, par contre, l’utilisation des documents (textes surtout, mais aussi images et sons) véhiculés par l’outil.

la diversification des situations d’apprentissage :

* en utilisation de données multimédia

Afin de permettre aux élèves d’apprendre à apprendre, la lecture de cédéroms est parfaitement libre, généralement pendant les temps d’inter-classe. Ainsi, lorsqu’une recherche documentaire est nécessaire (par exemple les planètes du système solaire), ils savent généralement où localiser l’information : identifier le cédérom adéquat, effectuer une recherche par mot-clé. Il faut noter toutefois qu’ils fréquentent une B.C.D. de 5000 ouvrages depuis l’école maternelle et ont intégré la logique d’une recherche documentaire simple.
Nous utilisons aussi des productions arrivées ici par la boîte à lettres électronique ou le livre d’or, qui vont nous servir de motivation à l’écrit. En voici quelques illustrations :


- en vocabulaire

Objectifs

Enrichir son vocabulaire en utilisant des substituts nominaux, pronominaux, des synonymes, tout en conservant le sens des phrases du texte.

Déroulement

Dans un premier temps, nous avons expliqué ce qu’est un lipogramme. Les enfants ont d'abord effectué un travail individuel d'écriture, puis un travail collectif qui a consisté à la mise en commun de leurs productions pour la réalisation d'une version finale qui a été envoyée au serveur de la liste Intermot après avoir été saisie sur un traitement de texte.




- en expression et conjugaison

Objectifs

corriger un texte ; identifier les verbes et les temps employés.

Déroulement

ce texte, extrait d’un message arrivé par courrier électronique, a donné lieu à un travail individuel sur le cahier du jour. Voici le travail d'un élève:


Les éléments statistiques produits par le serveur de l’Académie de Toulouse en fin de mois génèrent des activités en mathématique et en géographie :

- en mathématique

Objectifs

manipulation des grands nombres, technique opératoire de l'addition et de la soustraction sur les grands nombres, lecture et construction de diagrammes et graphiques et première approche des pourcentages.

Déroulement

A partir des données recueillies, je distribue à chaque élève le document représentant les statistiques d'accès du site web et les enfants doivent tracer la courbe représentant le nombre de connexions par jour sur un mois (les jours en abscisse et le nombre de connexions en ordonnée). A l'aide des nombres de la colonne « bytes send » les enfants effectuent des lectures de nombres ainsi que des opérations (additions et soustractions) sur les grands nombres.


- en géographie

Objectifs

lire la légende d'une carte, situer sur un globe ou sur un planisphère les continents et les pays, utiliser un index, travail de mise en page.

Déroulement

A partir des statistiques du site web, les élèves peuvent connaître le nombre de connexions par pays. Ainsi d'après le document ci-dessous, on peut voir qu'il y a eu 722 connexions d'Australie pour le mois de Septembre 1997.
Les élèves relèvent un par un les pays d'où proviennent les connexions et les localisent sur la carte du monde qui leur est distribuée. Il arrive parfois qu'ils ne retrouvent pas le pays sur la carte, ils ont alors recours à un atlas qui leur donne sa situation exacte.

 

* en production multimédia

- Le projet “cédérom sur l’eau”

Ce projet ayant été abordé plus haut, nous ne rappellerons que le travail de la classe en 3 grands groupes, subdivisés selon le nombre de thèmes de chaque grand groupe. Ayant choisi de traiter “le canal latéral à la Garonne dans le Tarn-et-Garonne”, voici comment le travail s’est organisé :
Au mois de juin 1997, les 3 grands thèmes (“le canal et ses ouvrages”, “les usages attendus du canal” et “autres utilisations du canal”) et leurs sous-thèmes (10 au total) ont été définis ensemble, suite à une action de sensibilisation sur le canal lui-même et l’intervention en classe du directeur du tourisme à la C.C.I., Monsieur Jean Garrocq.
Un nombre relativement important de documents ayant été réuni (textes, tableaux, vidéo), ils ont été lus et triés par rapport aux grands thèmes définis. Ainsi, chaque groupe d’environ 7 ou 8 élèves a, avec l’aide de Jean Garrocq ou la mienne, classé l’information et s’en est imprégné. Des documents photographiques ont été recherchés, voire ont été réalisés par les enfants pour l’occasion. Des commentaires sonores ont été enregistrés par les élèves eux-mêmes. Les textes traités en classe ont été saisis sur traitement de texte lors d’une séance à l’atelier informatique du Bassin d’écoles. De plus, un “chemin de fer”, guide pour le montage multimédia, était réalisé sur des feuilles de papier.
La fin de l’année scolaire arrivant sur ces entrefaites, rendez-vous était donné pour les volontaires les 28 et 29 juillet 1997 afin de mener le projet à son terme. Sans “battre le rappel”, 6 élèves étaient présents ces deux journées-là. Sur l’ordinateur de la classe, effectuant des rotations autonomes, ils ont alors, à l’aide des scenari conçus par leurs camarades et eux-mêmes, effectué le montage multimédia, créant le nombre d’écrans nécessaire, positionnant les divers objets sur chaque écran, établissant des liens de navigation et les bruitages associés. Le mardi 29 juillet au soir, le projet était parvenu à son terme et pouvait être intégré à la base du cédérom…



- En ce qui concerne l’Internet, les élèves ont pour mission d’enrichir le site de l’école : soit par l’intermédiaire de dossiers, soit par le journal de l’école, soit encore par des rubriques mises à jour quotidiennement. Tous ces travaux ne sont cependant que la version électronique d’écrits réalisés sur papier. Le fait de les transférer sur le web donne une dimension particulière et un nouveau statut à leurs productions. Quoiqu’il en soit, pour parvenir à leurs fins, les élèves mettent en œuvre des recherches personnelles, autant textuelles qu’iconographiques ; au besoin, ils illustrent eux-mêmes leur sujet en utilisant leus propres dessins qu’ils numérisent au moyen du scanner du Bassin d’écoles.

 

le travail en autonomie :
Pour la plupart des projets, les élèves travaillent en groupes autonomes, la fonction de l’enseignant étant à ces moments-là régulatrice, incitatrice, d’aide ou de soutien auprès de certains groupes. Par moment aussi celle de passer inaperçu…
Les travaux suivants se sont déroulés le plus souvent de manière autonome, le maître validant l’information dans sa forme (correction des phrases, orthographe, présentation) et dans son contenu avant diffusion sur le site web.

 

4/ CONCLUSION
L’ordinateur communicant n’est certainement pas qu’un outil. A travers lui, c’est une fenêtre ouverte sur les autres, sur le monde, qui s’ouvre en classe. Sa présence dans une classe est-elle anodine ?
Par la variété des traitements qu’il propose, par la professionnalisation des productions, même les plus simples, réalisées avec son aide, n’incite-t-il pas l’enfant à apporter un soin accru à son travail, surtout quand celui-ci est valorisé par une mise à disposition publique et planétaire, comme sur l’Internet ?
Par la masse d’activité qu’il peut générer, ne favorise-t-il pas le regroupement pour arriver au bout d’un projet ? Et n’encourage-t-il pas de cette manière le travail coopératif, de nouvelles méthodes d’apprentissage ?
Mais ne va-t-il pas remplacer l’enseignant habitué à diffuser des savoirs ? Ou alors l’inciter à s’adapter à de nouvelles manières de faire apprendre ?

Ces questions resteront quelque temps sans réponse. Pourtant, dès aujourd’hui, des chercheurs, des enseignants s’interrogent sur l’utilité réelle de ces technologies en classe : initiation précoce des futurs utilisateurs de ces outils dans l’entreprise (développement des habilités) ; développement économique d’un marché florissant ; ou bien formation du futur citoyen, maître de ses choix (de navigation sur l’Internet, par exemple) ; participation à la construction de savoirs …

Pour ma part, désireux d’approfondir ces questions et, surtout, d’entrevoir quelques réponses, je suis partie prenante d’un groupe de recherche-action sur le thème “lecture et apprentissage à partir des textes documentaires : spécificité du multimédia”, inscrit dans le cadre institutionnel de l’I.U.F.M. de Toulouse, sous la responsabilité de Michel Grandaty. Le problème posé étant le suivant : Quels savoirs et savoirs-faire l’élève doit-il construire pour naviguer et non pas surfer indéfiniment sur l’hypertexte ?
D’un point de vue commercial, il s’agit prioritairement de créer un nouvel espace de consommation. Surfer y est donc un comportement attendu, prévisible.
L’école a pour mission de permettre à l’enfant de construire des savoirs, d’intégrer les nouvelles technologies, mais pas de susciter des comportements de consommation enrichissant un nouveau marché.
Comment donc naviguer avec maîtrise ? Quel type de lecture favorise l’hypertexte, quel nouveau type de difficultés sur le plan cognitif ? La production de cédéroms ou de sites favorise-t-elle l’apprentissage de ce nouveau moyen d’expression ?


Glossaire17
Adresse: votre identifiant sur le réseau; en général, une adresse est composée de votre nom suivi du caractère puis du domaine auquel vous appartenez.
Boîte aux lettres: comme son nom l’indique, c’est l’endroit dans lequel vous récupérez votre courrier.
D.N.S. (Domain Name Service): protocole de transcription de noms symboliques I.P. en adresses électroniques I.P.
e-mail: courrier électronique; celui-ci est composé à l’aide d’un logiciel de messagerie qui enverra et recevra votre courrier.
F.A.Q. (Frequently Asked Questions): questions fréquemment posées (traduit en français par “Foire Aux Questions”). Sur le Net, les novices ont tendance à poser les mêmes questions. Par exemple: Comment s’inscrire à une conférence? Comment trouver une adresse sur Internet? Les F.A.Q. sont une synthèse de toutes ces questions de base. Il faut lire en premier ces documents afin d’éviter de «polluer» les conférences avec des questions déjà posées des milliers de fois.
F.T.P. (File Transfert Protocol): grâce à ce logiciel, on peut naviguer dans les répertoires d’un disque dur d’une machine distante; il permet également de rapatrier des fichiers directement sur son disque dur.
Full I.P.: permet d’avoir l’ensemble des fonctionnalités d’Internet via une ligne téléphonique simple.
Gopher: logiciel de navigation. Créé par l’université du Minnesota, gopher permet de se déplacer dans le cyberespace au moyen de menus. Il fut considéré en son temps comme une réelle évolution car il remplaçait la navigation en mode texte.
Hypertexte: document contenant des liens vers d’autres documents.
H.T.M.L. (HyperText Markup Language): langage informatique qui définit la syntaxe des pages Web.
H.T.T.P. (HyperText Transfert Protocol): protocole définissant l’accès aux pages Web.
I.E.T.F. (Internet Engineering Task Force): organisme de standardisation des réseaux informatiques, reconnu par l’I.S.O. (International Standard Organization).
I.P.: voir T.C.P./I.P.
I.R.C. (Internet Relay Chat): Logiciel permettant de dialoguer de façon interactive avec d’autres utilisateurs Internet. Une fois que le programme est lancé, il suffit de donner l’adresse d’un serveur hôte.
Ligne spécialisée: liaison permanente (constituée d’un ou de plusieurs tronçons d’un réseau téléphonique public mis bout à bout) affectée à un utilisateur particulier. Les lignes spécialisées se louent auprès d’un opérateur de réseau téléphonique comme France Télécom. Elles permettent aux entreprises de disposer de connexions permanentes à Internet.
Netscape-Mosaic: l’application la plus en vogue sur Internet. C’est elle qui contribue à la démocratisation d’Internet auprès des néophytes. Elle présente les serveurs Internet sous forme de «documents» interactifs. La navigation s’effectue au moyen de la souris en cliquant sur des mots ou des phrases qui font office de boutons hypertextes.
Newsgroup (conférence ou “forum”): système d’échange d’articles sur un thème donné (de la littérature médiévale française au saut à l’élastique). Ces échanges ne sont pas interactifs mais différés.
N.I.C.: Network Information Center.
N.T.I.C., T.I.C., T.I.C.E. (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, Technologies de l’Information et de la Communication, Technologies de l’Information et de la Communication dans l’Enseignement) : ensemble des outils informatiques destinés à transmettre l’information ou à permettre la communication.
Passerelle: lien entre deux réseaux. C’est souvent une machine Unix qui fait office de passerelle sur Internet.
Password: mot de passe demandé pour accéder à un ordinateur distant. Dans le cas d’un F.T.P. Anonymous, c’est votre adresse e-mail complète qui fera office de mot de passe.
P.O.P. (Post Office Protocol) : protocole de messagerie électronique permettant de stocker sur le serveur les messages à destination d’une personne en attendant qu’elle les relève (sens serveur vers client, inversement à SMTP).
R.N.I.S. (réseau numérique à intégration de services) : Réseau transférant de bout à bout des données numérisées de tout type (textes, sons, images) sur la même infrastructure.
R.T.C. (réseau téléphonique commuté): c’est tout simplement le réseau téléphonique.
S.L.I.P. (Serial Line Internet Protocol) et P.P.P. (Peer to Peer Protocol): protocoles qui permettent de faire du « full I.P.».
S.M.T.P. (Simple Mail Transfer Protocol): protocole de messagerie électronique permettant d’envoyer des messages (e-mail), du client vers le serveur.
T.C.P./I.P. (Transmission Control Protocole/lnternet Protocol) : Pour que deux machines puissent communiquer, elles doivent parler le même langage. Sur Internet, toutes les machines doivent parler T.C.P./I.P. Ce logiciel est dans le domaine public et il est très souvent donné avec les machines Unix. Pour les ordinateurs personnels, il est souvent fourni par le prestataire de services.
Telnet: logiciel permettant de se connecter sur des machines distantes référencées sur Internet.
W.A.I.S. (Wide Area Information Servers) : Logiciel de recherche de documents hétérogènes sur Internet, fondé sur le modèle client-serveur.
Web: ensemble de serveurs d’information sur Internet, pointant les uns vers les autres selon les principes de l’hypertexte.


Ouvrages lus intégralement
Apprendre avec le multimédia, où en est-on ?” ouvr.coll. dirigé par Jacques Crinon et Christian Gautellier, CEMEA, Ed. Retz
“De la télématique à Internet”, J.Pierre Archambault, Ed. C.N.D.P.
“Les autoroutes de l’information”, Denis Fortier, Cité des Sciences et de l’Industrie Ed.
“Et Dieu créa l’Internet”, Christian Huitema, Eyrolles Ed.
“De l’élève au citoyen”, Sénateur Franck Sérusclat, Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques
“Au bonheur d’Internet”, Télérama Hors-série, automne 1997
“Internet dans le monde éducatif”, Dossiers de l’Ingénierie éducative, C.N.D.P., n°24 (Déc. 96)
Rapport officiel de l’I.G.E.N. sur l’utilisation du multimédia dans les enseignements”, Guy POUZARD, Inspecteur Général, serveur de l’Académie d’Amiens (rapport complet à la Documentation Française)

Ouvrages lus partiellement
“Les variations didactiques dans l’organisation des conditions d’apprentissage”, Marc BRU, Editions Universtaires du Sud
“Etude des usages d'Internet pour l'éducation, la formation, la création”, Serge POUTS LAJUS et Sophie TIÉVANT (en ce qui concerne Piquecos), pour les Ministères de la Culture et de l’Education Nationale, de la Recherche et de la Technologie
Enseignant magazine” n°3, octobre 1997 (Dossier sur l’Internet)
“Enseignement Public et Informatique” (E.P.I.), revues n° 82 à 87 (extraits)

1 Guy POUZARD, rapport officiel de l’I.G.E.N. 1997, deuxième partie, chapitre 5, titre 5

2 id.

3 Marc BRU, “les variations didactiques dans l’organisation des conditions d’apprentissage”

4 c’est-à-dire intégrant les fonctions lui permettant de restituer, voire de créer, de manière homogène des textes, des sons et des images fixes et/ou en mouvement. On peut y lire des cédéroms et accéder à l’Internet.

5 in revue E.P.I. n°85 de mars 1997

6 ce cédérom est inclus en annexe ; voir aussi le site web

7 Guy POUZARD, rapport officiel de l’I.G.E.N. 1997

8 Guy POUZARD, rapport officiel de l’I.G.E.N. 1997

9 Robert BIBEAU, Conseil Supérieur de l’Education, Ministère de l’Education du Québec (in Revue E.P.I. n°82, juin 1996). Il est à noter que ce projet franco-québecois de recherche-action “Ecole informatisée clés en main” implique largement le système éducatif français (C.N.D.P./C.R.D.P., I.N.R.P., M.A.F.P.E.N., Université Bordeaux III, C.N.E.T.)

10 Vassilis KOMIS et Panayotis MICHAELIDES, Laboratoire de Didactique des Sciences Exactes, Département de l’Education Elémentaire, Université de Crète, Grèce (in Revue E.P.I. n°84, décembre 1996)

11 Note du 24/04/97 “Enseignement scolaire et développement des T.I.C.”, in B.O.E.N. n°18 du 1er mai 1997

12 Dans l’article “Pourquoi l’école changera” (in Revue E.P.I. n° 87, septembre 1997), Guy POUZARD, Inspecteur général, brosse un tableau du système éducatif des origines à nos jours et évoque les possibilités d’éclairage de la complexité grâce aux technologies numériques et aux modifications qu’elles entraînent chez l’enseignant et dans ses pratiques de classe

13 Marc BRU, “les variations didactiques dans l’organisation des conditions d’apprentissage”

14 Note du 24/04/97 “Enseignement scolaire et développement des T.I.C.”, in B.O.E.N. n°18 du 1er mai 1997

15 “ Etude des usages d'Internet pour l'éducation, la formation, la création”, Serge POUTS LAJUS et Sophie TIÉVANT (en ce qui concerne Piquecos), pour les Ministères de la Culture et de l’Education Nationale, de la Recherche et de la Technologie

16 Guy POUZARD, rapport officiel de l’I.G.E.N. 1997

17 “Encyclopædia Universalis France S.A.”, cédérom, 1997


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